Sonntag 19. August 2018
#216 - Juin 2018

Les chrétiens dans le débat européen

Les associations chrétiennes européennes, réunies dans IXE (Initiative des Chrétiens pour l’Europe) veulent nourrir la reformulation d’une vision pour l’Europe. Philippe Segretain, pilote de la Session 2017 des Semaines Sociales de France, témoigne.

Au début de son intervention lors de la Session 2017 des Semaines Sociales de France le philosophe Jean Marc Ferry a caractérisé les trois crises qui minent l’Europe et questionnent son existence même : « Une crise technique de régulation économique, qui se relie à une crise éthique de solidarité et de coresponsabilité politiques, auxquelles s’ajoute une crise historique de légitimation du projet européen lui-même. » Le débat public se polarise sur la régulation et privilégie les lieux et les acteurs de celle-ci, méthode nécessaire pour gérer la communauté économique, mais inadaptée pour analyser la crise éthique et proposer une vision susceptible de légitimer un projet politique.

 

Or les admonestations solennelles du Pape François sur la responsabilité de l’Europe ne s’adressent pas aux seuls décideurs politiques : la variété des publics qu’il interroge et mobilise traduit un élément majeur de la pensée de l’Eglise sur l’Europe : les chrétiens doivent travailler à nouveau l’éthique fondatrice du projet.

 

Les Semaines Sociales de France fortes de plus de cent ans de dialogue en Eglise sur sa doctrine sociale, sont un outil de diffusion et une force de proposition. Elles se sont à nouveau emparées en 2017 du projet européen. Plus d’une année de débats régionaux, conclue par une session ouverte sur notre patrimoine culturel commun, sur le quotidien de la jeunesse, sur le défi écologique, afin d’analyser les tensions politiques actuelles. Des Actes, un Manifeste partagé, témoignent de l’appétence de notre public pour en débattre, bien au-delà de tous scepticismes et rejets. Ce manifeste rappelle la nécessité pour le monde associatif de favoriser les partenariats entre associations européennes proches afin d’enrichir la dimension horizontale du projet politique. D’Enrico Letta à Nathalie Loiseau, Ministre française des Affaires Européennes, et à Michel Barnier , les personnalités politiques invitées ont salué cette réappropriation de l’enjeu européen par une association chrétienne.

 

Investissement nécessaire mais insuffisant, car malgré la présence d’intervenants de plusieurs pays, la problématique de la Session restait marquée par une analyse nationale. Tout autres sont les objectifs et les enjeux des réunions d’IXE, Initiative des Chrétiens pour l’Europe, où une quinzaine d’associations de laïcs, de taille, de statuts, d’objectifs variés, représentent autant de pays européens. Déplacement géographique d’abord : débattre des sujets européens à Riga, à Cracovie, au cours de journées qui permettent de comprendre l’environnement de nos hôtes, est une expérience fondatrice. Les six pays fondateurs ont forgé une histoire commune qui intègre leurs conflits passés ; il faut, aujourd’hui, connaître et partager des histoires nationales non réductibles aux événements récents qui ont permis de nous unir à 28. L’intuition fondatrice d’IXE est justifiée : malgré l’hétérogénéité des situations et des enjeux portés par chacun, l’engagement chrétien partagé permet un dialogue qui commence par des étonnements réciproques, et évite les jugements lapidaires sur ce que devrait faire ou éviter tel pays partenaire.

 

Une fois ce préalable respecté, vient la question de l’efficacité de ce dialogue. Il est d’abord l’outil qui permet à chacun de rendre compte, dans son pays, de découvertes et d’analyses souvent différentes de celles qui sont relayées par les pouvoirs politiques ou médiatiques dominants. Faut-il aller plus loin et viser une position politique commune ? IXE mobilisé depuis sa création sur le sens à retrouver de la construction européenne devra-t-il promouvoir, et comment, une position commune des associations chrétiennes partenaires avant les élections européennes de 2019 ? La question est posée, elle porte déjà une dynamique qui nous amène à prioriser ensemble les thèmes que, dans chaque pays, nous défendrons lors de ces élections.

 

Il est apparu à la fin de la Session des Semaines Sociales que le terme de co-souveraineté pouvait faire consensus pour décrire des relations à bâtir entre les nations, permettant au politique de retrouver son pouvoir sur l’économique, tout en respectant la légitimité de l’Etat Nation qui structure nos démocraties. Il paraît pourtant nécessaire que cette dynamique institutionnelle soit complétée par l’engagement militant sur des valeurs partagées. Les associations européennes chrétiennes ont là à nouveau un rôle à joue.

 

Philippe Segretain

Membre du conseil des Semaines Sociales de France

 

 

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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