Montag 20. November 2017
#208 - octobre 2017

Le sommet UE-Afrique de novembre vu de Zambie

Dans la perspective du sommet UE-Afrique de novembre prochain, un économiste jésuite zambien passe en revue les problèmes qui se posent au niveau des relations commerciales existantes entre l'Union européenne et l'Afrique.

Au cours de ces deux dernières décennies, les sommets entre les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne et de l'Afrique se sont déroulés tous les trois ans, tour à tour en Afrique et en Europe. Ces rencontres avaient pour but d'évaluer l'état d'avancement des engagements et de fournir une guidance politique sur la poursuite des travaux. Les 29-30 novembre, ce qui sera le 5ème sommet UE-Afrique aura lieu à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Le thème général choisi pour le sommet d'Abidjan s'intitule: Investir dans la jeunesse.

 

Comme il a été précédemment souligné dans un article publié dans le numéro de septembre d'EuropeInfos par Henry Longbottom, les Accords de partenariat économique (APE) tant controversés sont de nouveau à l'ordre du jour et vont certainement occuper une grande partie des discussions d'Abidjan. Vers la fin de l'année dernière, plusieurs pays «ACP» (Afrique-Caraïbes-Pacifique) se sont retrouvés confrontés au risque d’une perte d'accès aux marchés européens s'ils ne ratifiaient pas leurs APE avec l’UE avant le 1er octobre 2016. Pour compliquer la situation, le Brexit a suscité des incertitudes et poussé certains pays ACP à remettre en question leur décision de signer les accords de partenariat.

 

Une vision discordante

Pour arriver à négocier rapidement et utilement ces Accords, l'Union européenne et les pays ACP doivent commencer par élaborer une vision et une compréhension communes de leur contenu. Le Parlement européen a reconnu dès 2012 l'absence de cette vision commune. Elle est flagrante dans le cas de l'insistance de l'UE sur la mise en œuvre par les pays ACP de ce que l'on appelle les «Questions de Singapour» au sujet de l'investissement, des marchés publics, de la politique de la concurrence et autres mesures de libéralisation commerciale.

 

Les pays ACP rejettent l'idée que l'adoption des Questions de Singapour aiderait à faciliter les investissements étrangers directs, et donc la croissance économique. Ils mentionnent plutôt l'expérience selon laquelle une libéralisation économique et commerciale, en échange d'une augmentation du flux des investissements étrangers directs, ne produit pas les résultats escomptés. Au contraire, elle détruit les jeunes industries des pays en développement. De nombreux commentateurs font d'ailleurs observer que les Questions de Singapour cherchent à mettre en place des droits plus importants pour les entreprises européennes et empêchent encore davantage les gouvernements des pays ACP de pouvoir leur appliquer toute réglementation efficace.

 

En outre, les craintes des pays ACP de voir l'Union européenne introduire subrepticement les Questions de Singapour dans les accords de partenariat économique sont renforcées par les déclarations d'un certain nombre d'ONG. Celles-ci prétendent que l'Union cache une libéralisation extrêmement sensible et potentiellement dangereuse sous une argumentation en faveur du développement. De fait, les Accords de partenariat sont largement financés par le Fonds européen de développement, ce qui fait effectivement soupçonner que les partenaires de ces accords sont loin d'être sur un pied d'égalité. Compte tenu de cette situation, les pays en développement ont l'impression que les Accords de partenariat économique, tout en papier qu'ils soient, vont être une vraie bombe s'ils sont conclus.

 

Des divergences sur les priorités

Les divergences sur les priorités sont un autre axe de bloquage pour les négociations et la mise en œuvre des APE. La majorité des pays ACP, en particulier les pays d'Afrique orientale et australe, ont une économie largement basée sur l'agriculture, un secteur de plus en plus vulnérable aux effets du changement climatique. Les préoccupations en matière de sécurité alimentaire prennent donc le pas sur le désir de conclure des accords commerciaux.

 

De même, les problèmes de politique intérieure, notamment en ce qui concerne la gouvernance, les élections ou l'Etat de droit, sont des priorités bien plus immédiates pour de nombreux pays ACP. C'est ainsi que les préoccupations actuelles du Kenya sont de nature électorale alors que celles du Zimbabwe portent sur les problèmes politiques et économiques qui lui sont propres. En Zambie, le gouvernement est constamment occupé à lutter contre les dirigeants de l'opposition tandis que Madagascar concentre ses efforts sur la préservation de la stabilité politique.

 

Des préoccupations aussi urgentes affaiblissent l'attention des gouvernements des pays ACP et leur volonté politique de conclure des accords commerciaux, et elles ralentissent encore le rythme des négociations des Accords.

 

Libéralisation ou protection

Un défi crucial a émergé lors des négociations: il s’agit de la nécessité que les pays ACP équilibrent le besoin de développement et le besoin de protection de leurs industries nationales face à la libéralisation des marchés. Les pays d'Afrique orientale et australe, par exemple, craignent que l'ouverture des marchés locaux à la concurrence internationale des produits de l'Union n'aient un impact négatif sur la production nationale, au moment où les possibilités s'amenuisent du côté des marchés d'exportation internationaux.

 

En outre, la suppression des droits de douane pour les importations de l'Union européenne va encore exacerber les contraintes budgétaires des pays d'Afrique orientale et australe et, plus généralement, de nombreux pays en développement, en raison de la dépression des prix des matières premières au cours de ces cinq dernières années.

 

 

Par ailleurs, les marchés africains sont relativement petits et les APE les exposent à des risques plus importants que ceux auxquels ils sont confrontés d'habitude. Leur intégration dans le système financier mondial au moyen de la libéralisation commerciale augmente leur vulnérabilité vis-à-vis des chocs internationaux. La crainte que les Accords ne limitent indûment l'espace politique dont ont besoin les régions et pays ACP pour poursuivre leurs propres stratégies de développement est, semble-t-il, tout à fait réelle.

 

Le défi du sommet d'Abidjan

Pour de nombreux pays ACP, les Accords de partenariat économique recèlent potentiellement la menace d’une mainmise néocoloniale, et pourraient causer une désintégration régionale au sein de la zone des ACP. Si on ne donne pas à ces pays le temps et l'espace politique dont ils ont besoin pour résoudre les contentieux existants et relever leurs défis politiques intérieurs, l'objectif de mettre en place un développement économique durable et «d'investir dans la jeunesse» sera un rêve inatteignable.

 

Charles B. Chilufya SJ

Université de Copperbelt, Zambie

 

Version originale de l’article: anglais

 

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