Saturday 19. September 2020

Le Brexit et ses répercussions sur la politique environnementale

L'impact du Brexit sur la politique environnementale ne va pas se faire uniquement sentir au Royaume-Uni mais aussi dans l'Union européenne. Alors que le Royaume-Uni risque de dériver vers un abaissement de ses normes, l'Union va perdre un Etat membre qui a été extrêmement actif dans le domaine de l'environnement.

Si le Brexit a mis sous les feux des projecteurs ses répercussions sur le plan politique et économique, nous voudrions mettre en lumière ses effets potentiels sur la politique environnementale, que ce soit au Royaume-Uni ou dans l'Union européenne. Lorsque le Brexit sera complètement effectif, l'ensemble des normes environnementales européennes – qui sont actuellement bien plus rigoureuses – ne seront plus applicables au Royaume-Uni. En faisant des plans pour l'avenir, compte tenu des nouvelles relations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, la Commission européenne a clairement indiqué qu'aucun accord commercial avec l'Union n'abaisserait jamais le niveau de protection européen en ce qui concerne les consommateurs, la sécurité alimentaire ou la protection de l'environnement.

 

La campagne du Brexit n'a pas manqué d'arguments extrêmement controversés, dont la plupart avaient très peu de liens avec la réalité. Un nouveau groupe, rapidement mis sur pied et intitulé Clexit (contraction des termes "Climate" et "Exit"- climat et sortie), demande ouvertement que le Royaume-Uni se retire de l'accord historique de Paris sur le climat, signé en décembre dernier. "Le Clexit est notre réponse aux pressions visant à établir un contrôle international en profitant de l'hystérie ambiante en matière de climat", a déclaré le groupe.

 

Les voix de la société civile

Dans une lettre ouverte à Liz Truss, qui était alors Secrétaire d'Etat à l'environnement, la Green Alliance, l'un des groupes de réflexion les plus renommés du Royaume-Uni dans le domaine de l'environnement, a fait part de ses préoccupations à l'égard de la possibilité de quitter l'Union européenne et des dégâts auxquels on pouvait s'attendre au niveau de l'environnement dans le Royaume-Uni. Les auteurs de cette lettre ont aussi dressé la liste des avantages de faire partie d'un système européen doté de normées élevées en matière de protection de l'environnement. Concrètement, les auteurs affirment : "Faire partie de l'Union nous a permis de coordonner nos actions et d'approuver des politiques qui ont amélioré notre qualité de vie, y compris l'air que nous respirons et les mers où nous pêchons, et qui ont protégé la faune qui franchit les frontières nationales. Des normes européennes de production plus élevées pour les voitures, l'éclairage et les appareils domestiques ont réduit les coûts énergétiques pour les consommateurs et ont stimulé l'innovation commerciale".

 

Trois mois avant le référendum de juin 2016, l'IEEP (Institut de politique environnementale européenne) a élaboré un rapport très complet qui étudiait les répercussions potentielles sur l'environnement du Royaume-Uni si celui-ci choisissait de quitter l'Union. L'Institut indiquait que ce départ aurait pour conséquence que el Royaume-Uni serait confronté à une série de risques plus importants vis-à-vis de ses propres ambitions actuelles en matière de "décarbonisation" sur le plan national. Quitter l'Union entraînerait une réduction de son influence sur les négociations climatiques internationales et fermerait la porte en ce qui concerne la possibilité de l'Institut d'avoir la même influence sur les décideurs à l'échelon européen (et donc sur les contraintes auxquelles sont confrontés les concurrents de l'industrie britannique dans les autres Etats membres de l'Union). "Il est probable que si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, l'environnement britannique va se retrouver dans une situation plus vulnérable et plus incertaine que si le pays reste membre de l'Union", affirme le rapport.

 

De son côté, GReen10 représente les dix ONG les plus en vue qui travaillent sur les questions d'environnement à Bruxelles. Dans une lettre adressée aux institutions européennes après le vote du Brexit, le groupe d'ONG leur rappelle la responsabilité de l'Union – et ses compétences – au sujet du traitement des questions d'environnement, c'est-à-dire son rôle de leader ; même si l'Union perd un membre important, ceci ne doit pas amoindrir son engagement : "Il est crucial", explique le groupe, "que l'Union européenne montre qu'elle est unie et non paralysée et qu'elle reste désireuse et capable d'agir dans l'intérêt de ses citoyens et de leur environnement naturel. L'Union demeure dans une position sans pareille pour jouer un rôle de leader en affrontant les défis globaux du changement climatique".

 

Enfin, en août 2016, la Chambre des Communes du Royaume-Uni a publié un document d'information détaillé, qui mettait en garde contre l'abaissement des normes environnementales après le Brexit, car il y aurait moins d'incitations à ce que le gouvernement britannique se conforme aux normes environnementales en l'absence des mécanismes d'application de l'Union européenne. Une voix de plus dans la campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union, le parlementaire Barry Gardiner, Secrétaire d'Etat de l'opposition pour l'énergie et le changement climatique, a souligné pour sa part l'importance de l'Union dans la coordination de la gestion des questions environnementales transfrontalières : "Le fait est que les poissons, les oiseaux et les insectes n'ont pas de passeports et que la pollution ne s'occupe pas des restrictions de l'espace national aérien ni des eaux territoriales. Si nous voulons tous les gérer, que ce soit comme nuisibles, comme problèmes ou comme ressources, il vaut mieux le faire de concert avec nos voisins régionaux".

 

Rien ne témoigne probablement mieux de notre interconnexion mondiale actuelle que l'environnement. Le Brexit montrera que l'isolement est un choix de vie totalement irréaliste. Le Royaume-Uni ne veut peut-être pas vivre au sein de l'UE, mais il a intérêt à agir rapidement pour trouver des stratégies durables lui permettant d'être en lien avec ses voisins du continent. De son côté, l'Union européenne doit faire la preuve, une fois encore, qu'elle est capable d'intégrer la diversité, même si dans ce cas, cette action ne constituerait pas un objectif souhaitable mais bien plutôt une nécessité de part et d’autre.

 

Paula Sendin

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

 

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