Friday 10. July 2020
#187 - Novembre 2015

Les plus pauvres paient la dette environnementale

Interview avec Sylvie Goulard, députée européenne (ADLE, France), Présidente de l´Intergroupe de lutte contre la pauvreté en défense des droits de l'Homme au Parlement Européen

Madame Goulard, quel est selon vous le message principal de l’Encyclique du Pape François ‘Laudato Si’ ?

 

Le Pape François invite les hommes à pratiquer une « écologie intégrale » afin de sauvegarder leur « maison commune », la planète. La défense de la création est au cœur de son message. C’est important car l’ancien testament fourmille de références à la splendeur de la création, notamment le Cantique des cantiques.

Ce n’est pas seulement une démarche écologique stricto sensu mais une approche qui englobe des aspects économiques et sociaux. Ainsi, il aborde aussi bien le changement climatique ou les atteintes à la biodiversité que la qualité de la vie humaine ou les inégalités. Pour le pape, « l’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble. Ce sont les plus pauvres qui paient au prix fort la « dette environnementale de l’humanité ». Voilà ses messages les plus forts.

 

Sur quels aspects de votre travail de député pensez vous que cette Encyclique puisse avoir un impact ?

 

L’appel du pape touche tous les hommes responsables, qu’ils soient croyants ou pas. Le pape, fidèle à l’esprit de l’Evangile, s’adresse à tous les hommes de bonne volonté.

 

En appelant à une démarche universelle, qui transcende les frontières et place au premier plan la préservation de « la maison commune », le Pape François dépasse l’horizon national. En cela, il rejoint les préoccupations de tous les pro-Européens, et notamment des parlementaires européens soucieux de faire comprendre que l’échelon national n’est plus toujours pertinent. La disparition rapide de nombreuses espèces animales ou végétales, comme le réchauffement climatique, la persistance de la pauvreté appellent des engagements ambitieux, suivis d’action, à l’échelle des grands ensembles continentaux, au-delà des appartenances nationales ou politiques.

 

Voyez-vous certains éléments manquants dans l’Encyclique ?

 

Le Pape ne formule pas des propositions précises mais sa fonction n’est pas de déterminer les mesures concrètes destinées à remédier aux dysfonctionnements qu’il dénonce. Il s’exprime en tant que pape, chef spirituel, autorité morale, non pas en tant qu’expert ou chef temporel. Mais aider les citoyens à prendre conscience des enjeux, leur donner envie d’agir à leur niveau, et de prendre leurs responsabilités, dans la vie de tous les jours (maison, transports, consommation d’énergie etc.) sont autant de démarches essentielles.

 

Le Pape François a souligné que son Encyclique pourrait être reçue comme une contribution au dialogue entre Science et Politique. Quels sont selon vous les thèmes les plus urgents à aborder dans ce dialogue ?

 

Le dialogue entre science et politique ne saurait se dérouler en dehors de toute réflexion éthique. L’apport du Pape François, parmi d’autres, donne du sens à des travaux scientifiques et à des choix politiques. L’Église n’a pas vocation à proposer une parole définitive mais elle peut contribuer à promouvoir un débat honnête entre scientifiques d’une part, entre experts et citoyens d’autres part.

 

Science et religion ne relèvent pas du même plan mais l’éthique, la réflexion morale sur l’action de l’homme sur la nature et dans la société peuvent aider à un discernement scientifique plus authentique ou du moins à un meilleur dialogue entre scientifiques et citoyens.

 

Quelle contribution attendez-vous de la part des Eglises et des Communautés religieuses dans l’élaboration d’un nouvel ordre mondial (Weltordnung)?

 

Les Églises, comme communautés solidaires et lieux d’engagement, peuvent promouvoir un mode de vie plus durable ; ou du moins des comportements différents, au service de l’humanité et de son environnement. Les Églises sont à même de mobiliser les croyants, qui sont des personnes de foi et de bonne volonté, afin de la personne humaine au cœur des préoccupations de la cité.

 

Cette éthique, recentrée sur le message de bonté et de miséricorde des Évangiles, devrait être portée par les Églises et relayées par les opinions, à la fois dans les comportements sociaux comme dans les relations entre chefs d’États. Il s’agirait d’une contribution non négligeable à l’émergence d’un nouvel ordre mondial.

Sylvie Goulard

Membre du Parlement européen

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