Friday 6. December 2019

Le harcèlement des réfugiés chrétiens dans les centres d'asile en Europe

Certains demandeurs d'asile chrétiens qui fuient la violence et la persécution sur leur terre natale sont victimes de harcèlement par des extrémistes musulmans dans les centres européens pour réfugiés.

Il est généralement admis en Europe que les demandeurs d'asile sont pleinement protégés une fois qu'ils arrivent sur notre continent. Or, certains rapports ont été récemment rendus publics au sujet de harcèlement et d'actes de violence de la part de demandeurs d'asile islamistes à l'encontre d'autres demandeurs d'asile chrétiens dans des centres pour réfugiés en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Suède ; et il pourrait y avoir d'autres cas dans d'autres pays.

 

Il arrive que les chrétiens fassent l'objet de pressions pour faire le Ramadan et qu'ils soient menacés lorsqu'ils portent des symboles chrétiens ou possèdent des bibles. Dans certains cas, ils subissent des violences physiques et beaucoup craignent même pour leur vie. En outre, les femmes et les enfants chrétiens sont particulièrement vulnérables aux agressions sexuelles. Ce phénomène de harcèlement s'étend aux musulmans convertis au christianisme, qui sont également des victimes potentielles de menaces et de coercition : en effet, des centaines de conversions se produisent, notamment au Danemark et en Allemagne, surtout chez des Iraniens et des Afghans. Il y a aussi d'autres paramètres en jeu, tels que les capacités limitées et les mauvaises conditions dans les centres d'accueil ou encore les différences culturelles, qui exacerbent les tensions entre les différents groupes.

 

Importer des conflits dans l'Union européenne ?

Max Klingberg, de la Société Internationale des Droits de l'homme, a déclaré : "Nous devons nous défaire de l'illusion que tous ceux qui arrivent ici sont des militants des droits de l'homme. On trouve chez les nouveaux arrivants (...) une intensité religieuse qui est au moins égale à celle des Frères musulmans". Ce qui est à craindre et qui constitue un danger en Europe, c'est que les tensions et la violence qui existent entre les différents groupes religieux dans leur pays d'origine puissent être importées dans l'Union européenne (notamment le conflit de longue date entre chiites et sunnites). Cette violence touche en particulier les chrétiens et les yézidis, deux groupes qui sont tous les deux considérés par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et par le Parlement européen comme faisant partie des victimes du génocide perpétré par Daesh en Irak et en Syrie.

 

Un nombre de cas insuffisamment signalé

Ces situations de violence contre les chrétiens dans les installations pour réfugiés n'ont reçu qu'une visibilité limitée, notamment en raison d'un manque d'intérêt et du règne du politiquement correct, qui fait craindre d'être accusé de xénophobie. A cet égard, le 25 février dernier, le Commissaire européen Dimitris Avramopoulos a répondu à une question parlementaire à ce sujet en disant: "La Commission n'est pas au courant d'incidents spécifiques d'incitation publique à la violence ou à la haine ou de cas de violence motivée par des préjugés contre les migrants chrétiens logés dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile sur le territoire de l'Union européenne". Les poursuites pénales contre des actes présumés inspirés par des sentiments anti-chrétiens relèvent de la compétence des Etats membres : ce sont eux - et non l'Union européenne - qui doivent enquêter et poursuivre en justice en cas d'actes délictueux motivés par des préjugés ; mais lorsque ceci se produit, l'Union européenne ne doit pas rester silencieuse, ce qu'elle ne fait d'ailleurs pas dans d'autres cas où elle n'a pas de compétence juridique.

 

Que devraient faire l'Union européenne et les Etats membres ?

L'adoption de mesures appropriées de prévention contre ces agressions, notamment les agressions sexuelles, et contre le harcèlement dans les centres d'accueil est une obligation des Etats membres de l'Union européenne au titre de l'Article 18.4 de la Directive sur les normes relatives aux conditions d'accueil. Dans cette perspective, Jörg Radek, vice-directeur du syndicat allemand de la police, a suggéré qu'il était "parfaitement logique de loger séparément les réfugiés en fonction de leurs convictions religieuses", une proposition appliquée par l'Etat allemand de Thuringe, qui a été le premier l'année dernière à loger séparément les réfugiés en fonction de leur pays d'origine. En outre, l'article 8 de la Directive sur les droits des victimes prévoit que les victimes ont le droit d'avoir accès aux services d'aide. Mais ceci ne suffit pas : la victime est habilitée à "une enquête approfondie et effective pouvant mener à l'identification et à la punition des responsables". En outre, tout demandeur d'asile qui harcèle et en menace un autre commet un délit ; dans ces cas-là, les articles 14 et 19 de la Directive d'éligibilité, qui déterminent les conditions d'admission au statut de réfugié, pourraient priver de la protection internationale ceux qui sont condamnés pour ce type de délit.

 

Il serait bon que les médias et la société civile dénoncent avec plus d'ardeur les crimes de haine contre les chrétiens et autres demandeurs d'asile, qui sont harcelés et subissent des pressions en raison de leur appartenance religieuse. En outre, ni l'Union européenne ni ses Etats membres ne doivent rester inactifs lorsque ces actes délictueux sont commis. Il faut procéder à des enquêtes et à des poursuites avec toutes les garanties nécessaires et la loi doit être correctement appliquée, notamment la révocation de la protection internationale des criminels. Il pourrait également être utile d'améliorer les capacités d'accueil et la médiation culturelle afin de réduire les tensions dans les centres d'accueil de demandeurs d'asile.

 

José Luis Bazán

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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