Thursday 28. May 2020
#160 - mai 2013

 

Une vie décente pour tous

 

La pauvreté et le changement climatique sont les deux principaux défis du 21ème siècle et la Commission européenne vient de rendre publique une Communication qui traite de ces questions.


Il faut vraiment tirer un grand coup de chapeau à la Commission européenne pour la publication récente d’une Communication, intitulée "Une vie décente pour tous : éradiquer la pauvreté et offrir au monde un avenir durable". Dans cette publication, la Commission met en évidence les grands défis de notre temps tels qu’ils sont exposés par Nicholas Stern, l’économiste britannique renommé, auteur d’un célèbre rapport sur l’économie du changement climatique.

 

Cette Communication de la Commission est destinée à promouvoir la discussion de cet important sujet au niveau des autres organismes de l’Union européenne. Si elle est couronnée de succès, elle pourrait devenir un texte de loi ou fournir les éléments d’une politique spécifique. Dans ce cas, le sujet choisi ne pourrait pas être plus approprié, plus urgent ni plus important.

 

Dans le contexte de la révision en 2013 des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) dont il était prévu qu’ils soient atteints en 2015, la Commission veut entamer cette année une discussion sur les objectifs post-2015 ; en d’autres termes, les nouveaux objectifs que les Nations Unies devraient se fixer après ces quinze années d’efforts mondiaux soutenus pour réduire la pauvreté et promouvoir l’égalité. Le second axe de la Communication et la discussion qui en découle est le suivi des accords conclus à Rio+20 – la Conférence de l’ONU sur le Développement Durable organisée en juillet 2012.

 

Même si nous partageons entièrement l’orientation générale de la Communication parce qu’elle met bien en évidence les deux grands défis de notre temps – à savoir comment réduire la pauvreté et comment assurer un avenir durable à tous, en particulier dans le contexte de la menace du changement climatique – le document a aussi ses limitations.

 

Premièrement, la Communication ne traite pas du tout du contexte actuel de la crise en Europe. Il est difficile de tolérer les grands discours de l’Europe lorsqu’ils donnent l’impression d’être prononcés par de "bonnes âmes" qui prêchent la bonne parole aux pays les moins développés, comme si des concepts tels que la pauvreté, la dette, les émissions ou la pollution n’étaient pas aussi des problèmes qui se posaient en Europe. Le titre même de la Communication, "Une vie décente pour tous", exige de continuer à réfléchir sur la manière de s’occuper de ces questions (pauvreté à réduire, objectifs environnementaux non atteints…) au sein même de l’Union européenne.

 

Ceci ne veut pas dire qu’il faut protéger notre bien-être en Europe de l’emprise d’un Sud massivement appauvri, mais qu’il faut reconnaître au contraire que nous devrions définir des stratégies de lutte contre la pauvreté, tant à l’intérieur de l’Union européenne qu’à l’extérieur. Cette reconnaissance du contexte actuel rendrait les propositions plus réalistes, car il est clair que la marge de manœuvre financière de l’Union sera très limitée dans les années à venir.

 

Deuxièmement, en dehors de l’heureuse association de ces deux sujets de préoccupation – pauvreté et environnement – la Communication ne fait pas la synthèse d’idées nouvelles ou innovantes. En fait, elle résume les réalisations des OMD en les ramenant à l’objectif de réduire de moitié la proportion des personnes vivant dans une grande misère (moins de USD 1,25 par jour), qui a sans doute été atteint en 2010 ; ou à l’objectif de réduire de moitié la proportion de la population n’ayant pas accès à l’eau potable, qui a été atteint au niveau mondial en 2010 ; ou, là encore au niveau mondial, à l’inscription en hausse dans les écoles primaires, qui se situe actuellement à 89% en moyenne, la probabilité d’inscription des filles  étant maintenant presque aussi grande que celle des garçons. Nul ne doute que l’engagement de l’Europe ne soit remarquable : 53 milliards de dollars en Aide Publique au Développement en 2001. Il n’est pas non plus encourageant que l’Annexe de la Communication indique simplement la liste des "actions en cours et prévues dans l’UE en vue de la mise en œuvre des objectifs de Rio+20", ce qui montre qu’il n’y a en fait aucune proposition nouvelle.

 

Troisièmement, il y a un véritable risque à se faire enfermer dans "la spirale de l’image de marque".  La superposition des stratégies européennes (2020, 2050...) et des accords internationaux (Rio+20, OMD...) rend difficile d’harmoniser complètement les diverses politiques proposées. La recherche de cohérence entre tous ces éléments devient impérative, mais l’autre grand risque est d’entrer dans un processus sans fin qui consisterait à renommer des politiques quasiment identiques, qui seraient recyclées pour fournir de nouveaux cadres d’action.

 

La volonté de l’Union européenne d’affronter les grandes questions de la pauvreté et de la durabilité ne peut être que louée et encouragée. Le cadre proposé est digne d’éloges au niveau de la recherche d’un développement humain (et pas seulement économique). Il veut promouvoir le développement durable et appelle à une bonne gouvernance dans le domaine des ressources naturelles, mais il n’aborde guère le changement climatique et place une grande confiance dans la coopération au développement tout en mentionnant fort peu le rôle du commerce et de la taxation.

 

L’automne 2013 sera un moment crucial pour examiner l’état d’avancement de la réalisation des véritables engagements pris par l’Union européenne, tant au sein du groupe de travail des Nations Unies sur le suivi de Rio+20 que lors de la Manifestation Spéciale sur les OMD, qui se tiendra dans le cadre de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

 

José Ignacio Garcia

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

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