Freitag 15. Dezember 2017
#209 - novembre 2017

Le multiculturalisme azerbaïdjanais est-il un modèle ?

Le modèle azerbaïdjanais de multiculturalisme, qui consiste en un ensemble de politiques publiques vigoureuses voulant faire participer la société civile, pourrait-il enseigner à l'Europe comment protéger les minorités sans transiger avec les valeurs de la majorité de la population ?

Les approches et les politiques multiculturelles varient très largement de par le monde, depuis la défense d'un respect égal pour les différentes cultures d'une société jusqu’à la promotion du maintien de la diversité culturelle, en passant par des politiques où les membres de divers groupes ethniques et religieux sont traités par les autorités en fonction du groupe auquel ils appartiennent.

 

Deux sortes de stratégies récemment présentées par Camilla Habsburg-Lothringen ont été déployées par les gouvernements. La première de ces stratégies, souvent qualifiée d'interculturalisme, est axée sur l'interaction et la communication entre cultures différentes. La seconde, que l'on appelle le multiculturalisme de cohabitation, est centrée sur la diversité et le caractère unique de chaque culture; elle considère que l'isolement culturel protège le caractère singulier de la culture locale d'une région ou d'une nation et qu'il contribue aussi à la diversité culturelle à l'échelle mondiale.

 

La "troisième voie" du multiculturalisme en Azerbaïdjan

Une "troisième voie" entre ces deux stratégies a été mise au point par certains pays d'Asie centrale, notamment l'Azerbaïdjan, où les politiques publiques sont assorties - en toute complémentarité - d'un certain activisme de la part des corps intermédiaires (société civile, universités, groupes de réflexion).

 

En Azerbaïdjan, le multiculturalisme est une politique explicite de l’Etat. Il est même devenu une façon de vivre pour cette république, qui dit vouloir assurer la compréhension et le respect mutuels de toutes les identités en présence. Sa situation géographique particulière, entre l'Europe de l'est et l'Asie occidentale, et son contexte sociopolitique, l’ont conduit à adopter un ordre du jour où le multiculturalisme constitue un outil stratégique dans le domaine de la politique étrangère. Historiquement, les représentants de nombreux groupes ethniques et religieux vivent avec les Azerbaïdjanais depuis l'ère de l'empire des Safavides, et cette situation s'est poursuivie au 19ème et au 20ème siècles. Aujourd'hui, plus de 649 communautés religieuses sont enregistrées en Azerbaïdjan, dont 37 ne sont pas musulmanes. Le pays compte 13 Eglises en activité. La communauté catholique a été enregistrée en 1999. Conformément à l'accord conclu entre le gouvernement azerbaïdjanais et le Saint Siège, une église catholique latine a été bâtie en 2007 à Bakou, la capitale du pays.

 

Des mesures publiques spécifiques pour promouvoir le multiculturalisme

La volonté de développement du multiculturalisme et de la tolérance comme politique publique en Azerbaïdjan s'appuie sur l'existence historique déjà ancienne de cet Etat, ainsi que sur le développement de traditions séculaires. Aujourd'hui, par l’action du gouvernement, cette attitude politique est devenue une sorte d'idéologie, à la fois de l'Etat et de la pratique politique (politique publique). Par ailleurs, les fondements politiques de ces concepts se reflètent dans un certain nombre de clauses spécifiques d'articles de la Constitution, d'actes juridiques, de décrets et d'arrêtés. Notons en particulier l'article 48 de la Constitution de l'Azerbaïdjan qui garantit la liberté religieuse.

 

Ce soutien de l'Etat se traduit par une aide matérielle et financière, inscrite au budget de la nation et de la Fondation présidentielle, à des dizaines de centres culturels nationaux, de journaux et d'émissions de radio et de télévision qui sont l'expression des minorités linguistiques.

 

L’année 2016 avait été décrétée « Année du Multiculturalisme en Azerbaïdjan » dans le contexte des conflits ethniques à composante religieuse au Moyen-Orient. Ce type de multiculturalisme d'Etat, qui pourrait être considéré comme une forme de "puissance douce", pourrait-il servir de modèle de multiculturalisme dans d'autres endroits du monde, en particulier dans les Etats et les sociétés du Moyen-Orient où le radicalisme se répand rapidement depuis 20 ans ?

 

Ces dernières années, Bakou a accueilli de nombreuses rencontres internationales, telles que le Forum humanitaire international de Bakou ou le Forum mondial sur le dialogue interculturel en partenariat avec l'Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAoC), l'UNESCO, l'Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT), le Conseil de l'Europe et l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (ISESCO). Se sont également déroulés à Bakou les Jeux européens de 2015, le 7ème Forum mondial de l'UNAoC (du 25 au 27 avril 2016) et les Jeux de la solidarité islamique de 2017. Dans la même perspective, le Centre international du multiculturalisme de Bakou a été mis sur pied en 2014 avec la mission de préserver la diversité culturelle, religieuse et ethnique du pays et de faire de l'Azerbaïdjan une vitrine du multiculturalisme dans le monde.

 

Des leçons pour l'Europe ?

Lors de la visite du pape François à Bakou en octobre 2016 et de sa rencontre avec le Président du pays, Ilham Aliyev, le pape a félicité l'Azerbaïdjan pour sa tolérance religieuse. A la suite d'une rencontre privée avec le Cheik-ul-islam, qui est le Grand Mufti de la région, les deux hommes ont participé à une rencontre interreligieuse dans la plus grande mosquée du pays avec des dirigeants juifs, musulmans et chrétiens orthodoxes.

 

Quelle leçon le modèle azerbaïdjanais pourrait-il donc donner à l'Europe ? S’occuper des problématiques multiculturelles requiert une approche associant les politiques publiques aux ressources et à l'ingéniosité de la société civile et des corps intermédiaires. Une telle approche se veut respectueuse des minorités en évitant l'assimilation et cherche à créer un nouveau « foedus » (pacte, alliance) qui préserve les droits et la culture des minorités, tout en garantissant les valeurs de la majorité de la population.

 

Le véritable défi du modèle multiculturel azéri est de continuer à maintenir la coexistence pacifique entre les groupes ethniques, linguistiques et religieux. Ceci est d’autant plus important dans un monde caractérisé par la montée en puissance des identités particularistes et un contexte macrorégional où les affrontements sectaires et ethnolinguistiques risquent de polariser tous les acteurs de la région.

 

Alessio Stilo

chargé de recherches à l'Institut des Hautes Etudes en géopolitique et sciences auxiliaires (IsAG) de Rome et doctorant à l'Université de Padoue

 

Ce texte est une adaptation d'un article plus long, publié dans Modern Diplomacy le 5 novembre 2016 à l'adresse : http://moderndiplomacy.eu/index.php?option=com_k2&view=item&id=1866:multiculturalism-is-dead-not-quite-yet&Itemid=133

 

 

Version originale de l’article : anglais

 

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