Thursday 28. May 2020
#184 juillet- août 2015

Comment l'exercice d'une prérogative royale vient encourager l'Europe à se ressaisir

A Berlin, Elizabeth II a lancé un appel à ne pas mettre en péril le fruit de nos efforts communs en sapant notre unité européenne.

En 1957, sur les six Etats membres qui composaient alors la Communauté économique européenne (CEE), la moitié était des monarchies et l'autre moitié des républiques. Lorsque la CEE a connu son premier élargissement en 1973, on comptait davantage de monarchies que de républiques, mais les têtes couronnées n'avaient plus qu'une petite longueur d'avance. La proportion de monarchies par rapport aux républiques a fortement chuté avec l'élargissement de 2004, et ces dernières années, où nous célébrons le deuxième centenaire de la défaite de l'empereur Napoléon et le premier centenaire de la Grande Guerre, qui a vu l'effondrement d'un si grand nombre de trônes européens, le souverain européen couronné est une espèce en voie de disparition.

 

Au moment précis où nos fragiles républiques européennes sont tellement en désaccord les unes avec les autres et où les crises sociales menacent le tissu intérieur de quasiment tous les Etats membres de l'Union européenne, il est ironique de constater que c'est de la bouche d'une souveraine européenne, qui a déjà battu la plupart des records monarchiques, qu'est sorti le plus fort cri de ralliement à l'unité au sein de la famille européenne, accompagné d'une mise en garde : si nous perdons ce qui unit l'Est et l'Ouest, un avenir sombre attend notre continent.

 

La reine Elisabeth II est le plus ancien monarque anglais et en termes de nombre de jours sur le trône, elle dépassera le 8 septembre de cette année sa trisaïeule la reine Victoria, qui a donné son nom à toute une époque. Elisabeth II deviendra alors la souveraine anglaise au règne le plus long de l'histoire. Il y a neuf mois, l'un des pays membres de son Royaume-Uni a organisé un référendum pour décider de se séparer ou non du Royaume – un "résultat extrêmement serré", comme l'a dit le Duc de Wellington de sa victoire à Waterloo. Par ailleurs, la tenue d'un référendum sur la poursuite de l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne a été votée par le Parlement de Westminster. C'est dans ce contexte que la reine a profité d'une visite d'Etat en Allemagne pour lancer un appel discret à l'unité de l'Europe, sur un ton que l'on peut tolérer chez une grand-mère exaspérée, puisant profondément dans des trésors de sagesse transgénérationnelle.

 

En tant que chef d'Etat et souverain politiquement neutre, ce n'est que de l'Olympe que la reine Elisabeth peut suivre l'évolution des contours de la carte politique. Mais que ce soit au Royaume-Uni ou en Allemagne, personne n'a suggéré que sa Majesté avait outrepassé les limites de la bienséance constitutionnelle. Il ne fait aucun doute, toutefois, qu'elle a donné son opinion. En oracle de Delphes d'aujourd'hui, la reine a émis un avis sous forme de sentences obscures, que l'on peut interpréter dans un sens ou dans l'autre.

 

A Berlin, après avoir fait l'éloge de ce que nous avons réalisé ensemble en Europe dans les années de l'après-guerre (à savoir, les succès du projet européen), Elizabeth II a ensuite lancé un appel à ne pas mettre en péril le fruit de nos efforts communs en sapant notre unité (c'est-à-dire, un appel à maintenir l'unité familiale et à nous aider à rester dans le cercle des intimes). Il est intéressant de constater que le Président Joachim Gauck a lancé une bouée de secours à son invitée royale en proposant l'aide de l'Allemagne pour que le Royaume-Uni reste au sein de l'Union européenne. David Cameron saura tenir compte du ton prudent de sa souveraine et de la bonne volonté de son hôte pour coopérer à cette opération de sauvetage.

 

Si notre famille européenne venait à souffrir de blessures volontaires plus graves avant la sortie de ce numéro d'Europe Infos et que l'unité de notre visée politique ait été affaiblie, le coup de clairon sonné par la plus vieille souveraine et chef d'Etat européen au règne le plus long ainsi que la mise en garde d'une arrière-grand-mère qui en sait un brin sur la gestion des tensions familiales devraient affermir notre résolution de travailler ensemble. Notons que la même semaine où Sa Majesté était à Berlin, Sa Sainteté le pape François, s'adressant à l'ensemble de la famille humaine du point de vue de ses relations avec sa maison commune, était également axé sur l'unité. Et pour finir sur une autre allusion royale, rappelons que la devise de la maison royale belge est l’union fait la force.

 

Père Patrick H. Daly

 

Secrétaire Général de la COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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