Wednesday 28. October 2020
#160 - mai 2013

 

Dialogue entre l’UE et l’Amérique latine : des liens commerciaux mais aussi humains

 

L’Amérique latine n’a pas été prioritaire pour l’Union européenne dans le passé, mais les choses sont en train de changer.


La vie ne se résume pas à l’économie, mais l’économie nous aide à comprendre une partie de la réalité. Lorsque nous disons que le commerce de l’Union européenne avec l’Amérique latine (une région dont 97% de la population parle espagnol ou portugais) représente près de 200 milliards d’euros par an, ce devrait être en soi un argument pour prêter une plus grande attention aux relations avec cette partie du globe, y compris aux tendances en matière de mobilité.

 

Les relations historiques du Portugal et de l’Espagne avec leurs anciens territoires ont toujours été un moteur de rapprochement entre l’Union européenne et l’Amérique latine, mais tant que l’Union n’avait pas vu par elle-même où se situait son intérêt stratégique, ce n’était pas suffisant. Or, c’est maintenant effectivement le cas. Le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a résumé le potentiel de ces relations lors du sommet UE-Amérique latine qui s’est déroulé à Madrid en 2010 : “Les dirigeants qui sont réunis ici aujourd’hui représentent plus d’un milliard de personnes, un tiers des membres des Nations Unies et une part importante de l’économie mondiale”. C’est un potentiel qui doit encore être développé dans tous les domaines, y compris celui de la migration.

 

L’ampleur du phénomène

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la population de migrants nés dans les pays ibéro-américains était de 4,29 millions dans l’UE-27 en 2010, un chiffre fort similaire à la population de migrants intrarégionaux au sein des pays ibéro-américains (4,08 millions). Les migrants l’Amérique latine résidant dans l’UE-27 représentent environ 9% des migrants du monde entier qui résident dans les pays de l’Union européenne. L’Espagne, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas et la France sont les destinations de choix. Pour des raisons historiques et linguistiques évidentes, l’Espagne est en première position (60% des Ibéro-Américains qui arrivent dans l’Union européenne choisissent l’Espagne comme pays de destination). Par contre, les migrants européens qui vont s’installer dans les pays ibéro-américains représentent 18% du pourcentage total d’immigrants résidant dans la région. Les principaux pays ayant fourni des migrants à l’Amérique latine (en 2010) sont l’Espagne (47.701), l’Allemagne (20.926), les Pays-Bas (17.168) et l’Italie (15.701). Au total, plus de 100.000 Européens ont quitté leur pays d’origine pour aller résider en Ibéro-Amérique.

 

Un nouveau cadre politique

La migration est l’un des domaines de coopération d’importance clé, en particulier depuis 2009, année où l’Union européenne et la CELAC (Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes) ont établi un dialogue structuré approfondi à ce sujet. L’engagement à continuer de développer ce dialogue a été renouvelé lors du 6ème Sommet UE-Amérique latine qui s’est tenu à Madrid en mai 2010 (et qui a donné lieu au Plan d’action de Madrid). Cet engagement a ensuite été renforcé lors du 1er Sommet UE-CELAC qui a été récemment organisé en janvier 2013, à Santiago du Chili, et qui prévoit un Plan d’action pour la période 2013-15.

 

Crise et mobilité

La crise économique n’a pas provoqué de retour massif des migrants des pays de l’Union européenne vers leur pays d’Amérique latine d’origine. Au lieu de cela, les migrants se sont déplacés d’un pays de l’Union à l’autre et les politiques étatiques visant à faciliter le retour des migrants chez eux (en particulier des chômeurs) n’ont guère eu de succès. Et pourtant, les envois de fonds constituent un élément important des entrées de devises étrangères dans les pays d’Amérique latine (5,5 milliards d’euros en provenance de l’Union européenne en 2010) ; pour certains d’entre eux, l’importance de ces entrées est cruciale sur le plan social.

 

En effet, on observe en ce moment un "effet d’attraction" à l’égard du personnel européen hautement qualifié, dont l’Amérique latine a besoin. Le Brésil, le Pérou, la Colombie, le Chili, l’Argentine et le Mexique sont les pays bénéficiaires de cette nouvelle mobilité, qui a maintenant lieu en sens inverse. Les envois de fonds provenant de cette région du monde à destination de l’Union européenne se sont élevés à 3,6 milliards d’euros en 2010, une somme tout à fait remarquable.

 

Prochaines étapes ?

L’amélioration des filières légales de mobilité entre l’Union européenne et l’Amérique latine est dans l’intérêt mutuel des deux régions : non seulement pour le marché du travail mais aussi pour les étudiants, les chercheurs ou les bénévoles et leur famille. Dans ce contexte, il est impératif de promouvoir la jouissance effective et la protection des droits fondamentaux des migrants dans les deux régions. En tout cas, il faut au moins donner la priorité à la lutte contre la traite des êtres humains, au trafic illicite de migrants et à la nécessité de venir en aide aux victimes, comme le souligne le Plan d’action 2013-15.

 

Impact pour l’Eglise

Les chrétiens en provenance de l’Ibéro-Amérique se retrouvent dans le vide spirituel d’une Europe de plus en plus laïcisée tandis que les prêtres l’Amérique latine s’occupent de congrégations de plus en plus nombreuses. L’élection du Pape François, fils d’un immigrant européen qui parle au monde en espagnol, nous rappelle que le phénomène migratoire est bénéfique à la chrétienté de part et d’autre de l’Atlantique.

 

José Luis Bazán

Conseiller juridique, Secrétariat de la COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
https://europe-infos.eu/