Wednesday 28. October 2020
#184 juillet- août 2015

Migration : Quel agenda européen pour ceux qui ont perdu espoir ?

L’Europe à la croisée des chemins : une ouverture illusoire ou véritable pour venir en aide aux millions de migrants et de réfugiés à la recherche d’une alternative au désespoir ?

L’agenda européen en matière de migration, lancé en mai 2015, est le parfait exemple de la discontinuité politique promise par le Président Jean-Claude Juncker. Certaines des mesures proposées peuvent être considérées comme courageuses en regard du contexte politique actuel : les quotas obligatoires de répartition dans les différents Etats membres de l’UE des réfugiés actuellement en Italie et en Grèce par le biais de l’activation d’un mécanisme d’urgence prévu à l’article 78§3 du TFUE est sans nul doute une proposition audacieuse.

 

Dans un premier temps, quelques Etats membres se sont opposés à la proposition de la Commission en raison de ce qu’ils considéraient comme un système inéquitable de calcul des quotas ou encore de l’attention exclusive sur les 2 pays méridionaux les plus impactés. Le Conseil est finalement parvenu à un accord pour un système de répartition volontaire.

 

Autre proposition controversée, celle d’une intervention militaire dans les eaux côtières libyennes visant à la destruction des bateaux utilisés par les trafiquants et les contrebandiers, a été balayée par le Secrétaire général et les membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, y compris la Russie. Cette proposition ne verra donc jamais le jour.

 

La liste des morts en Méditerranée ne cesse de croître et plus d’un million de personnes attendent désespérément en Lybie de pouvoir rejoindre les côtes européennes, principalement via l’Italie. Le Premier Ministre Renzi a lancé un appel à une véritable solidarité européenne soulignant le faible nombre de réfugiés (26.000) arrivés en Italie a répartir dans les autres pays de l’Union (14.000 dans le cas de la Grèce). Des réfugiés ont été interceptés par la gendarmerie française au poste frontière de Ventimiglia et les tensions entre la France et l’Italie sont palpables. Il apparaît clairement que le régime d'asile européen commun doit être amélioré et que le Règlement de Dublin doit être révisé. Néanmoins, aucune réforme légale ne sera suffisamment efficace sans une réelle volonté politique.

 

Vingt mille réfugiés supplémentaires arrivés directement de pays tiers seront réinstallés dans les Etats membres de l’UE sur la base d’un système de répartition volontaire au cours des deux années à venir. Les chiffres sont cependant bien insignifiants en comparaison des besoins réels des millions de réfugiés attirés par la stabilité que l’Europe peut leur apporter. L’aide financière de l’UE visant à encourager les Etats membres à accepter ces réfugiés (environ €300 million) semble insuffisante pour atteindre les objectifs fixés par la Commission. Les Etats membres savent que les véritables coûts économiques sont plus élevés, mais l’obstacle insurmontable semble être les importantes conséquences sociales et politiques de l’accueil de ces migrants et réfugiés, si bien que nombre de leurs dirigeants sont en faveur d’une limitation voire de la suppression des mesures proposées.

 

Les Etats membres s’accordent globalement sur l’augmentation des ressources allouées au renforcement des opérations de Frontex (Triton et Poséidon), mais malgré les quelques sauvetages qui ont déjà eu lieu, l’agence européenne reste avant tout une instance de contrôle des frontières. Face aux pressions sociales et politiques pour que la mission première de Frontex soit le sauvetage en mer des migrants en danger, une révision de son mandat semble appropriée.

 

L’agenda européen pour la migration s’intéresse également à la lutte contre le trafic des migrants et développe un plan d’action de cinq ans (2015-2020) publié fin mai par la Commission. Ce plan, moins médiatisé, contient pourtant 25 mesures spécifiques intéressantes (légal, application du droit, judiciaire, renseignements, etc.) y compris des campagnes d’information dans les pays tiers, la publication d’un guide de prévention, des lignes directrices pour les autorités consulaires et de contrôle aux frontières, et une coopération avec les pays tiers afin de réduire cet important phénomène criminel.

 

Cette année, des élections présidentielles ou nationales auront lieu dans certains Etats membres. La migration est souvent l’un des sujets les plus brûlants et les plus controversés au cours des campagnes et qui peut coûter cher d’un point de vue politique à quiconque prendrait position en faveur d’un status quo. Les Etats membres se trouvent donc face à un dilemme : être ‘Européens’ et donc responsables, ouverts et favorables aux besoins urgents des migrants et des réfugiés, ou, au contraire, laisser derrière eux leur propre façon d’être, oublier leur histoire et leur philosophie morale.

 

Le Pape Jean-Paul II pensait que les racines de l'Europe ont fait de ce continent un endroit fertile pour la rencontre des cultures, des nations et des peuples, et ont développé sa capacité à synthétiser les nouveaux éléments dans un renouveau régulier. Les évêques de l'Europe font souvent remarquer que l'ouverture à l'autre n’est pas une question purement politique, mais un impératif moral. L’ouverture responsable, d'autre part, ne peut ignorer ni la réalité des individus et des groupes qui frappent à nos portes, ni l'idiosyncrasie et les ressources limitées des sociétés européennes.

José Luis Bazán

 

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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