Dienstag 23. Januar 2018
#211 - Janvier 2018

La résistance aux antimicrobiens − une menace pour l'humanité

La résistance aux antimicrobiens, c'est-à-dire la résistance à ce que l'on appelle couramment les "antibiotiques", est un problème qui prend une ampleur mondiale et qui est responsable d'approximativement 25.000 décès par an dans l'Union européenne et de près de 700.000 décès dans le monde. La COMECE participe aux efforts de lutte contre ce problème.

Parmi les causes principales de la résistance aux antimicrobiens, il faut mentionner l'utilisation excessive et inappropriée des antibiotiques en médecine ainsi que dans le domaine des soins vétérinaires, de la culture et de l'élevage. Citons aussi le manque d'hygiène au niveau des hôpitaux et des soins de santé.

 

A l'avenir, la montée de la résistance aux antimicrobiens pourrait menacer sérieusement le traitement médical des êtres humains en général et rendre très difficile - voire quasiment impossible et en tout cas très coûteux - le traitement approprié de maladies graves (opérations, chimiothérapie, etc.). La lutte contre ce phénomène se déroule maintenant à l'échelle mondiale, que ce soit au niveau du G7 ou de l'Organisation mondiale de la santé sous l'égide des Nations Unies.

 

Les mesures de lutte mises en place par l'Union européenne

 

C'est en 2006 que l'Union européenne a commencé à s'attaquer à ce sérieux problème en interdisant l'usage des antibiotiques comme inducteurs de croissance pour le bétail. D'autres mesures sont ensuite venues se rajouter. Le 29 juin dernier, la Commission européenne a publié le nouveau Plan d'action de l'UE pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens.

 

La veille de cette publication, le Parlement européen a organisé le 28 juin une conférence sur les aspects socio-économiques de la résistance aux antimicrobiens. Le Commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a fait une intervention dans ce cadre et présenté le Plan d'action. D'autres participants représentaient le secteur de la médecine et des soins de santé, l'industrie pharmaceutique, le secteur agricole et la médecine vétérinaire, la fourniture d'aliments pour bétail et les organismes de santé publique. Le plus touchant lors de cette conférence a été le témoignage d'une mère dont la fille était morte en raison de la résistance aux antimicrobiens.

 

La COMECE avait été invitée à prendre la parole à cette conférence sur le thème des implications éthiques de la résistance aux antimicrobiens, dans une perspective chrétienne. Sans nier les conflits d'intérêts existants, la position de la COMECE a souligné résolument l'obligation de protéger la santé et la sécurité des personnes, y compris des générations futures. Leur bien-être, a-t-elle affirmé, ne doit pas être mis en danger ni sacrifié avec insouciance sur l'autel du profit et des gains financiers.

 

Dimensions structurelles et éthiques du problème

 

Dans son Encyclique «Laudato Si», le pape François nous demande non seulement de comprendre les multiples facettes de tel ou tel problème mais de se confronter avec cette complexité et d'agir en conséquence. La résistance aux antimicrobiens, et donc la lutte contre ce phénomène, ne se limite pas à un seul dossier. Le problème est profondément enraciné dans nos systèmes de soins de santé et d'exploitation agricole et il a des impacts sur la production de denrées alimentaires, la santé des animaux (et notamment du bétail) et notre propre santé. De la détermination et des actions concrètes sont nécessaires pour changer la façon dont les gens comprennent ce problème et pour changer leur mode de pensée et leur état d'esprit : cela passe par une sensibilisation à l'égard du bon usage (limité) des antibiotiques dans les soins médicaux mais touche aussi notre système agricole fortement industrialisé, reposant principalement sur du bétail destiné à la production de viande et de produits laitiers. Le gigantisme des élevages et le nombre considérable d'animaux élevés dans un même espace limité encouragent les agriculteurs à utiliser les antibiotiques comme traitement prophylactique afin d'éviter les maladies des animaux dues au stress et à la surpopulation.

 

Les agriculteurs profitent aussi d'un effet secondaire bienvenu de l'utilisation d'antibiotiques, à savoir l'accélération de la croissance des animaux (depuis 2006, il est d'ailleurs interdit d'employer des antibiotiques si le but principal en est l'engraissement du bétail). A cet égard, la simple application du principe du "pollueur-payeur" serait insuffisante et créerait des distorsions entre les petites exploitations et les exploitations agricoles industrielles.

 

Nécessité de changements d'attitude et de mode de vie

 

A première vue, il s’agit d’une question plutôt technique : en effet, la question des soins de santé appropriés pour les êtres humains et pour les animaux a incontestablement un caractère technique. Mais la résistance aux antimicrobiens nous confronte aussi à des choix radicaux ayant un impact profond sur notre mode de vie actuel : quel est le type de consommation alimentaire qui est durable et bon pour la santé, traite les animaux avec respect et ne les considère pas comme des marchandises mais comme des êtres vivants et une "co-création" ? Quelle est notre attitude vis-à-vis de notre propre santé ? Pouvons-nous obliger notre médecin de famille à prescrire un antibiotique, même si celui-ci n'est pas recommandé et qu'il est effectivement inutile, uniquement parce que nous pensons ou croyons qu'il pourrait nous aider – et qu'en définitive nous payons ? Croyons-nous encore qu'il existe une pilule pour chaque maladie ?

 

Le Secrétariat de la COMECE suivra ce dossier en collaboration avec d'autres acteurs engagés dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens au Parlement européen, notamment la députée lituanienne Laima Andrikienė, des organisations de la société civile et d'autre acteurs importants en la matière, tels que le bureau de consultants PA International. Le Secrétariat de la COMECE suivra cette question (dans toutes ses dimensions) de manière plus approfondie à l'avenir et s'efforcera d'accroître la sensibilisation à ce problème et de faire comprendre la nécessité de s'y atteler au sein de l'Eglise catholique, en particulier au niveau du Saint Siège.

 

Michael Kuhn

COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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