Mittwoch 17. Oktober 2018
#205 - juin 2017

L’Egypte appelée à l’ouverture

Retour sur la visite pastorale et politique du Pape François en Egypte du 28 au 29 avril 2017.

La visite du Pape François s’inscrit dans une quintuple logique Il s’agit, tout d’abord d’une visite pastorale auprès des catholiques, extrêmement minoritaires au sein de la communauté chrétienne d’Egypte. Rappelons qu’en plus des coptes-catholiques, l’Egypte compte des communautés d’origine plus orientales à savoir les Arméniens catholiques, les maronites, les grecs-catholiques, les syriens-catholiques, les chaldéens ainsi que les latins. Ce voyage hors-norme s’inscrit dans une volonté, à maintes reprises répétée, de très fort soutien aux communautés chrétiennes de la région.

 

Il exprime ensuite, une volonté de rapprochement avec l’église copte couronnée par la signature d’une déclaration d’intention reconnaissant le baptême et engageant les deux parties en toute sincérité à ne pas répéter le Baptême. Notons que cette déclaration concerne surtout l’Eglise «copte-orthodoxe»; les catholiques reconnaissant déjà le baptême orthodoxe.

 

Sur un plan politique, cette visite a aussi permis une rencontre avec le Président El-Sissi pour consolider des liens déjà établis.

 

Il s’agit enfin d’un rapprochement avec le Cheikh Ahmed El-Tayyeb, Grand Imam d’Al-Azhar.

 

Message vis-à-vis des Coptes et des Chrétiens de la région

Les Coptes sont une cible de substitution de groupes islamistes depuis l’époque de Sadate. Ils ont récemment vu leur situation se détériorer (attaques des églises coptes en août 2013 par des sympathisants du président déchu Mohamed Morsi, assassinat par l’Etat islamique (EI) de 20 Coptes en février 2015 en Libye, déclarations récentes de la branche égyptienne de l’EI désignant les Coptes comme cibles privilégiées, plusieurs attentats contre des églises au Caire, à Alexandrie et dans le Delta du Nil, assassinats de Coptes dans la ville côtière du Nord Sinaï El-‘Arish poussant les familles chrétiennes à fuir, etc.).

 

Le Maréchal El Sissi

La destitution du Président Morsi, soutenue par la hiérarchie copte, est révélatrice d’une question qui se pose pour toute la région : les Chrétiens du monde arabe se retrouvent entre le marteau du pouvoir en place, et l’enclume des opposants à ce pouvoir (dans la majorité des cas, des djihadistes). Ceux-ci à leur tour, n’hésitent pas à jouer sur la question des minorités religieuses afin de délégitimer le pouvoir, le poussant à se poser en tant que leur protecteur.

 

Discriminations

Ces tensions politiques, voire sécuritaires, s’ajoutent aux discriminations institutionnalisées (construction de lieux de culte chrétiens, accès à certaines fonctions publiques, etc.) ou pas (discours et contenus éducatifs dénigrants, violents et insultants à l’encontre des non-musulmans, fréquentes agressions sur base confessionnelle, accès à l’emploi, etc.).

 

Citoyenneté

La question qui se pose aujourd’hui dans le monde arabe en général, est celle de la citoyenneté. Alors que leurs concitoyens musulmans ne jouissent pas d’un statut idéal, celui des Chrétiens du monde arabe est pire.

Le risque est que les Chrétiens, plus que les autres, fuient la région. Or une hémorragie des communautés chrétiennes, comme ça a été le cas en Syrie et en Iraq serait dramatique. La région court au risque de se transformer en monolithe confessionnel totalitaire.

 

Quelles solutions ?

Face à ces défis majeurs, quelles sont les solutions qui s’offrent à l’Egypte, principale réserve de chrétiens dans la région?

Le Pape a insisté lors de son discours prononcé à Al-Azhar: «Il n’y aura pas de paix sans une éducation adéquate des jeunes générations. Et il n’y aura pas une éducation adéquate pour les jeunes d’aujourd’hui si la formation offerte ne correspond pas à la nature de l’homme, en tant qu’être ouvert et relationnel. [...] Eduquer à l’ouverture respectueuse et au dialogue sincère avec l’autre, en reconnaissant ses droits et ses libertés fondamentales, spécialement la liberté religieuse. […]»

 

Al-Azhar est critiqué, notamment depuis certaines prises de position tièdes vis-à-vis de l’EI, et depuis les appels réitérés et restés sans échos de la part du Président El-Sissi pour un renouveau du discours religieux. Les critiques émises envers cette institution millénaire, tant par le pouvoir que par de nombreux médias égyptiens, alors qu’elle se voit accusée d’être devenue une «couveuse de terroristes», se sont encore accrues suite aux deux attentats du dimanche des Rameaux.

 

Le Pape rappelle donc, l’importance de l’éducation, d’une éducation adéquate, pour que des relations de fraternité et de paix puissent s’établir. Les questions de respect de l’autre, d’égalité ou de citoyenneté, et bien entendu de renouveau du discours religieux, passent forcément par une révision des manuels scolaires et des enseignements dispensés. Il est important de défaire le travail patiemment entrepris par l’idéologie promue par les Frères musulmans depuis près d’un siècle: radicaliser la société à travers l’enseignement.

 

Eva Saenz-Diez 

Membre du Conseil académique du European Neighbourhood Council

et chercheuse au GERMAC (Université de Louvain-La-Neuve)

 

Les opinions exprimées dans Europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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