Monday 25. May 2020
#159 - avril 2013

 

Repenser l’éducation ? Oui, mais dans le cadre des droits de l’homme

 

En période de crise et de compressions affectant l’Etat-Providence, le mantra des réformes pour gagner en efficacité a également touché l’éducation.

 

Le 20 novembre 2012, la Commission européenne a publié une Communication en vue d’identifier des priorités stratégiques, des mesures et des réformes visant à faire entrer l’éducation dans l’économie “moderne” du 21ème siècle, “fondée sur la connaissance”.

 

La société a radicalement changé depuis le 19ème siècle. Les jeunes de 20 ans ont des habitudes différentes, des façons de s’exprimer et de communiquer différentes de ceux qui en ont 25. Dans une économie principalement fondée sur les transactions financières, les industries doivent faire preuve de flexibilité pour s’adapter rapidement à de nouveaux procédés de production.

 

Face à ces défis, le système éducatif a non seulement besoin de répondre à une société pluraliste et mondialisée mais il doit aussi, pour contribuer à la compétitivité et à l’emploi, réduire le décalage entre la demande de compétences du secteur privé et ce qu’il est capable de fournir.

 

Dans le passé, les entreprises demandaient des travailleurs dotés de compétences spécifiques ; les systèmes de production étaient connus et ne changeaient pas souvent ; le système éducatif pouvait donc préparer la grande majorité des travailleurs en leur dotant des compétences requises. Mais dans une situation où les entreprises changent d’un jour à l’autre, comment l’éducation peut-elle s’adapter à ces changements ?

 

Comment les nouvelles générations peuvent-elles faire face à la troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin à l’aide d’un système éducatif basé sur la seconde révolution industrielle ? En même temps, les Etats membres sont confrontés au départ à la retraite massif des enseignants, aux changements démographiques, à un manque de croissance et de compétitivité, et surtout, à la crise de l’Etat-Providence qui doit trouver de nouvelles solutions au financement des écoles.

 

La Commission déclare : “La présente Communication met l’accent sur l’acquisition des compétences adaptées à l’emploi, sur l’amélioration de l’efficacité et de la capacité d’intégration des établissements d’enseignement et de formation ainsi que sur la collaboration de toutes les parties concernées”. Le document indique clairement quelles sont les compétences qui seront nécessaires à l’avenir, en particulier l’esprit critique, la créativité, l’innovation, l’esprit d’initiative, la capacité de résolution de problème et de collaboration, les langues étrangères et les compétences numériques.

 

La Commission suggère six priorités au niveau national et six séries de mesures essentielles au niveau européen. Il s’agit notamment de l’enseignement et de la formation professionnels (EFP) et du système de formation en alternance, qui deviennent des mesures clés de la proposition de la Commission. Cette approche est partagée non seulement à l’échelon européen mais aussi à l’échelon international. Le Rapporteur spécial des Nations Unies Kinshore Singh, dans son récent rapport sur le droit à l’éducation, porte son attention sur le même sujet.

 

Toutefois, si la Commission souligne pour sa part : “On compte au rang des objectifs de l’éducation et de la formation la citoyenneté active, le développement personnel et le bien-être, par exemple. Tandis que ces objectifs sont indissociables de la nécessité de renforcer les compétences pertinentes pour l’employabilité, […] les enjeux les plus pressants pour les Etats membres sont de répondre aux besoins de l’économie et de trouver des solutions à la hausse rapide du chômage des jeunes”, le Rapporteur spécial, qui est d’accord pour dire que l’enseignement et la formation techniques et professionnels aident à stimuler l’économie et “contribuent à l’épanouissement personnel et à l’employabilité”, attire pour sa part l’attention sur le rôle central de l’éducation, à savoir le développement intégral de la personne humaine. Pour lui, il est clair que l’éducation doit affronter la crise et tenir compte des nouvelles réalités de l’économie, sans que l’on perde la “vision humaniste plutôt que simplement utilitaire de l’éducation”.

 

Le principe du développement intégral de la personne humaine – qui est juridiquement contraignant pour tous les Etats membres ayant ratifié les Traités sur les droits de l’homme – rappelle que la fourniture de compétences appropriées pour l’économie est complémentaire et interdépendante d’une éducation aux droits de l’homme et aux devoirs de chacun envers la communauté. L’un des versants ne va pas sans les autres.

 

Comme l’a bien souligné Don Pascual Chávez Villanueva, Recteur Majeur des Salésiens de Don Bosco à diverses reprises, il est important de se rappeler que “l’instruction constitue l’instrument essentiel pour éclairer l’esprit”. Don Pascual a également mis en évidence, en citant le pape Jean-Paul II, la nécessité de faire triompher la “priorité de l'esprit sur la matière ; la priorité des personnes sur les choses ; la priorité de l'éthique sur la technique ; la priorité du travail sur le capital ; la priorité de destin universel des biens sur la propriété privée ; la priorité du pardon sur la justice ; la priorité du bien commun sur les intérêts personnels”.

 

Mattia Tosato

Executive Secretary Don Bosco International

 

Version originale de l’article : anglais

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