Donnerstag 15. November 2018
#202 - mars 2017

Les Traités de Rome, une histoire d'amitié et de persévérance couronnée de succès

En 1957, quelle était la forme qu'allait prendre l'Europe unie? Quel était l'état d'esprit des dirigeants européens à cette époque ?

Nous allons commémorer d'ici peu le 60ème anniversaire des Traités de Rome et les dirigeants actuels de l'Union européenne vont faire l'éloge des hommes qui ont rendu possible l'établissement de ces traités. Sous la pression d'un euro-scepticisme grandissant, ils pourraient être tentés d'idéaliser la vision politique claire et précise qui a apporté à l'Europe une paix durable grâce à la Communauté économique et à Euratom. Mais la réalité, c'est que ces traités n'étaient pas le plan d'origine mais seulement une tentative d'apporter un peu d'oxygène à une communauté qui périclitait. En fait, les Traités de Rome sont le fruit de la flexibilité, de la persévérance et d'une amitié qui s'est épanouie dans la recherche du bien commun.

 

Une révolution pacifique

Tout avait commencé sept ans plus tôt, lorsque le ministre français des affaires étrangères, Robert Schuman, a proposé un tout nouveau départ au dirigeant de l'Allemagne de l'ouest Konrad Adenauer. Après la seconde guerre mondiale et les nombreuses guerres franco-allemandes qui l'avaient précédée, Schuman a imaginé une nouvelle relation fondée sur le pardon, le respect et la fraternité plutôt que sur les représailles et la puissance. Dès qu'ils se sont rencontrés, ces deux chrétiens ont su qu'ils pouvaient se faire confiance et ont senti que la Providence leur avait confié la mission de faire advenir cette révolution pacifique.

 

Concrètement, le plan est venu de Jean Monnet, qui a pensé que la gestion commune du charbon et de l'acier (deux ressources qui alimentaient l'industrie de la guerre) rendrait la guerre impossible entre les partenaires. L'idée était de faire de cette communauté charbon-acier la première d'une série de communautés qui lieraient à jamais les peuples d'Europe.

 

Le bien commun : un objectif rassembleur

Mais quelle forme fallait-il que prenne l'Europe unie ? Ils n'en savaient rien. Et ce n'était guère important à leurs yeux. Ce qui leur importait, c'était de cheminer ensemble. Ce qui leur importait, c'était de changer le cœur des Européens afin qu'ils puissent construire une véritable communauté. Comme le disait Robert Schuman, "la communauté propose à chaque partenaire un même objectif, appelé « le bien commun » dans la philosophie de saint Thomas. Il se situe en dehors de toute finalité égoïste. Le bien de chacun est le bien de tous, et réciproquement" *.

 

Lorsqu'Alcide De Gasperi (Italie) et Paul-Henri Spaak (Belgique) ont entendu parler de ce plan, ils n'ont pas voulu être laissés pour compte dans cette aventure. Même s'ils appartenaient à des familles politiques différentes (Spaak était socialiste tandis qu'Adenauer, Schuman et De Gasperi étaient démocrates-chrétiens), tous étaient convaincus qu'ils avaient le devoir moral de changer le cours de l'histoire. Ils ont mis l'Europe au-dessus de tous les intérêts nationaux ou partisans.

 

L’humain au cœur des préoccupations

Ils avaient tous vécu deux guerres mondiales et avaient plus de 60 ans. Ils étaient prêts à sacrifier leur réputation personnelle et leur propre carrière politique pour laisser un héritage aux générations à venir. Inspirés par des philosophes personnalistes tels que Jacques Maritain ou Emmanuel Mounier, ils voulaient construire une société nouvelle reposant sur la dignité humaine, le respect de la liberté et la démocratie ainsi que sur un système économique humaniste, centré sur la personne.

 

La Shoah les avait rendus d'un grand réalisme à l'égard de la fragilité des bonnes intentions. Les sociétés glissent trop aisément vers la haine et l'égoïsme. C'est pourquoi ils considéraient qu'il fallait institutionnaliser un système de négociations qui rendrait les pays et les personnes tellement dépendants les uns des autres que la guerre deviendrait tout simplement impossible.

 

Mais ces hommes ont essayé d'aller trop loin trop vite, et deux ans seulement après la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), ils se sont mis d'accord sur l'établissement d'une Communauté européenne de défense (CED). Ils ont imaginé une armée commune, placée sous un commandement unique. Afin de nommer le commandant en chef, ils ont voulu établir une Communauté politique européenne (CPE). Ils ont élaboré les Traités et signé le premier. L'histoire de l'Europe aurait été fort différente si l'Assemblée nationale française n'avait pas voté contre la ratification de la CED. Mais la proposition a été rejetée et il n'y avait pas de plan B, ce qui a porté un coup terrible aux pères fondateurs de l'Europe. Ils avaient peur que la CECA ne stagne et que l'Europe n'en revienne en fin de compte à ses vieux démons nationalistes. De Gasperi est décédé peu de temps après le fiasco de l'armée européenne, Schuman a été remplacé au ministère français des affaires étrangères et Adenauer a pensé que le rêve européen était fini et qu'il devait se tourner vers les Etats-Unis.

 

L’idée d’un marché commun

C'est alors que le libéral hollandais Johan Willem Beyen a eu l'idée d'un marché commun, inspiré par l'étroite coopération entre les pays du Benelux. Dans l'intervalle, Jean Monnet travaillait à l'élaboration d'un autre plan pour raviver "l'esprit communautaire", à savoir une institution qui gérerait en commun l'usage pacifique de l'énergie atomique. Les six partenaires ont discuté des deux projets. La France n'aimait pas l'idée d'un marché commun et Monnet était persuadé c’était prématuré. L'Allemagne, en revanche, ne voulait pas entendre parler de l'énergie atomique et a rejeté initialement le plan de Monnet.

 

Finalement, les six ont trouvé un compromis et approuvé les deux projets en deux traités différents. Le 25 mars 1957, les signataires étaient conscients d'écrire une page d'histoire. Les rues de Rome étaient pleines de joie et d'espoir et des affiches dans toute la ville en rappelaient la raison : "Six peuples, une seule famille, pour le bien de tous". Il ne devait y avoir ni gagnant ni perdant, ni division entre riches et pauvres ou entre nord et sud, seulement le rêve d'un agrandissement de la famille en renouvelant toujours "l'esprit communautaire". Il appartient désormais aux futurs Européens de décider de quelle manière ils veulent continuer la quête d'une union toujours plus étroite.

 

Victoria Martín de la Torre

 

Auteur de l'ouvrage Europe, a Leap into the Unknown- A Journey Back in Time to Meet the Founders of the European Union, Peter Lang (2016)

 

Version originale de l’article : anglais

 

* François Roth:  Robert Schuman. Du Lorrain des frontières au père de l'Europe, Paris 2008 (S. 536).

 

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