Thursday 29. October 2020
#159 - avril 2013

 

Construire des ponts entre l’Afrique et l’Union européenne

 

“D’une main nous donnons quelques miettes à l’Afrique tandis que de l’autre nous leur prenons la miche de pain” déplore Angel Olaran, missionnaire en Ethiopie.


Comme Angel Olaran, de nombreux missionnaires ont découvert que l’appauvrissement de la population d’Afrique, un continent riche en ressources naturelles, est principalement dû aux politiques de développement conçues, financées et dirigées de l’extérieur de l’Afrique. Ils veulent naturellement sensibiliser l’opinion publique de leur pays d’origine pour combattre les causes de la pauvreté et de l’injustice.

 

Naissance de l’AEFJN

Cette année, le Réseau Foi et Justice Afrique-Europe célèbre ses 25 ans d’engagement à atteindre une plus grande justice économique pour l’Afrique. En 1986, des congrégations missionnaires préoccupées par la situation en Afrique ont mis sur pied une commission pour établir un Réseau visant à promouvoir les politiques de l’Union européenne qui favorisent le développement intégral en Afrique. Dans l’encyclique Sollicitudo Rei Socialis de 1987, le pape Jean-Paul II a appelé les missionnaires à être présents sur de nouveaux forums de mission, où se prennent les décisions. En juin 1988, 19 instituts missionnaires fondent alors le Réseau Foi et Justice Afrique-Europe (AEFJN), avec un Secrétariat à Bruxelles. Un réseau similaire (AFJN) existe à Washington depuis 1983. Travailler à ce que les politiques internationales soient plus équitables vis-à-vis de l’Afrique était une nouvelle manière de vivre la mission. Les accords et les politiques de l’Union européenne ont été évalués en étudiant leur impact sur la population africaine. Les actions de plaidoyer de l’AEFJN ont été bâties pour faire changer les relations entre l’Afrique et l’Union européenne afin que les politiques européennes favorisent la justice et la solidarité, permettant à l’Afrique de décider de son propre développement et d’occuper la position qu’elle mérite sur la scène internationale. Des informations ont été mises en commun et des actions proposées en Afrique et en Europe pour stimuler l’opinion publique et influencer les décisions politiques. Des groupes nationaux ou "Antennes" de l’AEFJN ont rapidement émergé pour faire pression sur les Etats membres de l’Union et sur les pays africains.

 

Nos motivations et notre méthode de travail

Le nom du Réseau est plein de sens. "Afrique-Europe" signifie que l’AEFJN est un pont qui relie les deux continents. Ses membres vivent leur engagement de foi comme des disciples de Jésus de Nazareth, qui veut “que tous aient la vie en abondance” (Jn 10, 10). La justice économique pour tous les Africains est l’objectif de l’organisation. Le Réseau communique à la sphère politique européenne les préoccupations des 15.000 membres de l’AEFJN en Afrique – qui participent au développement, du niveau local aux instances de direction – et celles de milliers de missionnaires européens ayant une certaine expérience de la réalité africaine. Ecouter la voix de l’Afrique et soutenir les groupes africains sont des éléments fondamentaux du travail de l’AEFJN. Les membres européens partagent la responsabilité de l’élaboration des politiques de l’Union européenne.

 

Si l’on regarde l’Afrique aujourd’hui, on voit les progrès manifestes qui ont été accomplis durant ces 25 dernières années, mais aussi la persistance des injustices. Le défi de travailler à ce que les politiques soient plus justes est plus important que jamais car l’exploitation est devenue plus sophistiquée. L’accent initial sur la justice économique s’est déplacé pour rester en phase avec la réalité africaine et l’évolution des politiques de l’Union européenne. L’AEFJN s’est occupé de questions de développement et de petits propriétaires, de souveraineté alimentaire, d’enfants soldats, de petits transferts d’armes, de commerce international, d’annulation de la dette, d’accès à la terre, à l’eau et aux semences pour les exploitants pratiquant une agriculture familiale, d’accès à des médicaments de qualité, d’accaparement des terres, d’agrocarburants/biocarburants, d’exploitation des matières premières et de responsabilité des entreprises.

 

Il est plus difficile de quantifier les réalisations relatives aux politiques. L’AEFJN a certainement joué un rôle dans un certain nombre de changements politiques. L’Afrique a davantage son mot à dire dans ses politiques de développement et elle est plus visible à l’agenda international. En 1999, lors de la Conférence ministérielle de l’OMC à Seattle, les pays africains se sont unis contre la poursuite de la libéralisation (Cycle de Doha), comme ils le font dans les négociations sur les accords de partenariat économique. L’enregistrement obligatoire des naissances réduit les chances que des enfants deviennent soldats. Les pays sont autorisés à protéger la santé publique contre les licences relatives aux médicaments (Déclaration de Doha). La DG Commerce a promis de ne pas s’ingérer dans l’accès aux médicaments relevant des accords de partenariat économique. A partir d’aujourd’hui, 29 pays africains ont bénéficié d’une réduction de leur dette de la part du FMI. Les agriculteurs africains s’organisent pour s’occuper des politiques qui les touchent.

A l’heure actuelle, la sécurité alimentaire et l’agriculture familiale sont à l’ordre du jour des institutions internationales. La Position Commune de l’Union européenne exige des Etats membres de respecter certains critères pour accorder une licence d’exportation d’armes. La Commission européenne a accepté de diminuer la proportion de biocarburants provenant de cultures vivrières dans les transports, la faisant passer de 10% à 5% d’ici 2020. L’AEFJN s’est opposé à l’ACTA (Accord commercial anti-contrefaçon), car cet accord a un impact sur l’accès aux médicaments génériques, aux semences, aux plantes et aux nouvelles technologies.  Heureusement, cet accord a été rejeté par le Parlement européen.

 

L’AEFJN demande un moratoire sur l’accaparement des terres pour permettre aux pays concernés d’établir des mécanismes qui donnent aux utilisateurs des terres (agriculteurs, pasteurs, forestiers, mineurs) un accès simplifié aux titres de propriété afin d’empêcher que leur terre ne soit cédée à des investisseurs étrangers.

 

Un proverbe nigérian affirme que "dans les moments de crise, les sages construisent des ponts et les fous construisent des barrages". Le néo-libéralisme a choisi de “construire des barrages” dans l’isolement, de rechercher le profit et de ne pas assumer la responsabilité de la vie de tous sur la planète. Les résultats en sont l’inégalité, une pauvreté largement répandue et la destruction de la terre. L’AEFJN a choisi, avec de nombreux autres mouvements et communautés, de “construire des ponts”.

 

Begoña Iñarra

Secrétaire Exécutive de l’AEFJN

 

 

Version originale de l’article : anglais

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