Wednesday 27. January 2021
#214 - Avril 2018

Le nouveau départ difficile de l’Allemagne pour l’Europe

Durant des décennies, l’Europe s’était habituée à des gouvernements stables en Allemagne. Cela a changé avec les élections fédérales du 24 septembre 2017.

La formation d’un nouveau gouvernement à Berlin a pris plus de cinq mois. Lors d’une première tentative, Angela Merkel avait essayé de former une coalition « noirs-jaunes-verts » avec le parti libéral démocrate allemand (le FDP) et les Verts. Une coalition dite «  jamaïque » en référence aux couleurs de ces partis. Mais au bout de quatre semaines, le FDP avait brusquement quitté les négociations. Le seul choix restant était donc de reconduire la coalition de la CDU avec le parti social-démocrate allemand, le SPD. Bien que celui-ci avait affirmé de façon catégorique, le soir des élections, son intention de rejoindre les bancs de l’opposition, le SPD a finalement a accepté d’entamer de nouvelles négociations de coalition. Celles-ci se sont conclues en février par un contrat de coalition de 177 pages.

 

Le premier chapitre du contrat de coalition s’intitule « Un nouveau départ pour l’Europe ». Cela rappelle le soir de la victoire électorale d’Emmanuel Macron, lorsqu’il a fait retentir, dans la cour du Louvre, l’hymne européen avant la Marseillaise. Le texte contient le passage suivant : « L’Allemagne est infiniment redevable à l’Europe. C’est aussi pour cela que nous sommes obligés de faire tout notre possible pour garantir son succès. Pour l’Allemagne, une Europe forte et unie est la meilleure garantie d’un avenir de paix, de liberté et de prospérité ». Cette affirmation correspond à un récent sondage, selon lequel 56 pourcent des Allemands ont une image positive de l’UE.

 

Le nouveau gouvernement souhaite continuer à renforcer et renouveler la coopération franco-allemande. Une importance particulière est également accordée au partenariat Allemagne-Pologne. Le contrat de coalition rappelle explicitement « que la Pologne et la Hongrie ont posé les fondations de la réunification de l’Europe et de l’Allemagne dans la paix ».

 

Concrètement, le nouveau gouvernement projette d’étendre les programmes d’échange, tels qu’Erasmus+, et de consacrer davantage de moyens de l’UE à la lutte contre le chômage des jeunes. Il se déclare prêt à contribuer davantage au budget de l’UE. Mais contrairement à d’autres domaines de politique intérieure, aucun montant chiffré n’est ici mentionné.

 

Ce contrat n’évoque pas non plus les propositions du président français Emmanuel Macron dans son grand discours sur l’Europe à la Sorbonne en septembre 2017, où il ne demandait rien moins qu’une refondation de l’Europe. Dans ses propositions, le Président français réclamait notamment un budget et un ministre des finances propres à la zone Euro, une plus grande harmonisation des politiques fiscales dans l’UE et une autorité européenne pour l’asile Quant à savoir si les élections européennes de 2019 devraient voir les familles de partis désigner des candidats tête de liste ou si des listes transnationales devraient émerger, le contrat de coalition allemand n’en souffle mot.

 

Paris attend une réponse de Berlin avec une impatience grandissante. Dans un entretien avec Michaela Wiegel, une journaliste de la FAZ, le président Macron a franchement déclaré qu’une partie de son projet européen serait vouée à l’échec si l’Allemagne ne s’active pas. Mais une « feuille de route » franco-allemande consacrée aux réformes n’est pas attendue avant le sommet de juin de l’UE.

 

Pour son quatrième - et probablement dernier - mandat en tant que chancelière, Angela Merkel a la possibilité avec Emmanuel Macron de redessiner l’ Europe. La période qui précède les élections européennes de mai 2019 offre une occasion unique pour ce faire. Si elle n’est pas saisie, il sera alors fort à craindre que les populistes anti-européens en sortent renforcés. Un signe dans ce sens a déjà été donné par les élections en Italie le 4 mars denier, où la proportion des opposants à l’UE dépassait les 50 pourcent.

 

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article : allemand

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