Samstag 20. Januar 2018
#211 - Janvier 2018

Le Brexit et la frontière irlandaise : le cri du cœur d’un jésuite irlandais

La fermeture de la frontière irlandaise équivaut à une révocation unilatérale de l'Accord du Vendredi Saint et affaiblit une valeur européenne centrale, le respect des accords internationaux, fait observer Edmond Grace SJ.

A l'issue du Brexit, il est prévu que le Royaume-Uni ait trois frontières terrestres avec l'Union européenne : Chypre, Gibraltar et l'Irlande. Les conditions d'établissement d'une frontière post-Brexit avec la République d'Irlande font l'objet de négociations qui sont actuellement en cours. Il est à craindre que les résultats chèrement acquis de l'Accord de paix du Vendredi Saint, qui ont conduit à ériger une frontière quasi invisible avec l'Irlande du sud, ne soient balayés.

 

Le jour de l'entrée en application de l'Accord de Schengen, le vieil homme d'Etat polonais Bronislaw Geremek s’est rendu en voiture de Varsovie en Allemagne pour le simple plaisir de traverser la frontière sans être arrêté à un poste de contrôle. Compte tenu de l'état actuel des négociations sur le Brexit, nombreux sont ceux qui peuvent comprendre en Irlande l'enthousiasme de Geremek. Lorsque le marché intérieur européen est entré en vigueur le 1er janvier 1993, la frontière de l'Irlande est devenue invisible à toutes fins pratiques. Mais désormais tout est en suspens.

 

L'importance de l'Union européenne dans le processus de paix

 

Alors que l'ombre des "Troubles" était encore présente au début, cinq ans plus tard l'Accord du Vendredi Saint a finalement apporté la paix en Irlande en 1998. Dans le Préambule de l'Accord, les gouvernements britannique et irlandais ont affirmé leur volonté "de continuer à développer ... l'étroite coopération entre leurs pays en tant que bons voisins et en tant que partenaires au sein de l'Union européenne". La levée des contrôles aux frontières a été le signe le plus clair des avantages de ce partenariat pour le processus de paix en Irlande du nord.

 

L'Accord du Vendredi Saint est un traité international juridiquement contraignant. Cependant, pour renforcer sa légitimité politique, il a été soumis à l'approbation des électeurs des deux parties de l'île. Cette approbation a été dûment accordée et conformément à l'Accord, deux conseils ont été mis sur pied : un conseil "Nord/Sud" et un conseil "Britanniques/Irlandais". Ces deux conseils ont reçu explicitement le mandat de traiter des affaires de l'Union européenne.

 

Depuis lors, l'économie transfrontière est devenue florissante et le fait que les gens se rencontrent dans un contexte commercial - et qu'ils apprennent à se connaître et à se faire confiance - a une valeur qui dépasse largement l'économie proprement dite. John Hume, l'architecte principal de l'Accord, avait cette évolution en tête lorsqu'il a commencé à parler "d'avoir l'île en partage".

 

Ses idées ont été inspirées par le projet européen et par la vision de la construction de la paix et de la solidarité en Europe au moyen de la libre circulation des biens et des personnes. C'est l'Europe qui a inspiré l'Accord du Vendredi Saint et qui a joué un rôle fondamental dans sa mise en œuvre. Ceci pourrait expliquer en partie l'énorme soutien que l'Irlande a reçu de l'Union européenne, mais il y a aussi une deuxième raison plus fondamentale.

 

Isolationnisme britannique et pragmatisme

 

L'Europe est fondée sur des traités internationaux et sur le respect des engagements juridiquement contraignants qui en découlent. L'Union européenne ne peut pas se permettre d'être complice de la révocation unilatérale d'un Traité qui est d'une importance essentielle pour les intérêts - et la Constitution - de l'un de ses Etats membres.

 

En revanche, la Grande-Bretagne s'est toujours targuée d'être pragmatique et sa mystérieuse Constitution non écrite facilite ce type de pensée. Au plus fort du débat sur le Brexit, personne n'a parlé de l'Irlande ni des engagements découlant d'un Traité qui mentionne que l'Irlande et la Grande-Bretagne sont des "partenaires au sein de l'Union européenne". Il n'en a tout simplement pas été question.

 

Lorsque l'électorat britannique a voté en faveur du Brexit, la plupart des parlementaires de Westminster ne s’étaient pas réjouis de ce résultat. Mais au lieu de demander aux électeurs de réexaminer la question (ce qu'a fait le Parlement national irlandais à deux reprises avec succès), ils ont décidé que le statut du référendum avait mystérieusement changé.

 

La souveraineté du Parlement a toujours été un principe fondamental de la Constitution britannique. C'est pourquoi l'on considère que les référendums britanniques ont une valeur consultative. La prise de décisions est réservée au Parlement. Cette situation a changé avec le Brexit. Alors que la majorité était courte (52 contre 48% des votants) et que l'Ecosse et l'Irlande du nord avaient voté contre, les partis travailliste et conservateur ont soudain accepté que ce référendum ne pouvait même pas être contesté par le Parlement.

 

Ce changement fondamental apporté à la Constitution non écrite de la Grande-Bretagne n'a pas été reconnu en tant que tel par le Parlement ni par le gouvernement. Tout ce que nous savons de façon sûre, c'est que les politiciens britanniques se sont comportés comme si c'était le cas. Une explication – pragmatique – possible est que personne n'était disposé à assumer ce sentiment intrinsèque d'être supérieur et d'être à part qui fait tellement partie de la culture anglaise.

 

Les accords récents qui ont été conclus entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne ne constituent pas une solution définitive à ces problèmes. Des contradictions demeurent, comme demeure aussi l'épreuve de force entre le séparatisme britannique et les valeurs européennes. Il est bon de rappeler ici les paroles prophétiques que Jean Monnet avait prononcées en 1950 et qu'il a rapportées dans ses Mémoires : Les Anglais ne trouveront pas seuls la ligne de leur destin. Le changement leur viendra de l'extérieur.

 

Edmond Grace SJ

Auteur de ‘Europe’s problem with England

 

Version originale de l’article : anglais

 

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