Freitag 17. August 2018
#213 - Mars 2018

La prochaine crise financière : Brouillard et boule de cristal

Dix ans après les premières secousses qui ont frappé le cœur de la finance mondiale à l’été 2007, et quelques jours à peine après la chute des bourses début février 2018, la circonspection est de mise quand on évoque « la prochaine crise financière ».

Il y a crise financière du moment où, d’une part, il y a une perte subite dans la valeur monétaire de certains actifs (financiers ou réels) et, d’autre part, quand ces pertes se propagent– contamination – vers d’autres segments du marché au point où la stabilité, voire la survie des institutions financières est menacée.

 

Des progrès dans la zone euro

Dix ans plus tard, de sérieux progrès ont été accomplis au niveau global et au sein de la zone euro. Ainsi, il y a eu le renforcement global du capital des banques doublé des stress tests et la mise en place du Conseil de stabilité financière. Pour ce qui est de la Zone euro, trois mesures complémentaires (faisant système) ont été prises: la mise en place au niveau de la zone de la garantie des dépôts, la création de l’Autorité bancaire européenne pour surveiller les acteurs transnationaux y compris au moment de leur faillite, et finalement le Mécanisme européen de stabilité, susceptible de fournir le financement nécessaire pour corriger les fragilités d’institutions bancaires d’une certaine importance.

 

Des facteurs de risque important subsistent

Ceci étant, trois facteurs de crise potentielle restent présents dans l’économie mondiale. Le premier concerne les taux de change. Sur ce marché se négocient des volumes de plus de 30 fois supérieurs au produit mondial. Cela donne une idée des effets collatéraux qui pourraient résulter pour les économies nationales en cas de variation subites des cours – le taux euro/dollar étant particulièrement important à cet égard. Pour le moment les principales banques centrales se refusent à entrer dans une spirale de confrontation, mais des vulnérabilités existent : le déficit commercial américain chronique depuis au moins quatre décennies, et la volonté affirmée de la présidence Trump de doper les exportations américains.

 

Des taux d’intérêts historiquement bas

La deuxième source de préoccupation est liée aux taux d’intérêts historiquement bas que les banques centrales ont introduit pour lubrifier les rouages grippés par la crise de 2007. Il s’en est suivi une décennie de politique monétaire « non-conventionnelle » consistant à fournir de la liquidité abondante et très bon marché. Cela a entraîné le gonflement plus que substantiel des bilans des banques centrales les rendant moins agiles à l’avenir. Pour les épargnants (et leurs assurances et caisses de pension) les taux bas signifient que leurs capitaux ne sont plus, ou très mal rémunérés. Pour se rattraper, ces acteurs se sont tournés vers des actifs plus risqués. Or, la valeur de ces actifs peut baisser brutalement si les taux d’intérêt remontent trop vite. Les derniers jours ont montré que la nervosité était forte. Le dilemme tient au fait qu’à être trop prudentes en matière de taux, les banques centrales entretiennent une situation pathogène.

 

Un rapport pathologique entre dette et croissance

La troisième fragilité enfin, vient du fait que la crise n’a pas fondamentalement altéré le rapport pathologique entre dette et croissance. En effet, la croissance américaine comme celle de la zone euro ont été alimentées depuis longtemps par l’augmentation plus que proportionnelle de la dette. Cette tendance – même si elle s’est un peu ralentie depuis 2010 environ – reste préoccupante. Ainsi, pour une unité de produit national supplémentaire générée (croissance), le volume brut de toutes les dettes (ménages, entreprises non-financières et entités publiques) augmente de 3 voire de 4 unités. L’histoire montre, que plus les valorisations s’envolent, plus les risques de krach augmentent.

 

Et le bien commun dans tout ça ?

En résumé, si la zone euro a su profiter de la crise pour renforcer de manière significative ses institutions bancaires, les volumes actuels de crédit tout comme le prix des actifs risqués comme les actions laissent à penser qu’une destruction significative des capitaux financiers est inévitable pour que l’économie mondiale retrouve son équilibre. Reste à savoir si cette destruction prendra la forme violente d’une crise financière ou si les acteurs privés comme publics sauront procéder aux ajustements nécessaires de manière concertée et ainsi éviter la crise annoncée.

 

L'économie mondiale se complait de plus en plus dans la liquidité synonyme de possibilité permanente de retrait, donc un refus d'engagement de moyen ou long terme. La prolifération des capitaux financier en quête de rendement l'exprime on ne peut plus clairement. Cette évolution porte en elle des risques de crise financière, mais avant tout les racines d'une crise anthropologique. Sans abhorrer la finance, le chrétien se doit d'en examiner les promesse à l'aune de la question - qui bono? - au bénéfice du Bien commun ou bien seulement de ceux qui ont la capacité de bondir les premiers sur les meilleurs morceaux? La crise profite rarement aux petits.

 

Paul H. Dembinski

Professeur à l'Université de Fribourg (Suisse), Directeur de l’Observatoire de la Finance

 

« Le bien commun par-delà les impasses», publié sous la direction de Paul H. Dembinski et Jean-Claude Huot. Préface de Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Postface de Mgr Justin Welby, archevêque de Canterbury et primat d’Angleterre.

 

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