Mittwoch 19. September 2018
#215 - Mai 2018

Le CESE, acteur essentiel d’une gouvernance en dialogue

Entretien avec Luca Jahier qui a été élu le 17 avril Président du Comité Économique et Social Européen (CESE).

Brussels , 09/04/2018eesc nouvelle présidence + Cabinet.Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Quels sont le rôle et la mission du CESE? Quelle est sa composition?

 

Le Comité économique et social européen (CESE) constitue la première assemblée participative instituée dans le cadre de l’histoire européenne. Même avant le traité de Rome, il existait déjà la «Commission consultative de la CECA».

 

Le Comité économique et social européen (CESE) n’adopte pas de lois, mais il assume une fonction essentielle dans la construction européenne, celle de pont entre la société civile organisée et les décideurs politiques. Il s’efforce d’intégrer l’expérience de la vie réelle dans l’élaboration des politiques européennes, en prodiguant des conseils éclairés et avisés aux législateurs. Chaque année, il émet entre 160 et 190 avis et rapports d’information.

 

L’Europe a donc voulu s’appuyer sur deux jambes: la première est celle d’une gouvernance des gouvernements et des institutions créées par eux, tandis que la seconde consiste en une gouvernance émanant de l’organisation représentative de la société civile, de l’ensemble des corps intermédiaires, qui sont une composante essentielle de la subsidiarité. À côté de ces piliers, l’Europe a eu le courage, ensuite, de développer une assemblée parlementaire, un parlement digne de ce nom, puis encore une assemblée des pouvoirs régionaux.

 

Si nous perdons ce concept de gouvernance multiple, surtout en ces temps de transformations, si important et si abrupt, où chaque élément est fondamental pour nous aider à comprendre, pour créer des alliances, des intercompréhensions et des engagements dans un projet de transformations, nous nous trouverons désorientés.

 

Cette voie est la seule possible. Par quoi pourrions-nous la remplacer? Par des consultations sur internet, par les «J’aime» de Facebook? Pareille idée de simplification est brutale.

 

Ma conviction est que le projet européen a maintenu depuis son origine, le Traité de Rome, et même depuis la CECA, les quatre articles sur la démocratie, qui se retrouvent jusque dans le Traité de Lisbonne*. Le CESE est cet espace institutionnel qui aide à la construction du pont mentionné ci-dessus.

 

Vous prenez vos fonctions à la tête du Comité économique et social européen: quels sont les défis qui attendent cette institution dans les prochaines années?

 

Je distingue quatre chantiers. Premièrement, il nous faudra travailler intensément sur les questions de développement durable. Le programme 2030 est la grande réponse positive, systémique, à cette vaste problématique. C’est une question de vision. L’Europe a été à l’origine de ce programme, elle a des clés essentielles pour y intervenir. Elle ne doit pas vouloir jouer la première place, elle doit faire de ce programme le moteur de la politique à venir.

 

Le deuxième chantier est celui de la paix. Elle n’est plus simplement l’héritage et le succès le plus important de l’Europe. Aujourd’hui, elle est à nouveau en péril. L’Europe est en train de vivre son tout premier divorce, et c’est une blessure profonde: nous ne sommes pas occupés à gérer un petit détail technique. L’Europe est en train de vivre une situation de guerre, de conflit, de tension à toutes ses frontières. Et elle éprouve pour la première fois en son sein une remise en question fondamentale des valeurs fixées dans l’article 2 du traité.

 

La paix est donc un élément vital sur lequel il faut retravailler, reconstruire des alliances et avoir une conscience aiguë des problématiques en jeu aujourd’hui, à savoir les valeurs fondamentales sur lesquelles nous nous sommes retrouvés en tant qu’Européens et qui sont tout l’enjeu aujourd’hui: nous devons bien nous en rendre compte, car sans paix il n’y a pas d’avenir, pas de croissance, pas de travail décent, pas de développement durable.

