Wednesday 3. June 2020
#199 - Décembre 2016

Les fêtes d'Hanoukka et de l'Aïd à l'école?

Comment pouvons-nous faire évoluer la célébration des fêtes pour qu'elles soient plus accueillantes à ceux qui n'en font pas partie? Une chrétienne orthodoxe nous parle de l’initiative quelle a lancée en Finlande.

La petite fille est debout devant le miroir de l'entrée. Elle met un bonnet de Père Noël. En se regardant dans la glace, elle voit que son père l'observe mais il ne dit rien. Il se borne à regarder. La petite fille part, elle va à pied à l'école, avec le bonnet de Père Noël dans sa sacoche. En chemin, elle parle à Dieu. Lorsqu'elle arrive à l'école, elle a pris une décision. Elle va directement voir le professeur et elle lui dit qu'elle ne sera pas un petit Père Noël comme les autres. Le professeur est fâché. "Pourquoi donc?", demande-t-il.

 

La petite fille n'en dit pas plus et va simplement s'asseoir avec les autres dans le hall décoré pour les fêtes. Tous les enfants portent des bonnets rouges de Père Noël. Ils commencent à chanter et la petite fille décide qu'elle va chanter comme les autres. Mais lorsqu'il faut prononcer le nom de Jésus, elle reste muette, les lèvres pincées. Elle veut bien prononcer le mot "Dieu", mais pas "Jésus". C'est parce qu'elle est juive. Trois autres enfants de sa classe ne participent pas à cette fête de Noël. Ce sont trois garçons musulmans dont les parents sont stricts.

 

 

Il y a dans nos écoles des enfants qui appartiennent à bien des confessions et des traditions différentes et le fait de ne célébrer que les fêtes chrétiennes peut devenir problématique. Que faire ? Il existe une solution simple : intégrer dans les traditions de l'école la fête qui est importante pour chaque enfant. Etre à l'écoute de chaque enfant.

 

 

A Helsinki, plus de 19 écoles célèbrent une Année multiculturelle, où l'ensemble de l'école se rassemble pour préparer et célébrer toutes les fêtes, de l'Aïd musulman à la fête hindoue de Diwali, de la fête juive de Pourim au Noël des chrétiens d'occident en passant par la fête de Pâques célébrée selon la tradition des chrétiens orthodoxes.

 

Il y a déjà longtemps que j'aide à l'école lors de la célébration des fêtes, mais c'est chaque fois un moment privilégié. Lorsqu'un petit garçon musulman de huit ans s'est rendu compte que sa propre fête, qui avait tellement d'importance à la maison, faisait maintenant partie de la vie de l'école, il est venu me trouver pour me demander : "Puis-je mettre mes habits de l'Aïd, ma belle tenue longue, lors de la fête ?" "Bien sûr que tu peux", lui ai-je répondu.

 

Et une petite fille finlandaise chrétienne est elle aussi venue me trouver pour me demander : "Puis-je mettre ma robe colombienne? J'ai pensé que ce serait bien parce qu'elle vient de l'étranger". Et je lui ai répondu : "Bien sûr que tu peux".

 

Les fêtes que nous célébrons sont toujours empreintes d'une joie particulière. Les enfants et les professeurs, les parents et les grands-parents, les frères et les soeurs se réunissent pour faire la fête. L'ambiance est chaleureuse et pleine de rires.

 

Notre organisation, Ad Astra, aide les écoles depuis neuf ans à célébrer différentes fêtes multiculturelles. Nous apportons aux enfants des connaissances sur les fêtes et les familiarisons avec les différentes religions et cultures par la danse, le théâtre, le chant, la musique et la poésie, en mettant en évidence la diversité au sein de chaque religion. Nous nous sommes rendus compte qu'il était important d'apporter aussi des connaissances sur les fêtes aux enfants dont la religion est majoritaire car il ne va pas toujours de soi que les enfants chrétiens connaissent la signification de Noël. Le sens du multiculturalisme est la rencontre de nombreuses cultures différentes et nous devons tous faire de notre mieux pour en apprendre davantage sur chaque culture. L'intégration est un processus qui marche dans les deux sens et où chacun participe.

 

Le rôle du professeur est d'aider les enfants à parler et à devenir visibles. Il est tout à fait naturel que de nombreux professeurs manquent de connaissances au sujet de certaines traditions et que la religion devienne donc souvent un sujet tabou. Mais si l'on prive les élèves des groupes minoritaires de la possibilité de manifester leurs propres traditions religieuses et culturelles, ces élèves risquent de devenir invisibles et sans voix. Ils grandissent alors sans guides ni feuilles de route.

 

Dans de nombreux pays d'Europe, la célébration de Noël est un moment important et les fêtes durent plusieurs semaines. Il devient difficile pour les familles musulmanes ou juives et les autres familles non-chrétiennes d'élever leurs enfants selon leurs propres traditions. Il est donc crucial que les écoles apportent une aide, d'une manière ou d'une autre.

 

Une journée de fête de l'Aïd ou de Diwali à l'école n'est vraiment pas grand-chose par rapport au mois entier où se déroulent les célébrations de Noël dans notre société, mais c'est un geste significatif et important. Depuis que nous avons commencé notre travail, il y a neuf ans, tout se passe très bien. L'année dernière, nous avons aussi commencé à établir des partenariats avec des jeunes venant de différents horizons religieux, en les éduquant dans le domaine du dialogue interreligieux et des méthodes de narration dans le cadre de notre projet TFF ("Together For Finland" - ensemble pour la Finlande).

 

Les jeunes sont formés à l'analyse des normes, à la mise en place d'espaces sûrs, au respect des droits de l'homme ainsi qu'à d'autres méthodes conceptuelles dérivées des travaux contre le racisme. Cette formation fonctionne également très bien pour le dialogue interreligieux. En outre, nos jeunes stagiaires apprennent les techniques de conte sur le plan artistique.

 

Cette expérience m'a donné la possibilité d'écouter toutes sortes de récits, qui racontent ce que c'est que de grandir en Finlande quand on est catholique, musulman, juif ou bahaï. Je me rends compte aujourd'hui que notre travail de visibilité des traditions religieuses et culturelles des enfants à l'école est encore plus important que je ne l'avais pensé au départ. J'ai découvert que les enfants sont aisément blessés si l'on néglige le patrimoine qui vient de leur famille et que ceci peut causer beaucoup de tort à un enfant. Je me rends compte aussi que les enfants observent et perçoivent le manque d'intérêt du professeur et qu'ils en tirent des conclusions cruelles. Mais j'ai aussi appris qu'il est possible et facile d'apporter du soutien à un enfant - par le geste ou par la parole - et que de témoigner de l'intérêt pour la foi d'un enfant est un cadeau inestimable, plus précieux que l'or. Les traditions et les fêtes ont de l'importance. Célébrons-les toujours et encore!

 

 Milena Parland

Ad Astra, Finlande

 

Version originale de l’article : anglais

 

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