Saturday 5. December 2020
#199 - Décembre 2016

Le chômage des jeunes vu par une évêque espagnol

Quelles sont les conséquences à long terme de l'exclusion d'une jeune génération du marché du travail? L'Eglise, qui reconnaît les problèmes associés à ce type d'exclusion, doit s'efforcer, généreusement et dans l'espérance, d'aider les jeunes qui sont au chômage, déclare l'archevêque Juan José Omella i Omella dans une interview accordée à EuropeInfos.

L'Union européenne a annoncé que la situation des jeunes chômeurs était en train de s'améliorer. Quelle est la situation en Espagne?

 

La récente crise économique a fait disparaître une énorme quantité d'emplois en Espagne, en particulier ceux des plus jeunes travailleurs. A l'heure actuelle, le taux de chômage global dans le pays se situe juste au-dessous de 20%, alors qu'il était d'approximativement de 10% en 2008. Si l'on analyse les chiffres de plus près, on voit que ce sont les jeunes travailleurs qui ont été les plus durement touchés : le taux de chômage des jeunes est actuellement d'environ 42%, alors qu'il était en moyenne de 21% en 2008.

 

 

Il est indubitable qu'en raison de cette situation difficile, de nombreux jeunes ont vu leurs rêves et leurs ambitions personnelles réduits à néant. Le manque d'emplois stables signifie qu'ils ne peuvent pas quitter le foyer parental et donc fonder leur propre famille. En conséquence, ils vivent dans une situation d'instabilité permanente qui ne fait aucun bien à personne.

 

C'est la raison pour laquelle, au cours de ces prochaines années, nous devons concentrer tous nos efforts sur l'aide et le soutien à leur apporter afin qu'ils puissent améliorer leur situation. Nous devons être attentifs à nos enfants et à nos adolescents, car dans quelques années, ce seront les adultes de notre société.

 

Quelles sont les conséquences à long terme de cette exclusion de la jeune génération?

 

Assurément, la crise économique est en train de devenir une crise qui porte sur la crédibilité de nos institutions démocratiques. Nous pouvons constater que la démocratie n'est pas particulièrement florissante dans le monde pour le moment et nombreux sont ceux qui perdent confiance dans nos institutions politiques.

 

Nous devons créer des institutions plus souples, qui peuvent s'adapter aux besoins actuels des jeunes, en vue de les empêcher de se distancier de la vie publique et de cesser complètement de s'y intéresser. Si nous n'y réussissons pas, nous nous retrouverons plongés dans une société encore plus individualiste. Une opinion largement répandue chez un grand nombre de jeunes, c'est : "Si je compte pour rien dans la société, la société ne peut pas compter sur moi".

 

L'Espagne vient d'élire un nouveau gouvernement : cette élection aura-t-elle un effet sur le chômage des jeunes?

 

Les difficultés les plus grandes que rencontre l'Espagne sont essentiellement d'ordre structurel et révèlent la faiblesse inhérente d'un modèle qui s'appuie sur les emplois peu qualifiés et les emplois occasionnels. C'est un modèle où la richesse n'est pas répartie de façon adéquate et où les politiques sont insuffisantes au niveau de la protection de la famille.

C'est pourquoi la constitution d'un nouveau gouvernement a de l'importance. Nous devons toutefois être bien conscients de la nécessité d'avoir une perspective à moyen et long terme, une approche allant au-delà d'une vision à court terme axée sur la génération de la croissance et la création d'emplois à n'importe quel prix.

 

Protéger les familles et les personnes les plus vulnérables doit être une priorité pour tous. Il ne faut pas oublier que nous vivons au sein d'une communauté et que nous devons tous nous aider les uns les autres pour aller de l'avant.

 

En dehors des jeunes qui pointent au chômage, y a-t-il de nombreux jeunes espagnols qui travaillent dans des emplois précaires?

 

Dans le cadre d'un marché du travail développé, certains emplois précaires peuvent servir de "tremplin" pour des groupes spécifiques de personnes qui ont besoin d'acquérir davantage de compétences ou d'expérience.

 

Mais il y a un problème lorsqu'une aussi grande partie du marché du travail est précaire. Lorsque c'est le cas, il devient évident que l'emploi précaire est un "piège" puisqu'il empoigne ceux qui s'y font prendre. Un certain nombre d'études montrent en effet que les personnes qui sont entrées sur le marché du travail précaire en Espagne y sont encore sept ou huit ans plus tard, dans le même type d'emplois à caractère précaire.

 

 

La proportion élevée d'emplois précaires signifie qu'un peu plus de 14% des travailleurs espagnols vivent au-dessous du seuil de la pauvreté. Derrière ces sombres statistiques, nous trouvons beaucoup de gens qui ont besoin d'aide pour avoir une vie décente. La situation personnelle de chacune de ces personnes a des conséquences directes sur la société et c'est la raison pour laquelle nous devons trouver une solution permettant à ces travailleurs faiblement rémunérés d'avoir une vie meilleure. Nous ne pouvons pas les laisser tomber.

 

Que fait l'Eglise au niveau local pour améliorer la situation des jeunes?

 

La crise économique a rendu nos jeunes désorientés et méfiants et ils manquent d'estime de soi et de confiance en eux. Ils ont peu d'espoir en leur avenir.

 

Grâce au travail de Caritas, des programmes de formation et d'emploi sont en train d'être mis au point. Il ne s'agit pas simplement de faciliter l'apprentissage d'un métier : ils vont plus loin et proposent une formation intégrale qui s'occupe des aspects relatifs au développement personnel. Ces programmes ont pour objectif d'offrir une alternative aux méthodes standardisées habituelles en matière de formation pédagogique. Il s'agit de doter les participants des attitudes sociales et psychologiques nécessaires ainsi que des compétences professionnelles requises afin d'améliorer leur employabilité.

 

Ces exemples démontrent que l'Eglise est consciente des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes et qu'elle s'efforce, généreusement et dans l'espérance, de les aider à échapper aux situations de chômage. Les jeunes sont l'avenir de notre société comme l'avenir de l'Eglise. Nous ne pouvons donc pas simplement les laisser se débrouiller seuls.

 

+ Juan José Omella i Omella

 Archevêque de Barcelone

 

et Président de la Commission épiscopale de pastorale sociale

(Comisión Épiscopal de Pastoral Social)

 

Version originale de l’article : anglais

 

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