Monday 20. May 2019
#213 - Mars 2018

Le pape François et la migration forcée

Le pontificat du pape François coïncide avec la hausse sans précédent du nombre de migrants forcés depuis l'après-guerre, que ce soit en Europe ou dans le monde entier.

Pope Francis blesses a baby during the foot-washing ritual at the Castelnuovo di Porto refugees center near Rome, Italy, March 24, 2016. Pope Francis on Thursday washed and kissed the feet of refugees, including three Muslim men, and condemned arms m

Cette situation donne au pape François une occasion tout à fait unique de présenter sa vision d'une Eglise renouvelée et repositionnée dans un monde globalisé. En dépit de l'importance d'autres questions éthiques, la complexité et la nature de la migration forcée ainsi que les débats éthiques qui s'y rapportent constituent un défi exceptionnel pour l'Eglise. Ce défi a été une source de discorde notoire, en contradiction apparente avec la cohérence de l'enseignement de l'Eglise à ce sujet, depuis le pape Pie XII (1939-1958). La difficulté se situe au niveau de l'application des principes, que ce soit par des hommes et des femmes ordinaires de tous les horizons spirituels ou par des institutions telles que les ONG, les gouvernements et les divers organismes multilatéraux des Nations Unies. Au sein même de l'Eglise, la question de la migration forcée paraît liée à des concepts appauvris du péché, de la miséricorde de Dieu et de sa justice.

 

Une approche pastorale active

 

A la base, l'approche adoptée par le pape François n'était pas théologique mais avant tout pastorale et active. Il a voulu aller sur place, au cœur de l'expérience vécue par les personnes, en suspendant tout jugement moral mais en les aidant à situer leur expérience – et leur souffrance – au sein d'un narratif plus large. Le pape a célébré une messe en juillet 2013 sur l'île de Lampedusa, au large des côtes italiennes, lieu de débarquement de nombreux bateaux de migrants s'efforçant de gagner l'Europe. Dans son homélie, il a exprimé sans équivoque sa solidarité et le défi que représentait pour le monde l’accueil des réfugiés.

 

Le pape François s'est exprimé avec force au sujet de cette situation, en disant qu’elle était la somme d'injustices multiples auxquelles nous contribuons tous à l'un ou l'autre niveau. Il a souligné qu'en conséquence, nous avons tous une certaine responsabilité dans la résolution de cette situation. Ce faisant, il a dénoncé la vacuité morale de l'isolationnisme et du réductionnisme simpliste. Il a également enrichi le concept de solidarité de Jean-Paul II pour en faire une obligation et le relier au concept de dignité humaine universelle.

 

La justice et la miséricorde de Dieu

 

Cette attitude s'appuie en même temps sur le concept de faute, dont les origines se situent dans les actions individuelles ainsi qu'au niveau social et systémique. Ne pas essayer de combattre les injustices qui en résultent peut conduire à des péchés d'omission, aussi graves que de commettre activement des fautes équivalentes.

 

Le "remède" à de telles injustices commence par une conversion personnelle véritable et durable. Sans cela, et sans l'humilité qui en découle, aucune avancée n'est possible. Et sans l'amour miséricordieux de Dieu, même cette étape restera théorique et lointaine.

 

Dans le monde anglophone, le terme de "miséricorde" ne permet pas de percevoir facilement toute la richesse de ce concept. Au début de l'Année de la Miséricorde, le pape François a fait référence au sens plus complet de la forme latine misericordia, c'est-à-dire, littéralement, "un cœur (cor) pour ou avec les pauvres (miseri)". L'amour de Dieu pour nous est de cette nature, comme devrait l’être le nôtre pour les autres.

 

Le pape François s'appuie ainsi en particulier sur le travail théologique de Benoît XVI afin d'apporter une réponse plus cohérente et qui semblait manquer jusqu’à présent, à la critique des théoriciens du 20ème siècle sur la "mort de Dieu. La justice de Dieu coexiste en effet avec sa miséricorde. Cette posture permet d'éviter les constructions sentimentales de Dieu qui risquent de perpétuer la violence déjà exercée à l'encontre des victimes de l'injustice. Elle permet aussi de corriger une vision déséquilibrée où Dieu est parfois vu comme un justicier trop lointain, inhumain et utopiste.

 

Une nouvelle structure pour les migrants et les réfugiés

 

La réponse pastorale du pape François est allée jusqu'à la création d'une structure officielle pour les réfugiés en vue d'éviter tout blocage. La Section "Migrants et Réfugiés" du nouveau Dicastère pour le service du Développement Humain Intégral a pour mandat de faire entrer l'ensemble de l'Eglise – à tous les niveaux – dans ce travail. C'est une vision communautaire, profondément active, qui replace fermement "l'Eglise" dans la sphère publique, par un travail qui est une expression valide et constitutive de la vie ecclésiale.

 

Ce catholicisme actif et public s'inscrit à l'encontre d'une conception privée et individualisée de la religion et de la souveraineté nationale. Il en résulte aussi la contribution sans précédent de l'Eglise au Pacte mondial multilatéral pour les réfugiés et les migrants qui est actuellement en cours de négociations par les Nations Unies.

 

L'apport majeur du pape François a été de se focaliser sur les situations humaines les plus vulnérables, les plus insolubles et les plus difficiles. Il a trouvé le moyen d'incarner une évolution théologique existante et de la concrétiser pour l'ensemble de l'Eglise et pour le monde entier. Mais la plus belle réussite du pape François est peut-être la démarche sous-jacente qui permet d'enclencher ce processus : il s'agit de prendre pour modèle et de prêcher un Dieu qui est à la fois justice et miséricorde. C'est ce qui pousse les gens – et les attire, si ce n'est pas un terme trop fort – à vouloir la conversion dont parle le pape avec tant de crédibilité.

 

David Holdcroft SJ

JRS  Rome

 

Version originale de l’article : anglais

 

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