Monday 6. April 2020
#187 - Novembre 2015

Le narratif révolutionnaire de Laudato si’

Une réflexion d'Andrea Tilche, chef de l'Unité "Action pour le climat et observation de la terre" de la Commission européenne, et de l'écrivain et philosophe Antonello Nociti.

L'encyclique du pape François Laudato si’, sur la sauvegarde de notre maison commune, aborde pour la première fois dans l'histoire de la chrétienté le thème de la protection de l'environnement face aux risques liés au changement climatique et à l'épuisement des ressources naturelles. Ce faisant, l'encyclique associe la dimension environnementale aux dimensions sociales, économiques et culturelles de cette crise, en s'attachant en particulier aux problèmes de la pauvreté et de l'injustice sociale et en y ajoutant également une dimension spirituelle, "une mystique qui nous anime" – dit le texte – et qui motive et donne sens à l'action personnelle et communautaire.

 

Cette encyclique est la plus innovante des nombreuses propositions soumises ces dernières années par les dirigeants de la planète à la recherche d'une décision contraignante sur le changement climatique lors de la COP 21 et d'une définition par les Nations Unies des Objectifs de développement durable post-2015.

 

Un message universel

Le pape François a élevé le niveau du débat, en forçant les responsables séculiers à faire de même. L'encyclique a touché la corde sensible dans toutes les confessions religieuses, tout en bénéficiant d'un accueil favorable de la part des décideurs et de la société civile.

 

Le message du pape, émanant de la plus haute autorité d'une religion qui compte plus d'un milliard de fidèles, a la capacité de susciter un impact considérable dans le monde entier. Son message s'adresse à tous les habitants de la terre, et grâce à l'autorité morale et aux dons de communication du pape François, il est entendu par un nombre encore plus grand de personnes, qu'il s'agisse de croyants de toutes les religions ou de non-croyants.

 

Le pape François a montré des qualités de leader et il a pu élaborer un nouveau narratif, particulièrement puissant. Il a affirmé la beauté du défi auquel nous sommes confrontés et qui donne à l'humanité l'occasion unique de montrer ce dont elle est capable - parce que l'humanité a développé d'impressionnantes compétences dans le domaine de la science et de la technologie ainsi que des cadres institutionnels et sociétaux et qu'elle peut également s'avérer capable d'utiliser ses immenses capacités pour faire du bien et guérir la planète, en agissant comme "collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création".

Enthousiasme et encouragements

Cette approche inverse les narratifs actuels, notamment l'approche catastrophiste de plusieurs mouvements de défense de l'environnement, qui pourrait conduire à baisser les bras. Elle représente assurément un énorme défi économique et écologique, explique le pape, mais il est bon que l'humanité puisse être mise au défi à un niveau si élevé qu'elle est obligée de donner le meilleur d'elle-même. Cette inversion du discours est capable de communiquer de l'enthousiasme et des encouragements à tout le monde.

 

Il ne s'agit plus désormais de savoir si le changement climatique ou l'épuisement des ressources naturelles est plus ou moins dû aux activités humaines. Ces éléments ont été minutieusement évalués par les scientifiques (et le fait que le pape reconnaisse le consensus scientifique est une autre innovation de cette encyclique). Nous devons "décarboniser" la planète, et le faire vite. Nous devons cesser de détruire le capital naturel de la planète. Faisons-le, dans la joie de savoir qu'il s'agit d'un bel effort collectif qui nous permettra de sauvegarder notre maison commune, mais surtout, qui fera de nous tous de meilleurs êtres humains.

 

En effet, la crise écologique est aussi une crise sociale et une crise des valeurs et la sortie de la crise nécessite une mobilisation des responsabilités qui conduira à un changement en profondeur, non seulement au niveau de nos relations avec le milieu naturel mais aussi au niveau de nos relations sociales, de notre solidarité envers les moins favorisés et, en fin de compte, de la prise de conscience du sens de notre vie.

 

Une impulsion morale donnée aux citoyens

Une critique formulée dans certains des commentaires sur l'encyclique qui ont été récemment publiés souligne qu'un simple changement culturel ne peut suffire à mettre en échec le puissant - et omniprésent - paradigme technocratique. Cet argument n'est valable que dans une certaine mesure. Premièrement, l'encyclique, qui a la capacité de toucher des milliards de personnes à tous les niveaux décisionnels, pourrait avoir une influence à la fois directe et indirecte sur l'élaboration des politiques. Deuxièmement, les changements survenus dans l'histoire ont toujours leur origine dans des idées et il est de fait qu'à l'ère du numérique, les idées circulent plus rapidement et constituent un moyen très puissant de transformer la société.

 

L'encyclique du pape François aide même à jeter des ponts entre la science et l'élaboration des politiques, en fournissant l'argumentation et l'impulsion morale susceptibles d'aider les citoyens à devenir des acteurs du changement.

 

Les communautés religieuses ont des possibilités d'action et des responsabilités au niveau de leur capacité d'influencer les convictions individuelles, et aussi parce que la religion demeure encore aujourd'hui un canal majeur d'éducation éthique, en vue de la transmission des valeurs. L'encyclique du pape représente un pas essentiel pour atteindre ce but et bien plus, car il s’agit d’un message universel.

 

Il existe un vide spirituel et éthique, une absence de perspectives dans la société technocratique d'aujourd'hui qui ont besoin d'être comblés et l'encyclique aide à combler ce vide.

Andrea Tilche - Antonello Nociti

Commission européenne - Ecrivain et philosophe

 

Mention légale : les opinions émises dans le présent article sont uniquement celles de ses auteurs, ne sont pas l'expression de la position des institutions ou organismes de l'Union européenne et n'engagent en aucune façon la responsabilité de ces organismes.

 

 Version originale de l’article : anglais

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/