Tuesday 7. April 2020
#159 - avril 2013

 

Relire l’Histoire

 

“L’Histoire”, selon Henry Ford dont l’invention du Modèle T devait elle-même changer le cours de l’histoire, c’est "de la foutaise".


Jacques Delors, un remarquable architecte de l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui, a clairement indiqué qu’il désapprouvait la désinvolture de cet aphorisme béotien.

 

Lorsque Jacques Delors, qui venait d’être nommé Président de la Commission, a rencontré les évêques de la COMECE au dernier étage du Berlaymont au printemps 1992, il leur a expliqué comment il s’était préparé à prendre les commandes de l’Union européenne.  Il avait passé l’été 1991 à lire un millier de pages d’histoire européenne.  Rien, affirma-t-il, n’aurait pu mieux le préparer à sa tâche.

 

En cette Année européenne du Citoyen, le Parlement européen a entrepris de rappeler à tous ceux qui traversent la place conduisant à l’entrée principale du Parlement que le projet européen a sa propre histoire. Les événements clés et les moments cruciaux de ces 70 dernières années de la vie de l’Europe ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui et ont modelé son profil.

 

Trente-six énormes banderoles, arborant des photos spectaculaires dont beaucoup ont acquis une valeur emblématique, nous mènent du portail en fer d’Auschwitz et de la cérémonie de signature du Traité de Rome à la Révolution des Œillets et à la chute du Mur de Berlin en passant par la visite de la Reine Elizabeth II en Irlande et la cérémonie de remise du Prix Nobel de la Paix 2012 à Oslo. Le visiteur peut contempler des éléments qui lui rappellent des moments forts, des pierres de construction, de grands tournants dont le citoyen européen d’aujourd’hui a raison d’être fier.

 

On applique toujours un filtre idéologique lorsqu’on évalue les événements historiques. C’est ainsi qu’on pourrait faire remarquer que le Parlement européen a omis le moment le plus significatif des soixante-neuf années qui séparent 1945 de 2013 : l’élection du pape Jean-Paul II en 1979. Au moment où nous accueillons le pape François, il faut rester attentif à la manière dont il va s’inscrire dans la recherche d’identité européenne en cours.

 

Dans la plus grande partie de l’Europe, l’histoire ne fait plus partie du programme scolaire obligatoire. Avec la montée en force des sciences et technologies, des signes alarmants semblent indiquer que les jeunes sont moins intéressés par l’étude de notre passé. Il est vrai que la popularité des chaînes de télévision par câble Découverte et Histoire et la fascination persistante pour les films en costumes d’époque [les Tudor et les Borgia exerçant un pouvoir d’attraction singulier] suggèrent qu’un grand nombre de personnes appartenant à une génération antérieure sont encore intéressées par les drames d’antan. Mais ce déclin du sens de l’histoire – de notre histoire – est néanmoins perturbant.

 

Alors que nous nous préparons aux élections parlementaires européennes de juin 2014 et que nous réfléchissons sur l’Europe et sur notre capacité à la redéfinir à un moment critique de son histoire, nous ne pouvons pas faire avancer le projet si nous ne nous rendons pas compte d’où nous venons et, comme nous le rappellent les banderoles exposées au Parlement européen, si nous ne saisissons pas l’importance de ce qui a été accompli.

 

Jacques Delors n’a pas expliqué en détail comment le millier de pages qu’il avait lues cet été-là l’ont distrait ou enrichi. Il n’a pas non plus fait part des leçons précises que cette lecture lui a apportées. Mais son appel de 1992 aux évêques de la COMECE pour “donner une âme” à la nouvelle Europe émergente pourrait bien être un hommage détourné à l’importance de la quête des valeurs spirituelles dans le développement de l’identité européenne.  De nombreuses pages d’histoire ont été écrites depuis 1992 et Jacques Delors y a apporté sa contribution. Il serait donc difficile d’écarter ses lectures de cet été-là d’un revers de main en les considérant comme une perte de temps.

 

Patrick H. Daly

COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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