Mittwoch 20. Juni 2018
#216 - Juin 2018

Interdire la circoncision ?

Un projet de loi visant à interdire la circoncision a été déposé devant le Parlement islandais, avant d’être finalement retiré. Cependant des propositions semblables sont envisagées dans plusieurs régions d’Europe. Une violation du droit européen et international, qui garantit la liberté de religion, selon Grégor Puppinck.

Une proposition de loi visant à interdire la circoncision à but non médical a été examinée au Parlement islandais. Selon ses promoteurs, l'ablation du prépuce serait une mutilation génitale portant atteinte à l'intégrité physique de l'enfant, au même titre que l'excision. Les représentants de plusieurs formations politiques ont soutenu ce texte, de même que - d'après un sondage - la moitié des Islandais. La proposition de loi a pour le moment été retirée. Si seulement 0,5% de la population du pays serait concernée, une telle loi reviendrait à remettre en cause une pratique religieuse commune au judaïsme et à l'islam et très répandue dans le reste du monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait en 2007 que 30% de la population masculine mondiale était circoncise.

 

La circoncision n'est pas assimilable à l'excision

Ouvrir un tel débat aujourd'hui est paradoxal à bien des égards. En effet, cela fait plusieurs années que des avantages médicaux liés à la circoncision ont été découverts. Une étude canadienne a notamment identifié en 2015 une diminution de l'incidence d’infections urinaires chez les jeunes garçons circoncis, ainsi que du risque d’infections sexuellement transmissibles et de certains cancers chez les hommes et leurs partenaires. De plus, contrairement à ce que prétendent les pourfendeurs de la circoncision, cette pratique n'est pas assimilable à la mutilation. L'OMS refuse d'utiliser ce terme et considère que la signification sociale et les conséquences médicales de la circoncision et de l'excision sont « drastiquement différentes ».

 

Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe considère aussi que ces pratiques « ne sont aucunement comparables». L'excision, à la différence de la circoncision, n'est pas une prescription religieuse, mais coutumière; elle est en outre dangereuse et a de graves conséquences sur les femmes, ce qui justifie son interdiction. La quasi inexistence de contentieux relatif à la circoncision révèle d'ailleurs la faible remise en cause de la pratique par les intéressés. À titre d'illustration, alors que 14% des Français déclaraient en 2008 être circoncis, « la jurisprudence n’a pas encore eu l’occasion, apparemment, de qualifier la circoncision dans le langage du droit pénal » (Journal du Droit Administratif (JDA), 2017).

 

La fausse liberté des orphelins

En fait, la proposition de loi islandaise ne vise pas à répondre à un quelconque problème médical, mais à protéger les enfants des déterminismes religieux que leurs parents, appartenant à des communautés minoritaires, voudraient leur imposer. Si la circoncision interpelle, c'est parce qu’elle est « un marqueur à vie inscrit dans la chair de l’enfant mineur dès son plus jeune âge » (G. Gonzalez et F. Curtit). Pour les Juifs, elle est un signe d'alliance avec Dieu, un commandement divin. Or, l'idéologie individualiste contemporaine s'oppose à ce que l'enfant soit fils et héritier d'une tradition familiale et religieuse afin de préserver sa liberté. Mais cette idée d'entrer nu et libre dans l'existence est une illusion, une fausse conception de la liberté qui méconnait la nature profondément sociale et religieuse de l'homme. Elle préfère la liberté des orphelins à la dignité des fils.

 

Une violation du droit européen et international

Interdire la circoncision constituerait en outre une violation du droit européen et international, qui garantit la liberté de religion et le droit des parents en matière d'éducation religieuse de leurs enfants. Une interdiction de la circoncision violerait non seulement le droit des parents, mais aussi celui des enfants « d’accéder, en matière de religion ou de conviction, à une éducation conforme aux vœux de leurs parents » (Comité des ministres du Conseil de l’Europe). C'est pourquoi, le législateur allemand a réaffirmé en décembre 2012 la légalité de la circoncision des nourrissons dès lors qu’elle est pratiquée « dans les règles de l’art médical », après que le tribunal de Cologne ait imprudemment condamné cette pratique.

 

Les pays dans lesquels ce débat est soulevé devraient s'inspirer de la législation allemande et retrouver une compréhension plus juste et plus riche de la liberté.

 

Grégor Puppinck

Directeur du European Centre for Law and Justice

 

Le European Centre for Law and Justice (ECLJ) a récemment rédigé le rapport La circoncision, approche éthique et juridique d’un précepte religieux menacé accessible sur www.eclj.org.  

 

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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