Monday 6. April 2020
#136 - mars 2011

 

Résultats et défis du Groupe Européen d’Ethique

Interview du Prof. Günter Virt

 

Günter Virt est Professeur émérite de théologie morale à l’Université de Vienne. Membre du Groupe Européen d’Ethique (GEE) depuis 2006, son mandat a été renouvelé pour la période 2011-2016.

 

 

Quelles ont été les difficultés majeures et les principaux résultats du précédent mandat du GEE ? Selon vous, quels ont été les sujets abordés les plus pertinents ?

Dans ce groupe pluraliste et multidisciplinaire rassemblant des scientifiques indépendants, la principale difficulté consiste à réussir à combler les attentes de consensus lors de la rédaction des documents. Au fil du travail, effectué sous une présidence juste et efficace, nous avons appris non seulement à nous connaître les uns les autres, mais aussi, en dépit de différentes origines et croyances, à lier de vrais liens d’amitié.

 

Avec l’Avis n°21 sur les aspects éthiques de la nanomédecine, nous étions tous en terrain inconnu et avons dû tirer nos connaissances des discussions avec les experts de haut niveau qui ont été invités. En interrogeant les experts, nous nous sommes non seulement forgé une première opinion, mais avons également découvert, grâce à l’orientation des questions, nos premières approches. Parmi la variété de points de cet Avis, je voudrais attirer l’attention sur le nouveau concept de recherche offert par la médecine régénératrice, de dépister les cellules souches dans l’organisme vivant lui-même et de les diriger précisément à l’endroit où le tissu est dégradé. Un tel concept de thérapie pourrait dans l’avenir rendre l’utilisation médicale des embryons humains obsolète.

 

Avec l’Avis n°25 sur l’éthique de la biologie synthétique, nous étions à nouveau en terrain inconnu. Il était particulièrement difficile de cerner l’aspect pratique de ce thème et cette toute nouvelle technologie. Elle pourrait entraîner, à l’avenir, un changement de paradigme dans la compréhension du vivant. Les dimensions culturelles et éthiques sous-jacentes ont également été abordées. Notre recommandation de financer les projets ‘ELSA’ ne mentionnait pas les aspects philosophiques, théologiques et religieux. C’est pourquoi, dans notre dernière recommandation, nous avons suggéré la création d’un forum interculturel et ouvert qui accordera une place aux aspects philosophiques et religieux.

 

Quels sont les principaux courants de pensées représentés au GEE et comment influent-ils sur les débats et résultats du GEE ?

Les Avis ont tous été adoptés par consensus, à l’exception d’annexes mineures, et signés par tous les membres du groupe. Le consensus n’a été rendu possible que parce que tous les membres considèrent la dignité humaine comme le principe fondamental de notre éthique. A cet égard, tous les membres partagent globalement une vision de l’homme dépendante de la personnalité de chaque individu. Des divergences d’opinion sont apparues quant à l’application concrète de la portée de ce principe dans des domaines sujets à controverse, comme dans l’Avis n°22, dans lequel nous avons dû formuler, pour le travail du panel, les critères éthiques selon lesquels les projets de recherche financés par l’UE sur les cellules souches embryonnaires humaines devraient être soumis à une évaluation scientifique mais aussi éthique. Malgré les diverses conceptions du statut des « êtres humains embryonnaires » ou des « embryons humains » (ces deux expressions étant déjà connotées) un document consensuel a pu être finalisé. Avec près de 10 critères éthiques, l’Avis n°22 formule les conditions éthiques pour le financement des projets de recherche, dont le respect devra être examiné au cas par cas par le panel. Il est particulièrement délicat de tenir compte de l’intérêt majeur de l’industrie qui est favorable à l’utilisation des cellules souches embryonnaires humaines pour les tests de toxicité, afin de réduire les tests sur les animaux.

 

Aucun échange explicite sur les différentes positions philosophiques et idéologiques dans le groupe ne s’est produit. Les différents modèles et méthodes de raisonnement éthique ont été révélés par des voies plus analytiques, sur l'approche téléologique et déontologique. Nous avons toujours été particulièrement attentif à la dimension sociale et éthique de nos formulations.

 

Quels sont, selon vous, les principaux défis et tâches du GEE pour ce nouveau mandat ?

L’on peut supposer qu’une évaluation éthique est requise non seulement pour l'évolution strictement technique mais aussi plus globalement pour les défis mondiaux auxquels l'UE est confrontée, comme le changement climatique, les crises économiques, l'évolution démographique, les migrations, la protection des données, la protection de la propriété intellectuelle, qui entrave l’accès des populations les plus pauvres aux progrès technologiques, etc. Le GEE sera appelé à contribuer dans tous ces domaines en apportant une réflexion éthique de base, et ce même si ces domaines ne font pas toujours partie des domaines privilégiés du GEE.

 

propos recueillis par José Ramos-Ascensão

 

Version originale de l'article: allemand

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