Wednesday 28. October 2020
#136 - mars 2011

 

Repenser l’action extérieure de l’UE

 

La Commission a ouvert un vaste processus de consultation publique visant à redéfinir des éléments cruciaux de sa politique d’aide extérieure.

 

Ces derniers mois, la Commission a développé une intense activité de consultation publique dans le domaine des relations extérieures et de la coopération au développement de l’UE. Trois livres verts ont témoigné de l’objectif politique général visant à encourager la participation des parties prenantes et à impliquer l’opinion publique. Ces documents cherchent à montrer quels sont les développements et les choix effectués jusqu’à présent et à mettre en avant les défis et dilemmes qui devront être résolus pour décider de l’action future.

 

Le premier livre vert, et le document d’information qui l’accompagne, a pour titre : La politique de développement de l’UE en faveur de la croissance inclusive et du développement durable. Son sous-titre est plus éclairant : Accroître l’impact de la politique de développement de l’Union européenne. La Commission veut favoriser un fort impact de sa politique de développement afin que « chaque euro dépensé génère la meilleure valeur ajoutée et le meilleur rapport coût-résultats », tout en promouvant le développement durable comme facteur principal de progrès, notamment dans le secteur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

 

Le deuxième livre vert, L’avenir de l’appui budgétaire de l’UE en faveur des pays tiers, traite de l’« appui budgétaire » qui consiste en un transfert de ressources financières de l’UE vers le budget national ou vers un pays partenaire. Ces financements deviennent une partie des recettes du pays partenaire et peuvent être utilisées en fonction de ses propres priorités et de sa propre manière de fonctionner. L’appui budgétaire est sans cesse augmenté dépassant 13 milliards d’Euro pour la période 2003-2009. Des critiques sont toutefois adressées à certains éléments du programme : le rôle du dialogue politique avec ces pays tiers ; la conditionnalité, liée aux performances et résultats économiques ; la responsabilité domestique et mutuelle ; la cohérence de l’appui budgétaire avec d’autres instruments ; l’évaluation des risques et la lutte contre la fraude et la corruption ; le cas des situations de fragilité ; la croissance et la mobilisation de recettes nationales ainsi que la politique fiscale sur ces recettes.

 

Le troisième document, Quels instruments financiers pour l’action extérieure de l’UE après 2013?, anticipe l’indispensable renouvellement des instruments financiers pour l’action extérieure de l’UE, qui atteindront leur terme en même temps que l’expiration du cadre financier pluriannuel 2007-2013 de l’UE. La complication supplémentaire dans ce processus est que les demandes d’aide en provenance des pays tiers ne cessent de croître (dans des domaines cruciaux tels que la préparation des pays candidats à l’accession, l’amélioration de la politique de voisinage, les Objectifs du Millénaire, la gestion des crises et des catastrophes naturelles, les opérations de maintien de la paix), alors que les ressources disponibles sont limitées par la crise économique actuelle.

 

Un dilemme proprement moral

En termes moraux, de véritables dilemmes apparaissent. En termes politiques, il semble que la capacité budgétaire vienne en première place et que les principes doivent être adaptés. En ce sens, la tentative de la Commission d’encourager le débat public et la participation des parties prenantes est à saluer.

 

En particulier, la revue des politiques d’aide extérieure devrait correspondre à certains critères. Avant tout, celles-ci ne devraient pas être simplement soumises aux autres intérêts de l’UE, tels que les questions commerciales ou de sécurité. Le développement durable des populations est une valeur qui mérite d’être respectée pour elle-même, tout en respectant les échelles de valeur en vigueur chez ceux qui reçoivent l’aide. En ce sens, les engagements à rendre l’aide plus efficace ou les requêtes de plus grande transparence de la part des gouvernements recevant l’aide financière vont dans la bonne direction.

 

Il est également important que les politiques d’aide extérieure soient en accord avec d’autres politiques. Investir en Afrique en vue d’adapter le continent au changement climatique n’a guère de sens si nous, en Europe, ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre. Des arguments similaires peuvent être appliqués aux politiques d’immigration lorsqu’il s’agit de recruter du personnel qualifié en provenance des pays pauvres, ou en matière de politique commerciale lorsque nous acceptons l’exploitation des ressources naturelles par des marchés opaques, soumis à la corruption.

 

Au final, une telle revue des politiques de développement, notamment en période de crise économique, montre l’engagement moral de ceux qui mettent en œuvre ces politiques et qui doivent en porter le poids, non seulement en terme de coût économique, mais aussi en terme d’image par rapport à l’opinion publique. Lorsque les temps sont durs, la solidarité n’en est que plus précieuse.

 

José Ignacio García SJ

 

Version originale de l’article: anglais

 

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
https://europe-infos.eu/