 

Le troisième chantier, à mes yeux, c’est la culture, car elle recèle un énorme potentiel d’énergie positive pour l’avenir. C’est un gisement d’espoir qui peut nous aider à retrouver la force des valeurs, et un réservoir de reconversion et de vie. Je ne parle pas uniquement des industries créatives. Prenons le cas de Bilbao, Manchester, de toutes les capitales européennes de la culture: j’ai vu Sibiu quand elle a été capitale européenne de la culture et je l’ai revue après, et j’ai pu constater que c’était également son économie qui s’était transformée.

 

La culture devient un levier positif de transformation économique, de création d’emploi, un facteur qui permet de dépasser les clivages et de reconstruire. Évidemment, elle ne donne pas une réponse immédiate aux gens qui vivent en situation de pauvreté, mais elle offre un instrument pour progresser. Dans le développement durable, il existe aussi d’autres outils comme la croissance, la sécurité sociale.

 

Le quatrième chantier, ce sont les jeunes, que nous devons mettre au centre de nos projets. Ils sont le premier grand levier qui peut enclencher ce vaste changement, qui peut l’accompagner. Avec eux, il faut vraiment se reposer cette question: pourquoi empêche-t-on la jeunesse d’aujourd’hui de rêver? Pourquoi ne rêvons-nous pas avec elle d’un avenir des valeurs, un avenir de paix, d’unité, de solidarité, de cohésion et de droits pour tous?

 

Les jeunes nous aident à remettre au centre de notre perspective la dimension du futur. L’Europe a besoin de repenser son action dans un sens tourné vers avenir, plutôt que dans le seul souci de préserver notre situation. Notre réponse doit être de partir de notre acquis pour nous projeter vers le futur. Il faut que notre programme soit un programme d’avenir. Les jeunes ont cette force en eux. La culture peut nous donner le bon scénario pour ce faire et le développement durable peut devenir notre programme, dont la paix sera une condition incontournable.

 

Quel rôle les chrétiens peuvent-ils jouer dans cette dynamique économique et sociale?

 

Dans une période de peur et de fermeture, les chrétiens doivent continuer à prononcer des mots simples: nous ne devons pas avoir peur. L’unité de l’Europe n’était que le rêve de quelques-uns et elle est devenue une réalité dans la vie de plus de 500 millions de personnes, garantissant la paix et la prospérité.

 

Dans la passe difficile que nous traversons, pleine de défis, les chrétiens ont quatre choses à offrir. Tout d’abord, ils peuvent déceler et faire grandir des raisons nouvelles et positives d’espérer, à partir d’une bonne application des valeurs inscrites à l’article 2 du traité sur l’Union européenne et des principes et objectifs énoncés par son article 3. En deuxième lieu, ils peuvent cultiver une vision plus large, et à plus longue vue que celle exclusivement centrée sur le court terme et sur les intérêts particuliers. Par ailleurs, ils peuvent rappeler sans relâche que la force de toute société est toujours fonction de la solidité de son maillon qui est le plus faible ou supporte le plus d’efforts: qu’il vienne à céder, c’est toute la chaîne qui se brise. Enfin, ils peuvent souligner que l’Europe doit, d’urgence, investir courageusement «hors les murs», tant vers la Méditerranée et l’ensemble de l’Afrique, que vers l’Est, car notre avenir dépend aussi du progrès pacifique du reste du monde, dans lequel l’Europe peut et doit jouer un rôle décisif.

 

Propos recueillis par Johanna Touzel

 

* L’article 9 du Traité de Lisbonne dit que l’Europe se base sur les citoyens et la démocratie; l’article 10 affirme qu’elle se fonde sur la démocratie représentative (c’est le rôle du Parlement européen); l’article 11 traite de la démocratie participative; l’article 12, enfin, évoque les Parlements nationaux. Ce n’est pas par erreur ou par hasard que le législateur a intégré la démocratie participative. L’obligation d’un dialogue constant et constructif est au cœur des quatre articles du traité concernant la démocratie. 

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

 

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