Thursday 28. May 2020
#156 - janvier 2013

 

Doha : une nouvelle déception

 

La Conférence de Doha sur le Changement Climatique a produit de piètres résultats, accroissant les doutes au sujet du multilatéralisme

 

Les Conférences internationales sur le changement climatique sont embarquées sur une voie dangereuse qui n’augure rien de positif pour l’avenir.  La mise en scène autour de l’organisation de chaque sommet a l’air de faire de la surenchère par rapport au sommet précédent : arrangements de dernière minute, maigre contenu, invitation lancée à la prochaine conférence de conclure les accords qui ne l’ont pas été cette fois-ci. Pour employer une analogie appartenant au monde du football, c’est comme si on faisait progresser le ballon par des passes avant, sans jamais atteindre les buts de l’adversaire. Si l’on va plus loin dans l’analyse, cette situation remet en cause le multilatéralisme, et plus spécifiquement les Nations Unies et leur capacité à exercer une véritable gouvernance au niveau mondial.

 

A Doha, l’Union européenne a rencontré beaucoup de difficultés sur le plan des conflits internes et de la mise en question de sa réputation de leader sur ces dossiers. Le problème s’est situé autour de la question de "l’air chaud", c’est-à-dire des crédits-carbone accordés aux pays de l’Est au titre du Protocole de Kyoto, sur la base de leurs émissions de 1990. Comme ces émissions se sont effondrées en même temps que leur industrie inefficace après la chute du communisme, les pays de l’Est disposent maintenant de crédits excédentaires qu’ils veulent être autorisés à conserver et à vendre. La valeur de ces crédits est très incertaine, et certainement très faible, car le marché des crédits-carbone s’est envolé et l’Union européenne ne leur permet pas de s’en servir pour atteindre les objectifs 2020 de réduction des émissions. Mais c’est une question de souveraineté et la Pologne a imposé un accord de dernière minute – sur place – grâce auquel la Pologne a le droit de conserver les droits, pendant que l’Union européenne garantit que ces droits n’auront aucun impact sur d’autres accords.

 

Les accords de base qui ont été conclus à Doha sont les suivants :

 

Prolongation du Protocole de Kyoto. La seconde période d’engagement (la première s’achevant en décembre 2012) ira du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2020. Elle concerne l’Union européenne, la Croatie et l’Islande ainsi que huit autres pays – dont l’Australie, la Norvège et la Suisse – qui ne représentent qu’un petit 15% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les pays concernés devront redéfinir leurs propres objectifs de réduction d’ici 2014. L’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de 20% d’ici 2020 par rapport aux taux de 1990, alors que les pays émettent actuellement 18,5% d’émissions de moins. Les marchés des droits d’émissions de carbone resteront en place comme mécanisme d’intervention, bien que l’efficacité de ce mécanisme soit douteuse en raison de la déflation des prix.

 

Assistance financière aux pays en développement pour les aider à faire face au changement climatique. Le texte de Doha demande aux pays développés d’annoncer de nouveaux financements "lorsque les circonstances financières le permettront" – une déclaration qui montre la grande faiblesse de l’engagement et qui reconnaît la gravité de la situation. Les pays doivent soumettre des "informations sur leurs stratégies de mobilisation des fonds en vue d’arriver à 100 milliards de dollars par an d’ici 2020" à la Conférence sur le Climat qui est prévue à Varsovie en 2013.

 

Réparation des "pertes et dommages". Un mécanisme international sera déterminé pour s’occuper des "pertes et dommages", à savoir les dommages irréparables causés par le réchauffement climatique global dans les pays les plus vulnérables. Les Etats-Unis vont dépenser 60 milliards de dollars pour se relever de l’ouragan Sandy ; d’autres pays touchés par cet ouragan ne sont absolument pas en mesure de dépenser une somme comparable. Et pourtant les Etats-Unis refusent toujours la demande de mettre en place un fonds spécial et commun pour assister tous les pays, en faisant remarquer qu’il y a déjà des mécanismes financiers suffisants qui fonctionnent en la matière.

 

Vers un accord global et ambitieux en 2015. L’accord de Doha réaffirme l’ambition d’adopter "un protocole, un autre instrument légal ou un accord ayant force légale" à la conférence des Nations Unies de 2015 en vue d’une entrée en vigueur en 2020. L’accord de Doha rappelle l’objectif de limiter à 2°C les augmentations de température. Si le nouvel accord est établi, il concernera tous les pays, même si les responsabilités seront différenciées. Un projet de texte devrait être disponible "avant mai 2015" pour servir de base de négociations. Là encore, on refile la responsabilité à la prochaine rencontre.

 

En fait, si les problématiques en jeu n’étaient pas aussi graves, on pourrait dire qu’on se trouve dans une pièce de théâtre de seconde zone. Les récentes calamités naturelles (notamment Sandy et Bopha) nous rappellent que les effets du changement climatique vont devenir plus fréquents et plus dangereux. Elles rendent donc la passivité de bien des gouvernements particulièrement regrettable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer de profonds changements dans ce type de négociations.

 

José Ignacio García SJ

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

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