Freitag 15. Dezember 2017
#209 - novembre 2017

La passion de l'Europe - Se souvenir des crises pour remédier aux divisions

2017 est une année d'anniversaires. Face aux crises actuelles, l'Europe ferait bien de se souvenir des réponses qu’elle a autrefois apportées aux défis auxquels elle était confrontée, estime le nouveau directeur du JESC, Peter Rožič SJ.

Au moment où l'Union européenne traverse l'une de ses crises les plus graves, elle commémore aussi, cette année, une série d'anniversaires importants : le 500ème anniversaire de la Réforme, le centenaire de la Révolution russe, le 60ème anniversaire du Traité de Rome et les 25 ans de la signature du Traité de Maastricht. L'Europe se souvient aussi qu’éclatait il y a dix ans la crise financière mondiale. Cette crise a exposé aux yeux de tous des divisions sur le projet européen, et ce à travers tout le continent. Ces anniversaires nous rappellent que, malgré les pertes irréversibles qu’elles ont entraîné, des crises extraordinaires ont aussi contribué à modeler l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui. Personnellement, je suis un nouveau venu à Bruxelles et au JESC, mais j'ai la conviction que si l'Europe garde à l’esprit ses crises présentes et passées et leur résolution, il y a bon espoir qu'elle surmonte les divisions actuelles.

 

Crise et mémoire

 

Puisque l’état de l'Europe est considéré comme celui d’une crise permanente, pourquoi notre attachement social et politique à la mémoire acquiert-il une importance décisive ? La manière dont nous percevons les crises actuelles repose sur une angoisse puissante qui hante l'Europe. Il s’agit du spectre d’un désenchantement séducteur et source de discorde. Ce désenchantement a conduit le Royaume-Uni à choisir de quitter l'Union européenne. Il s’est réverbéré en France, aux Pays-Bas et ailleurs sur la façade atlantique de l'Europe. Le spectre d'une auto-détermination souvent naïve et mal comprise a également pointé le bout du nez sur la façade méditerranéenne et dans les régions continentales de l'Europe. Ces dernières semaines, des situations préoccupantes sont nées de la crise catalane ainsi que des élections de contestation qui se sont tenues en Autriche, en République tchèque et en Allemagne, venant s'ajouter à des sentiments populaires similaires en Hongrie et en Pologne. En fait, c'est bien davantage qu'une simple division est-ouest : il s'agit d'une tendance que l'on rencontre dans toute l'Europe. Et pourtant, s'il y avait eu des réformes antérieures pour répondre aux craintes des peuples européens, et si l'Europe avait eu de véritables dirigeants désintéressés, les citoyens européens auraient un désir plus profond de s'unir.

 

La mémoire pour (potentiellement) remédier aux divisions

 

Le 500ème anniversaire des 95 thèses de Martin Luther peut nous aider à comprendre que, s'il a fallu 500 ans à l'Europe pour accepter la nécessité d'une réforme sur le plan politique et spirituel, il existe déjà les outils nous permettant d'émerger de la crise multiforme que nous connaissons actuellement, et qui est elle aussi politique et spirituelle. Outre la reconnaissance nécessaire de nos polarités intérieures d'espoir et de désespoir, d’autres attitudes sont requises. Nous devons faire face et réagir devant les crises, mais aussi adopter une attitude proactive pour les résoudre et nouer un dialogue permanent pour prévenir ou du moins éviter des dégâts coûteux. Et si nous commencions par écouter ceux qui désirent des réformes et par répondre à leurs préoccupations souvent légitimes ? Grâce à la mémoire, on peut résoudre les crises ou au contraire les exacerber. Lorsque la mémoire - ou la politique de la mémoire - est associée à de fausses nouvelles et à des passions vécues à un rythme effréné, elle conduira à une plus grande désunion. Saint Augustin écrit qu'il faut nettoyer et purifier la mémoire, cette « chambre intérieure vaste et illimitée » en faisant remonter les souvenirs et en guérissant la culpabilité, les blessures et la souffrance qu'ils représentent.

 

Une passion renouvelée pour l'Europe

 

Ce qu'il nous manque, c'est de nourrir et de discipliner une vraie passion pour l'Europe et pour son bien commun, un bien supérieur parce que commun. Les passions nourries par les souvenirs ne s'éteignent jamais. Et pourtant, les passions - après un travail de guérison de la mémoire qui leur vient en aide, élimine leurs aspérités et leur donne de la mesure - nous fournissent l'énergie nécessaire pour nous approprier nos idéaux comme nos fragilités, afin de nous aider à accueillir ceux qui nous font grandir en tant que communauté. Faute de quoi, les populistes exploiteront la voix prophétique des simples citoyens européens, parfois saisis d'indignation, ce qui désintègrera toujours davantage le corps de l'Europe et fera la preuve que son déclin social est engagé, alors que celui-ci, aujourd’hui, peut encore s'inverser.

 

Repensons donc l'Europe d'une façon qui nous revitalisera pour pouvoir construire une communauté toujours en train de se réformer (semper reformanda). Comme l'a dit le pape François lors de la remise du Prix Charlemagne : « La créativité, le génie et la capacité de se relever et de sortir de ses propres limites caractérisent l'âme de l'Europe ». Passionnons-nous donc pour notre maison européenne commune : réformée, relevée et renouvelée.

 

Peter Rožič SJ

JESC

 

 

Version originale de l’article : anglais

 

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