Samstag 21. Oktober 2017
#199 - Décembre 2016

Les élections américaines – réveil douloureux en Europe

L’élection de Donald Trump au poste de 45ᵉ président des États-Unis, le 9 novembre, est tombée exactement le jour du 27ᵉ anniversaire de la chute du mur de Berlin. En résultera-t-il une rupture comparable sur le plan de la politique internationale?

À l’instar de l’après-référendum britannique de juin, beaucoup en Europe ont eu, à l’issue de l’élection américaine, un réveil difficile. À Bruxelles, l’expression d’«Annus horribilis», pour qualifier l’année 2016, était dans toutes les bouches. Comme pour le Brexit, l’élection américaine a été l’expression d’un rejet de la politique établie et des élites dirigeantes. Elle a été le résultat d’un clivage social et d’une polarisation politique: républicains contre démocrates, blancs contre noirs, Hispaniques contre Anglo-Saxons, villes contre campagnes, jeunes contre vieux, Américains diplômés du supérieur contre Américains sans diplôme et même hommes contre femmes. Les polarisations se sont cristallisées autour des questions liées à l’immigration, aux impôts, au salaire minimum, aux accords de libre-échange, au changement climatique et à l‘avortement.

 

Dans sa rhétorique électorale, Trump s’est fait le porte-voix du climat «anti-establishment» lié à ces facteurs. La marginalisation politique, sociale et économique de beaucoup d’électeurs a été l’un des thèmes récurrents de sa campagne. La puissance économique de l’Amérique et le nombre d’emplois ont certes enregistré une hausse pendant les années Obama, mais la répartition des revenus est inégale. Le nombre des travailleurs pauvres («working poor») a augmenté. Trump a promis une politique commerciale protectionniste, une politique migratoire xénophobe allant jusqu’à une politique d’expulsion active, une politique climatique autonome allant jusqu’à la résiliation de traités déjà conclus. Reste à voir dans quelle mesure, une fois président, il les mettra également en œuvre.

 

Les populistes de droite européens ont fêté l‘événement. Marine Le Pen a félicité Trump avec enthousiasme et a voulu voir dans la victoire de ce dernier le signal d’un vent favorable pour ses propres ambitions présidentielles en France. Nigel Farage a désigné l’année 2016 comme l’année de «deux grandes révolutions politiques». Geert Wilders a tweeté: «Les Américains reprennent possession de leur pays.» Reste à savoir à qui ils le reprennent.

 

Les musulmans, les Latinos et les migrants sans papiers prennent peur. Si Trump met à exécution les promesses de sa campagne, ils devront s’attendre à des expulsions. Malgré toutes les craintes associées à l’élection de Trump: l’Amérique d’aujourd’hui ne peut être comparée à la République de Weimar des années 30. Toutefois, il reste à voir dans quelle mesure le système d’équilibre des pouvoirs (Checks and Balances) est capable de fixer des limites également à un président tel que Trump.

 

Le comportement électoral des catholiques a grandement contribué à la victoire de Trump: 52 % ont voté en sa faveur, contre seulement 45 % pour Hillary Clinton. Il semble sur ce point que la question de l’avortement ait été un facteur déterminant. Parmi les chrétiens évangéliques blancs, qui représentent 26 % de l’électorat, 81 % ont choisi Trump.

 

En ce qui concerne l’Église catholique, on peut se demander si elle s’est suffisamment opposée à la rhétorique du bouc émissaire défendue par Trump et si elle n’aurait pas pu davantage plaider pour ceux qui ont été lâchés par la mondialisation. Ainsi, lors de l’assemblée plénière d’automne de la conférence épiscopale américaine, le nonce apostolique Mgr Christophe Pierre a fait cette remarque, le 12 novembre, peu après les élections: «Le pape est plus prophétique que les évêques d’ici aujourd’hui.»

 

Après les élections, l’Église catholique pourrait au moins jouer un rôle important dans le processus d’une réconciliation devenue à présent nécessaire. Environ un quart de la population des États-Unis en fait partie et elle constitue la communauté de foi la plus importante. Elle rassemble en quantités presque égales des républicains, des démocrates, des Hispaniques, des noirs, des blancs, ainsi que des hommes et des femmes de tous les niveaux d’éducation et milieux sociaux. Filant la métaphore du Pape François, qui voit l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille, celle-là pourrait contribuer à refermer les blessures profondes.

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article: allemand

 

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