Saturday 28. March 2020
#189 - Janvier 2016

Le Traité de Paris : un moment historique pour l'humanité

Pour les nombreuses personnes mobilisées par les négociations sur le climat, la Conférence de Paris aura été un moment historique.

Il y a tellement d'aspects différents et complexes dans le Traité de Paris, notamment les engagements à réduire ou à éliminer les émissions de gaz à effet de serre provenant de nos industries, de nos systèmes de transport et de nos foyers au 21ème siècle. Le Traité envisage aussi d'aider les pays pauvres à s'adapter à la réalité du changement climatique en établissant un Fonds général pour le climat, doté de 100 milliards de dollars par an. Enfin, les pays riches se sont engagés à mettre à la disposition des pays pauvres des technologies propres, non utilisatrices de combustibles fossiles.

 

Des compromis majeurs

Vers la fin de la deuxième semaine de négociations, il est clairement apparu qu'aucun pays n'obtiendrait tout ce qu'il voulait et qu'il était nécessaire de faire des compromis majeurs. Le mérite de l'établissement de cet accord revient en grande partie au ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, et aux diplomates français. Depuis la COP 20 qui s'était déroulée à Lima en décembre 2014, ils ont fait du lobbying auprès de chacun des pays concernés, à la recherche d'un accord. Ils ont pris le temps de s'assurer que les trois pollueurs les plus importants - les Etats-Unis, la Chine et l'Inde - signeraient l'accord. Au cours des négociations finales, les diplomates français ont travaillé sans relâche à la réalisation de compromis. La nourriture était bonne et chacun a reçu une bouteille d'eau réutilisable, qu'il pouvait remplir à partir de bonbonnes réfrigérées pour aider à réduire les déchets.

 

Beaucoup d'entre nous ont assisté aux COP précédentes, en particulier celle qui a été un échec à Copenhague en 2009, et se rappellent la frustration et la colère que nous avons éprouvées lorsque deux semaines de négociations n'ont pas réussi à produire de Traité viable.

 

A la plupart des COP auxquelles j'ai assisté au cours de ces dix dernières années, l'Eglise catholique n'avait quasiment aucune visibilité ; par contre, à la COP 21 de Paris, le retentissement de la puissante encyclique Laudato Si’ du pape François était perceptible. Le Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil Pontifical "Justice et Paix", a déclaré en s'adressant à la réunion au sommet de la COP 21 des Nations Unies sur le changement climatique à Paris que nous "ne pouvons pas rester aveugles devant les graves dégâts causés à la planète et nous ne pouvons pas non plus rester indifférents au sort des millions de personnes qui supportent principalement le fardeau d'une telle destruction".  

 

Afin de témoigner son soutien à la conclusion d'un accord à Paris, le pape François a envoyé deux chaussures noires à Paris qui ont été exposées aux côtés de milliers d'autres au début de la Conférence de Paris.

 

Des résultats significatifs

Des progrès notables pour faire face au changement climatique ont donc été réalisés à la COP 21 de Paris. Selon le professeur John Sweeney, climatologue et professeur émérite de géographie à Maynooth, Co. Kildare, "les 31 pages du Traité de Paris fournissent une feuille de route permettant de s'attaquer aux pires extrêmes du changement climatique mondial. La voie vers la durabilité à l'avenir a été définie pour 195 pays, soit quasiment la totalité de la communauté mondiale, afin d'offrir aux habitants présents et futurs de la Terre l'espoir que les changements climatiques induits par l'homme puissent être restreints".

 

D'après Lord Nicholas Stern, un économiste britannique qui a travaillé sans relâche sur l'économie du changement climatique, le Traité de Paris constitue "un tournant dans la lutte mondiale contre les changements climatiques non maîtrisés qui menacent la prospérité. Il crée d'énormes opportunités au moment où les pays commencent à accélérer leur trajectoire sur le chemin du développement et de la croissance économique à faible intensité de carbone".

 

Il reste encore beaucoup à faire

L'accord que chaque nation avait élaboré pour réduire les émissions de gaz à effet de serre avant d'arriver à Paris aurait donné lieu à une hausse de 3,7°C et non à une hausse de 2°C. Il reste donc énormément à faire dans ce domaine. L'accord encourage les pays à atteindre le pic mondial d'émissions de gaz à effet de serre le plus rapidement possible. Mais il continue d'y avoir un manque de clarté sur la signification précise de ce que cela pourrait vouloir dire.

 

Il est toutefois regrettable que le kérosène des avions et le combustible de soute des navires soient absents de cet accord. A l'heure actuelle, ces carburants représentent les équivalents en émissions de l'Allemagne associées à ceux de la Corée du sud. Ces deux sources de carburants représentent plus de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il faut les inclure dans le texte de la COP 22, qui aura lieu au Maroc du 7 au 18 novembre 2016.

 

Ce qui ressort aussi, c'est le manque de prise en compte appropriée des droits de l'homme, une omission ironique pour un projet d'accord publié lors de la Journée des Droits de l'homme organisée par les Nations Unies! D'autre part, il n'est réellement reconnu nulle part que le changement climatique rend la vie beaucoup plus difficile pour de nombreuses femmes dans le monde, en particulier celles qui vivent dans les pays pauvres.

 

Malgré des omissions majeures, l'accord de Paris démontre que la coopération mondiale a la capacité de conduire tout le monde vers un chemin plus sûr, pour la planète comme pour ceux qui l'habitent.

Fr Sean McDonagh, SSC

 

Version originale de l’article : anglais

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