Wednesday 28. October 2020
#160 - mai 2013

 

Gagner les Européens à l’Europe

 

« Nous autres Européens sommes unis dans la paix afin de nous efforcer à atteindre le bonheur et la prospérité pour nous-mêmes et pour le monde entier. »

 

« Or il ne faut pas seulement proclamer cette formule, mais gagner les Européens à ce projet et oser un nouveau départ : c’est à cela que, selon moi, il faudra parvenir dans les prochaines années », a déclaré le président de la COMECE, le Cardinal Marx, dans le discours qu’il a prononcé en novembre dernier à Bruxelles dans le cadre d’une soirée de discussion de la COMECE.

La communication sur l’Europe : plus importante que jamais !

Depuis toujours, l’Union européenne tente, par le biais de bureaux d’information dans les États membres, par le biais d’innombrables brochures (et même de bandes dessinées), de rapprocher ses citoyens de l’Europe ou même de leur permettre de participer à la construction européenne par des programmes d’aide spéciaux comme, par exemple, L'Europe pour les citoyens. En outre, l’année thématique européenne actuelle est consacrée aux citoyens (voir Europeinfos n° 157). Malgré toutes ces initiatives, on constate malheureusement toujours que l’Europe, que Bruxelles, n’est pas seulement lointaine géographiquement pour de nombreux citoyens.

 

Cette impression est renforcée, par exemple, par le taux de participation aux dernières élections du Parlement européen. C’est ainsi qu’à l’échelle de l’Europe, en juin 2009, seuls environ 161 millions d’électeurs, autrement dit 43,24 % de tous les citoyens européens avec droit de vote, ont pu être mobilisés. Dans certains États membres, le taux de participation s’est même établi à 20 % seulement. Le taux de participation aux élections diminue ainsi depuis les premières élections européennes en 1979.

 

À quoi il faut ajouter que l’Europe se trouve actuellement devant sa plus grande épreuve monétaire. Depuis plusieurs années, la crise de la dette étreint d’une poigne ferme l’Union européenne et détermine l’agenda politique européen. Dans de larges parties de l’Europe, la crise frappe à présent le porte-monnaie des citoyens. Le mécontentement à propos de l’Europe est perceptible, il arrive même que des drapeaux européens soient brûlés par désespoir à certains endroits, que des clichés nationaux que l’on croyait oubliés depuis longtemps revoient le jour. Au lieu d’une intégration mutuelle, le danger d’une séparation est là. La communication sur l’Europe est devenue plus importante que jamais.

 

L’union politique, pour sortir de la crise ?

C’est précisement en cette période tendue que l’exigence de plus d’Europe, de plus d’intégration, est de plus en plus évoquée. Un réajustement des compétences entre le plan national et le plan européen apparaît juste et important. La sortie de la crise est notamment vue dans une union politique. Mais quelles sont les perspectives d’une union politique, en particulier en ce qui concerne l’intégration des citoyens ?

 

Ces jours-ci, on publie beaucoup de choses sur l’avenir de l’Europe ; on discute aussi beaucoup (voir Europeinfos n° 155). Récemment, un intéressant rapport de l’initiative de recherche NRW (Nordrhein-Wetsfalen) en Europe, commandé par le ministre européen du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie (Allemagne), le Dr Angelica Schwall-Düren a été présenté à Bruxelles. Dans leur rapport intitulé Union politique - Participation démocratique et sécurité sociale, les scientifiques proposent, outre une analyse de la situation actuelle, des options de solutions à court, à moyen ainsi qu’à long terme pour une « union politique ». En outre, ils se risquent aussi à réfléchir dans le sens d’une « union sociale », débat dont le ton est encore très bas.

 

L’initiative de recherche NRW arrive à la conclusion que l’UE se trouve, outre la crise économique et financière, dans une crise de légitimation. L’adhésion fondamentale à l’idée européenne est, il est vrai, intacte et le caractère démocratique de la politique européenne est fondamentalement maintenu. Néanmoins, l’UE se trouve face à une crise de confiance politique importante qui, pour la première fois, n’exclut plus la mise en question de la qualité de membre dans l’UE et le retour à la politique nationale. Face à cela, les évêques de la COMECE ont précisément toujours appelé, ces dernières années, à assumer une responsabilité commune dans la recherche d’une solution pour surmonter la crise (voir par exemple, la déclaration de presse du 28.10.2011).

 

Les élections au Parlement européen de 2014 comme chance

Les scientifiques de la NRW voient, dans une politisation du débat politique européen, la voie pour sortir de la crise. Les citoyens doivent pouvoir, dans l’Europe politique, décider d’alternatives politiques substantielles et participer ainsi, y compris sur le plan du contenu, à des décisions politiques fondamentales. Ceci augmenterait en même temps, selon les chercheurs, l’intérêt des médias pour la politique européenne. Dans les élections européennes qui auront lieu l’année prochaine, ils voient une occasion pour le débat politisé et, notamment, pour la mobilisation des citoyens en faveur du projet européen. Outre une valorisation institutionnelle du Parlement, il faut notamment aussi une nouvelle compréhension des partis dans la politique européenne (par exemple, la nomination d’une tête de liste pour la fonction de Président de la Commission) ou la mise au vote d’alternatives politiques claires.

 

L’union sociale comme alternative de contenu à la politique européenne actuelle

Un deuxième domaine du rapport de l’initiative de recherche NRW avance comme idée centrale celle d’une union sociale. La politique sociale fait encore partie aujourd’hui, pour de larges pans, du domaine des États membres. L’Union soutient et complète leurs activités. Le projet d’une union sociale européenne est pensé comme une alternative politique à la politique actuelle. Une telle union sociale vise non seulement un rassemblement de tous les systèmes sociaux européens dans un modèle unique, mais aussi la fixation d’un cadre européen commun pour la politique sociale et sa mise en œuvre sur les plans européen, national et régional, conformément au principe de subsidiarité.

 

En outre, les scientifiques militent pour que la protection face aux risques de base (par exemple, l’assurance maladie et soins de santé), la protection du niveau de vie (par exemple, l’assurance chômage et pension) et l’offre de services sociaux soient structurées conformément aux prestations sociales et garanties dans une mesure minimale. Selon les professeurs, une telle union sociale doit être contrôlée non seulement sur les plans politique et institutionnel, mais aussi par les partenaires sociaux et les groupements sociaux.

 

Dans leur rapport, les scientifiques font remarquer que la récession sociale pourrait également être synonyme de dégradation sociale. Récemment, dans le cadre d’une réunion avec la présidence irlandaise du Conseil, les représentants des Églises avaient également mis en garde devant les répercussions sociales de la crise.

 

Le rapport présenté dans cet article de l’initiative de recherche NRW sur l’union politique contient plusieurs aspects intéressants et fournit de la matière à de nouvelles discussions. Une chose, toutefois, devrait être claire : si nous faisons de la publicité pour plus d’Europe à Bruxelles ou, sur place, dans les États membres, nous devrions prendre à cœur l’appel du Président de la COMECE et ne pas oublier de gagner les Européens à l’Europe. Finalement, c’est aux citoyens de décider de nouvelles étapes d’intégration lors des votes et des consultations populaires.

Anna Echterhoff

COMECE

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

 

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