Monday 20. May 2019
#203 - avril 2017

La politique agricole de l'UE confrontée à de nouveaux défis

Malgré les réformes de ces dernières années, jugées toujours trop onéreuses par de nombreux citoyens de l'UE, la Politique agricole commune de l'UE (PAC) reste beaucoup trop bureaucratique, en particulier pour les agriculteurs. L'Union européenne propose donc une consultation avec comme objectif une simplification de la PAC.

farmer on his tractor plowing the field, rural wyoming

Compétence de l’Union depuis 1962, la PAC constitue le plus ancien et le plus coûteux  domaine politique commun de l'Union européenne (encore appelée CEE à cette époque). Peu de domaines politiques de l'UE ont connu des changements aussi significatifs en termes de difficulté, de mission et d'importance.

 

Quelques chiffres pour illustrer ces propos : en 1984, la part de la PAC dans le budget total de l'UE dépassait les 70 % ; en 2013, elle représentait moins de 40 %. Sur la période de 2014 à 2020, 408,3 Mrd € sont destinés à la politique agricole, soit environ 58,7 Mrd € par an. Les échanges agricoles représentent environ 7 % du commerce total de l'UE et ont généré en 2015 un excédent commercial de 9 Mrd € (123 Mrd € à l'export, 114 Mrd € à l'import). En Europe, 22 millions de personnes travaillent dans 11 millions d'exploitations agricoles et les emplois de 44 millions de personnes dépendent indirectement de l'agriculture.

 

Dans le contexte de restriction alimentaire qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, l'objectif initial de la PAC était d'assurer les approvisionnements et d’augmenter la productivité. Il s’agissait de pouvoir fournir suffisamment de nourriture à tous les Européens. Les années d'abondance ont ensuite succédé aux années de disette. On se souvient des fameuses images de montagnes de viande et d'océans de lait, conséquences de l'augmentation de la productivité, de la rationalisation technique et des mesures de soutien à la production. La restructuration des aides et la relance des exportations ont permis d'écouler ces excédents.

 

Nouveaux défis

Depuis lors, les défis de l'agriculture ont changé. Les dégâts écologiques en particulier sur l'air et les nappes phréatiques, causés par la surexploitation et l'utilisation d'engrais à outrance, ont entraîné un revirement de l'opinion. La production agricole doit désormais être plus respectueuse de l'environnement. Protection des sols et de l'eau, conservation de la biodiversité, protection des animaux, conditions de traitement respectant la dignité animale et la réduction des gaz à effet de serre pour la préservation du climat… Celui qui veut encore se lancer dans l'agriculture doit aujourd'hui répondre à toutes ces revendications (parfaitement justifiées) et aux contraintes qui les accompagnent. Pour cette raison, de nombreux agriculteurs choisissent d'abandonner leur activité : elle n'est plus rentable, même en tant qu'activité secondaire.

 

Ce n’est donc pas pour rien qu’ils ont le sentiment d'être des victimes. Ils doivent produire une nourriture de qualité en quantité suffisante, tout en préservant l'environnement pour les générations futures. Ils doutent légitimement que la société soit prête à payer le prix d'un tel changement. Des aides directes les indemnisent pour les mesures de protection de l'environnement, mais l'activité principale, la production agricole, subit une pression importante sur les prix.

 

L'industrie agroalimentaire fait baisser le prix d'achat, qui menace parfois de tomber en dessous du seuil des coûts de production, tandis qu'elle essaie d'appâter le client avec des prix de vente ridiculement bas, notamment pour la viande. Les clients exigent quant à eux des produits de qualité sans être prêts à payer le juste prix. Au cours des 50 dernières années, la part de l'alimentation dans le budget moyen des ménages est passée d'environ 33 % à 11 %. Environ 30 % des aliments produits n'arrivent pas, pour des raisons diverses, jusqu'en cuisine et sont jetés avant d'être utilisés. Ce gaspillage n’est pas viable sur le long terme.

 

Consultation

Avec sa « consultation sur la modernisation et la simplification de la politique agricole commune » jusqu'au 2 mai 2017, la Commission européenne tente de répondre aux nouveaux défis de l'agriculture : comment faire face à l'incertitude croissante sur les marchés agricoles ? Comment protéger le secteur sensible de l'agriculture dans le cadre de nouveaux accords commerciaux sans entraver les perspectives d'exportation ? Comment atteindre les objectifs climatiques ?

 

Une première lecture des questions posées illustre la complexité du sujet. Il s'agit ici d'une part d'éviter le « romantisme agricole » qui idéalise les petites exploitations, et d'autre part d'empêcher que l'agriculture en Europe ne devienne exclusivement industrielle

 

Ces débats touchent des problématiques aussi rationnelles et compréhensibles que la sécurité alimentaire, la garantie d'approvisionnement et la volonté de promouvoir une production agro-alimentaire rentable. Mais on oublie souvent qu’ils posent aussi la question de notre mode de vie. L'agriculture est pratiquée par les gens et pour les gens, non seulement en utilisant des connaissances techniques et des considérations rationnelles, mais aussi avec passion et idéalisme. Cet aspect de l'agriculture doit également être pris en compte à l'avenir.

Michael Kuhn

 COMECE

Version originale de l’article : allemand

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/