Sunday 31. May 2020
#159 - avril 2013

 

Nanotechnologies…. Nanoéthique ?

 

Des rivières de lait et de miel attendent ceux qui investissent dans la nanotechnologie. Ou du moins, c’est ce que beaucoup semblent croire. Mais qu’est-ce exactement que la nanotechnologie ? Et est-elle aussi prometteuse qu’elle en a l’air ?


On estime que les produits où sont incorporés des nanomatériaux auront une valeur commerciale totale de 2 trillions d’euros d’ici 2015. Rien que dans l’Union européenne, la nanotechnologie génère directement 350.000 emplois et ce chiffre ne cesse de croître. Comme l’Union européenne est axée sur la croissance économique, elle est fort désireuse d’investir dans la recherche en nanotechnologie. Mais qui dit grandes possibilités dit grands risques potentiels. Les conséquences à long terme pour les citoyens et pour l’environnement ne sont pas claires.

 

Une technologie prometteuse

La nanotechnologie consiste à manipuler de la matière à l’échelle atomique et moléculaire. Les nanomatériaux sont dotés de propriétés différentes de celles des matériaux aux dimensions plus importantes. Cette technologie permet la création de nouvelles structures et de nouveaux dispositifs qui auraient été inimaginables il y a quelques décennies. Ses avantages potentiels sont énormes. La nanotechnologie peut servir à produire des piles et des panneaux solaires pour aider à fournir une énergie propre et bon marché. Elle peut aussi contribuer à purifier l’eau potable et à réduire la pollution, protégeant ainsi notre environnement.

 

En outre, la nanotechnologie pourrait s’avérer être la prochaine grande avancée dans le domaine de la médecine. Les nanomatériaux sont en effet utilisés dans l’industrie pharmaceutique, où ils abaissent le coût des médicaments et les rendent plus efficaces et où ils aident aussi à détecter et à soigner des maladies. De plus, on mentionne la nanotechnologie dans les futures utilisations médicamenteuses pour lutter contre le cancer, la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson, prévenir les infarctus et promouvoir la régénération des os.

 

Enfin, la nanotechnologie est considérée par la Commission européenne comme étant d’une grande importance économique, car elle génère des emplois et stimule la croissance économique. Dans la crise économique actuelle, compte tenu du rôle de l’Europe dans le monde, qui devient plus incertain, et face à de redoutables défis tels que le vieillissement de la population et les problèmes qui se posent au niveau de l’environnement, les avancées technologiques pourraient constituer un étincelle d’espoir à l’horizon.

 

L’entrée en scène de Bruxelles

Premièrement, comme d’autres grands acteurs tels que la Chine qui investissent dans la recherche en nanotechnologie, l’Union européenne ne peut se permettre de manquer le train dans ce domaine. Elle a donc qualifié la nanotechnologie de Technologie Clé Générique. Ce type de technologie joue un rôle important pour atteindre l’objectif d’une économie de la connaissance qui stimule la croissance économique et crée des emplois. Les 6ème et 7ème Programmes-Cadre ont déjà consacré des milliards d’euros à la recherche en nanotechnologie et ceci ne fera que s’accroître avec le programme Horizon 2020.

 

Deuxièmement, la nanotechnologie est déjà là. Elle est utilisée dans la production de produits ménagers, d’aliments et de médicaments ainsi que dans d’autres domaines. Des règles différentes s’appliquent à la nanotechnologie à différents niveaux d’élaboration des politiques, ce qui a conduit à un bric-à-brac de réglementations. En fait, les législateurs internationaux n’ont pas réussi à suivre le rythme de développement des nanotechnologies. Heureusement, les décideurs font maintenant de grands pas en avant. L’harmonisation des définitions et des règlements en matière de nanotechnologie est actuellement en cours dans l’Union européenne.

 

Quel est donc le problème ?

C’est parce que les caractéristiques des nanomatériaux sont tout à fait uniques que ceux-ci sont susceptibles de provoquer des dangers d’un genre nouveau. Le problème, c’est qu’on ne sait pas clairement quels sont les risques exacts qui sont encourus. Les connaissances au sujet des dangers des nanomatériaux n’ont pas réussi à suivre le rythme de l’innovation. Les dangers potentiels pour notre santé et pour la sécurité de l’environnement sont peut-être très grands. Etant donné les conséquences à long terme qu’il pourrait y avoir sur la santé humaine et l’environnement, il est capital que la réglementation suive le rythme de l’évolution la plus récente. Il y a deux principes fondamentaux auxquels l’Union européenne devrait adhérer :

- Le "principe de précaution" : il faut avoir la preuve que les matériaux peuvent être utilisés en toute sécurité avant d’être produits à grande échelle. Ce "principe" est généralement accepté et doit aussi s’appliquer aux nanomatériaux.  Il y a actuellement un manque énorme de connaissances au sujet des risques éventuels. Il est primordial que ce problème soit réglé rapidement afin de pouvoir réaliser une évaluation prudente et approfondie des produits avant que des matériaux potentiellement dangereux ne soient produits à grande échelle.

-  Le principe du "consentement éclairé" : les gens n’ont-ils pas le droit de savoir ce à quoi ils sont exposés ? Dans tous les domaines de production, les citoyens doivent être notifiés des risques relatifs à un produit et ils doivent donner leur consentement à l’utilisation de ce produit. Mais à l’heure actuelle, même si l’utilisation des nanomatériaux était transparente, il serait difficile de prendre une décision en connaissance de cause. La raison en est le manque d’informations au sujet des risques éventuels. Malheureusement, les évaluations de risque ne sont pas au point et des incertitudes demeurent en ce qui concerne les conséquences sur notre santé à long terme. Les évaluations de risques doivent être radicalement améliorées et toutes les parties concernées doivent être pleinement et dûment informées pour garantir que ce problème soit traité. Un récent document du Conseil de l’Europe affirme que “la nanotechnologie pose le plus grand problème de consentement éclairé du 21ème siècle dans le domaine de la bioéthique”.

 

Guido As

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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