Donnerstag 15. November 2018
#202 - mars 2017

L'Europe et l'OTAN dans un contexte sécuritaire en évolution

Depuis quelques mois, le rôle de l'OTAN est sur la sellette. Stephan Miller, fonctionnaire de l'OTAN, évalue le contexte sécuritaire en évolution en Europe et examine la capacité de l'OTAN à promouvoir la stabilité.

Le défi d'une instabilité statique et d'une instabilité dynamique

Ces derniers temps, il est devenu courant de parler de "l'arc d'instabilité" pour décrire la situation à laquelle est confrontée l'Europe sur le plan de la sécurité. Cette métaphore correspond à la transition allant de la période de relative stabilité qui a suivi les conflits des Balkans dans les années 1990 jusqu'à la période qui précède immédiatement le Printemps arabe. Dans ce contexte, l'instabilité est une notion très large qui englobe l'étendue des défis sécuritaires, en partant de l'est - où l'Alliance transatlantique fait face à la Russie, dont elle est le seul opposant ou concurrent - jusqu’au sud, où il y a pléthore de défis majeurs.

 

Sur le plan stratégique, la situation à l'est n'a guère changé depuis l'annexion de la Crimée en 2014, mais elle demeure instable. C'est une situation que l'on peut qualifier d'instabilité statique.

 

Par contre, le sud, à savoir la région qui va du Maroc aux frontières de la Turquie, souffre à des degrés divers d'une instabilité dynamique depuis l'éclosion du Printemps arabe. La sphère d'influence de l'Iran continue de s'élargir en direction de l'Irak, du Liban, de la Syrie et du Yémen. Le régime d'Assad, qui était sur le point de s'effondrer en 2015, est ressuscité. De son côté, la Turquie s'efforce d’étendre son influence sur ses voisins du sud ainsi que sur l'ensemble du monde arabe, tandis que la Russie est redevenue un acteur qui compte dans la région. La question israélo-palestinienne a perdu de l'importance par rapport au conflit entre sunnites et chiites, même si elle n'a certainement pas disparu. Le fossé entre sunnites et chiites constitue le thème central des tensions et des conflits dans la région. Ce puissant mélange d'acteurs étatiques et non-étatiques, auquel viennent s'ajouter la migration, la criminalité organisée, les rivalités traditionnelles et l'association d'une démographie explosive à une croissance économique insuffisante : tous ces éléments ont créé une série de défis sécuritaires dynamiques aux frontières méridionales de l'Europe et c'est une dynamique qui semble persister.

 

Les principales missions de l'OTAN

Dans cette situation, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord doit encore remplir ses trois missions principales : la défense collective, la réponse aux crises et la sécurité coopérative.

 

A l'est, le rôle de l'OTAN est la dissuasion. Les alliés exploitent tous les mécanismes de la puissance d'Etat et le filet de sécurité de l'OTAN n'est que l'un de ces instruments, même s'il est d'une importance vitale. Cette composante militaire repose essentiellement sur des forces mobiles, souples, aptes à réagir rapidement et pouvant être déployées à bref délai, auxquelles vient s'ajouter sur le terrain une présence avancée, par rotations, des Alliés qui ont des frontières communes avec la Russie. Cette force de dissuasion a une grande valeur pour rassurer les nations qui sont géographiquement proches de la Russie. Mais elle n'empêche pas les effets se situant au-dessous du seuil d'agression ouverte, qui favorisent les intérêts de la Russie en tant que nation concurrente. Pour sa part, la Russie met en place des actions hybrides, une communication stratégique, une guerre informatique et d'autres moyens en vue d'avoir un impact sur nos sociétés ouvertes.

 

Les relations entre les Etats ne sont plus binaires. La Russie, par exemple, peut être tout à la fois un concurrent, un adversaire et un partenaire, avec souvent, selon le théâtre des opérations, des intérêts en matière de politique étrangère qui sont partiellement compatibles avec ceux de l'Union européenne ou de l'OTAN. La dissuasion, la concurrence et l'engagement ne s'excluent donc pas mutuellement : en fait, ils peuvent concerner simultanément la même nation. Ceci exige une approche politique et un dispositif militaire qui soient souples et adaptables, rappelant en un sens le concept du Prince Bismarck face à la complexité du système de sécurité de la fin du 19ème siècle, à savoir l'art de jongler avec cinq balles à la fois. Eviter les erreurs de calcul et arriver à prévenir les conflits, en dépit de la compétition permanente, demeure d'une importance cruciale. Comprendre les effets dont se servent les acteurs étatiques modernes pour modeler la situation sur le terrain afin d'accroître leur influence par des moyens non conventionnels est d'une importance vitale pour tout acteur étatique moderne. La frontière ténue entre la concurrence – souvent très agressive – et la confrontation doit être bien comprise par toutes les parties concernées.

 

Au sud, les défis sont fondamentalement différents. Ils trouvent leur origine dans des Etats faibles, qui ne sont pas en mesure d'empêcher le terrorisme transnational d'organiser et d'exécuter des actions terroristes, que ce soit dans la région ou au-delà. Tout ceci est alimenté par le décalage continuel dramatique entre la démographie et la croissance économique, un défi stratégique et générationnel auquel il n'est actuellement répondu que ponctuellement et sur le plan tactique. S'attaquer aux causes nécessite l'emploi de tous les instruments de pouvoir et d'influence, de manière coordonnée sur le long terme. Ceci aide à créer une stabilité politique de longue durée, fondée sur des sociétés où chacun est habilité à contribuer au bien-être de la nation.

 

Parvenir à une stabilité à long terme

Pour arriver à une telle stabilité, l'OTAN, l'Union européenne et d'autres acteurs doivent collaborer étroitement en se servant d'une grande diversité d'outils politiques, diplomatiques, économiques, judiciaires et militaires ainsi que de mécanismes d'application de la loi. Et de le faire en respectant les principes d'appropriation et d’élaboration de solutions qui exploitent au maximum les capacités locales. Dans une perspective chrétienne, le choix inhérent de recourir à la force (ou à des contre-pouvoirs) en appui de cette stabilité de longue durée, n'est pas satisfaisant. Mais c'est une approche qui reconnaît tout simplement les réalités d'un monde qui demeure plein de contradictions.

Lt Col. Stephan Miller

Organisation du Traité de l'Atlantique Nord

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle ou la politique des gouvernements membres ou de l'OTAN.

Version originale de l’article : anglais

 

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