Sonntag 19. August 2018
#216 - Juin 2018

Le pape François et la politique climatique internationale

Le retrait des Etats-Unis dans le cadre de l'accord mondial de Paris de décembre 2015 sur le climat a constitué un sérieux revers pour la politique climatique internationale. Les objectifs à long terme de l'encyclique du pape François, Laudato sí, sont donc d'autant plus importants.

Trois ans après sa publication, l'encyclique papale demeure une référence essentielle pour l'établissement d'un ordre mondial plus juste et plus durable. La preuve en a récemment été faite à Bruxelles lors du lancement du nouveau Rapport au Club de Rome, où Ernst-Ulrich von Weizsäcker, l'un des principaux auteurs du rapport, s'est référé à maintes reprises à l'encyclique. La seconde partie du rapport commence par une section intitulée "Le Pape se fait entendre", où se trouvent de nombreuses citations de l'Encyclique.

 

Laudato sí est un document à la fois dramatique et plein d'espérance. Il est dramatique car il ne laisse aucun doute au lecteur sur le fait que le système mondial dominant, avec son exploitation irresponsable des ressources naturelles et le dangereux changement climatique, court à la catastrophe. Mais il est plein d'espérance car le pape considère que cette dynamique n'a rien d'inévitable et indique des moyens de changer le cours des choses ainsi que des possibilités de transformation. Dans ce contexte, le pape parle d'une "révolution culturelle courageuse" (LS 114), une idée étroitement liée à son concept "d'écologie intégrale" et de "conversion écologique". Il lance un appel à adopter "un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique" (LS 111).

 

C'est par les idées que débutent les changements historiques. C'est ce que met également en évidence le nouveau rapport au Club de Rome, qui appelle à une "nouvelle philosophie" et à un "nouveau siècle des Lumières". La crise écologique est à la fois une crise sociale et une crise des valeurs. Quelle est la valeur de la vie? Qu'est-ce qui donne à la vie de la substance et du sens ? Ce dont il est question, en définitive, c'est de la vérité de l'un des versets-clé de l'Evangile : "Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il ruine sa propre vie ?" (Marc 8:36). La recherche illimitée du profit dans le cadre d'un capitalisme débridé détruit à la fois l'environnement et l'âme des hommes et des femmes. Il nous faut redécouvrir quelques vérités simples : le partage enrichit; être humain veut dire agir avec altruisme pour les autres; l'humanité d'une société se juge à son comportement envers ses membres les plus faibles.

 

Avec Laudato sí, le pape François a réussi à déclencher un vaste dialogue entre le monde politique et économique et la société civile. La si large résonance de l'Encyclique est également due au fait qu'elle ne se borne pas à décrire des scénarios catastrophe potentiels mais qu'elle montre des voies d'intervention spécifiques. La prochaine étape importante pour l'Eglise sera le Synode pan-amazonien à l'automne 2019, sur le thème : "Amazonie – de nouveaux chemins pour l'Eglise et pour une écologie intégrale". D'autre part, la prochaine grande Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 24) aura lieu en 2018 dans la ville polonaise de Katowice. Parmi les sujets à l'examen, il y aura la nécessité de veiller à ce que les réductions d'émissions de CO2 auxquelles s'est engagé chaque Etat membre soient comparables entre elles et puissent servir de base à l'obtention d'engagements plus importants en matière de protection du climat. Il faut aussi avancer dans le domaine des engagements financiers des nations industrialisées pour aider les pays plus pauvres à faire face aux conséquences du changement climatique.

 

La question du changement climatique est une question de justice : c'est l'un des messages essentiels de Laudato sí, une encyclique qui a attiré de nouveau l'attention sur la doctrine sociale de l'Eglise. Ce point a récemment été confirmé, de façon quelque peu surprenante, par le quotidien britannique The Guardian, qui n'est généralement pas connu pour son apologie du catholicisme : "La réponse proposée par la doctrine sociale catholique, et que présuppose une pensée très progressiste, est que nous devrions œuvrer pour le bien commun", écrit-il. "Le bien commun diffère de la satisfaction des désirs individuels et lui sera parfois opposée, mais c'est peut-être à long terme le seul moyen de satisfaire notre nature, en partie égoïste et en partie altruiste".

 

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article : allemand

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