Wednesday 3. June 2020
#184 juillet- août 2015

Vivisection animale et "Laudato si" : une approche holistique

Le pape François fait la lumière sur la question de la protection animale.

La Commission européenne vient de refuser de procéder à l'action requise par l'Initiative Citoyenne européenne (ICE) "Stop Vivisection", qui demandait d'interdire totalement l'utilisation d'animaux dans la recherche scientifique et d'employer obligatoirement des méthodes alternatives de test. Cette ICE, qui adopte une attitude radicale vis-à-vis de la protection animale, fait référence au "droit à la vie, à la liberté et au bien-être de tous les êtres vivants" et aux "droits fondamentaux des animaux" ainsi qu'à "l'abolition de l'expérimentation animale". La perspective des promoteurs de l'initiative citoyenne européenne (ICE) est celle de l'invalidité de ce que l'on appelle le "modèle animal, qui n'a pas de valeur prédictive pour la réponse humaine" car il semble qu'il ne puisse pas fournir "des données directement pertinentes pour l'espèce humaine", à la différence de certaines alternatives.

 

Dans la Communication de la Commission sur cette ICE en date du 3.6.2015, les promoteurs ont été informés du désaccord de l'organe exécutif de l'Union européenne au sujet de cette invalidité. Rappelant les exemples de "traitements" mis au point grâce à la recherche animale – anesthésie, vaccins, pénicilline, insuline, transplantations d'organes, pour n'en citer que quelques-uns – la Commission partage la conviction selon laquelle l'expérimentation animale devrait être progressivement supprimée mais conclut que cette expérimentation est encore nécessaire dans certains cas et que la législation actuelle de l'Union européenne est donc adéquate.

 

En outre, la Commission européenne met en garde contre le risque qu'une interdiction totale fasse sortir la recherche de l'Union au profit de pays où les normes de protection animale sont moins élevées et où un plus grand d'animaux peut être nécessaire pour atteindre les mêmes résultats scientifiques. En ce qui concerne le remplacement du modèle animal, la Commission affirme que des mesures sont prises pour "permettre des progrès plus rapides dans l'adoption et l'utilisation de méthodes de remplacement". Ces solutions alternatives incluent notamment des méthodes – financées par l'Union européenne – qui font appel aux cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) dont la récolte implique la destruction d'embryons humains.  

 

"Laudato si", la valeur de toutes les créatures et la hiérarchie entre elles : le cas de l'expérimentation animale

Le 18 juin dernier, le pape François a attiré l'attention des médias internationaux en présentant sa première encyclique, consacrée à "l'écologie intégrale" et comportant des développements importants pour le magistère de l'Eglise en ce qui concerne le statut moral des animaux et notre responsabilité à leur égard. La valeur de chaque animal ne dépend pas de son utilité pour l'humanité, il a en effet "une valeur qui lui est propre". Les êtres humains ne sont pas mis au centre mais au sommet de la création ; toutefois, leur primauté entraîne une responsabilité : "tout est lié" et nous ne devons pas nous déclarer "autonomes par rapport à la réalité" et nous poser en "dominateur absolu" ; nous devons plutôt "respecter la création avec ses lois internes ... (et) la façon correcte d'interpréter le concept d'être humain comme "seigneur" de l'univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable".

 

Etant donné que "l'écologie intégrale" inclut nécessairement les êtres humains, qui possèdent "une valeur particulière, supérieure à celle des autres créatures", le pape François estime "préoccupant que certains mouvements écologistes, qui défendent l'intégrité de l'environnement et exigent avec raison certaines limites à la recherche scientifique, n'appliquent pas parfois ces mêmes principes à la vie humaine". Et le pape continue en faisant observer qu'un "chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage (…) ne semble pas praticable si l'on ne protège pas l'embryon humain", pour conclure qu'on "justifie en général le dépassement de toutes les limites quand on fait des expérimentations sur des embryons humains vivants".

La tendance générale dont parle le pape François s'observe aussi au niveau de l'Union européenne, où la législation et les pratiques de la Commission ne diffèrent pas sensiblement de la position des partisans de l'ICE lorsqu'il s'agit de promouvoir des méthodes de remplacement qui recourent aux CSEh (voir aussi le numéro 149 d'europeinfos, de mai 2012).

 

Dans ce domaine, il faut un débat qui soit dépourvu de passion et d'idéologie, qui soit éthique et qui repose sur des éléments probants. Il est indubitable que le principe juridique des 3 R (remplacement, réduction, raffinement/perfectionnement) est aussi d'ordre moral : ainsi, par exemple, il n'est pas éthique de ne pas épargner la vie de millions d'animaux, utilisés dans les essais en double en matière de toxicité chimique. Mais une approche holistique de cette question devrait reconnaître qu'il est également inadmissible, du point de vue éthique, de remplacer l'expérimentation animale par des méthodes alternatives qui utilisent des CSEh. Il faut toujours reconnaître la primauté de l'être humain : lorsqu'il s'agit de soigner ou de sauver des vies humaines, il faut donner à l'expérimentation animale la priorité sur les recherches portant sur les êtres humains (cf. l'article 5 du Protocole additionnel à la Convention d'Oviedo sur les recherches biomédicales), à moins que cette expérimentation se soit avérée inefficace ou qu'il existe de meilleures alternatives qui soient éthiques et ne fassent pas appel aux animaux. Si l'on protège les animaux, les êtres humains ne doivent pas devenir les nouveaux cobayes.

 

José Ramos-Ascensão

COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

 

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