Tuesday 25. June 2019
#210 -Décembre 2017

L’Europe sera solidaire ou ne sera pas

Vice-présidente des Jeunes Européens Fédéralistes (JEF Europe), Ophélie Omnes a été invitée à participer à « (Re)thinking Europe » en tant que représentante de la société civile. Elle estime que si la construction européenne veut prospérer et se développer dans le bon sens, elle doit se rapprocher des citoyens et de leurs préoccupations quotidiennes.

L’Eglise catholique comme acteur politique européen

Quand on est activiste politique et spécialiste de l’Union européenne depuis près de dix ans, on a participé à un certain nombre de conférences et autres séminaires, au cours desquels on a été amené à rencontrer des personnalités dont les noms reviennent souvent.

 

A une époque où la question religieuse est souvent perçue comme taboue quand il s’agit de politique, quelle n’a pas été ma surprise de voir ces mêmes noms réunis à l’affiche d’un événement organisé par l’Eglise catholique, au sein même du Vatican. Et quels noms ! De Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, à Sylvie Goulard, ancienne députée européenne devenue un temps ministre de la République française, en passant par Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, c’est avec plaisir que j’ai participé à des débats de haut niveau. L’accent était davantage mis sur les liens à établir entre l’Europe et ses populations, plutôt que sur le fonctionnement de ses institutions. La diversité des opinions représentées a également permis une confrontation des idées au sein des groupes de travail, marquant notamment les divergences de perception entre Ouest et Est.

 

La solidarité doit retrouver sa place au cœur de la construction européenne

Au cours des différents débats et entretiens que j’ai pu avoir avec les participants, une chose m’a pourtant frappée, à savoir que nous avions tous le même constat : « l’Europe » ne parle pas assez aux gens. Elle reste pour beaucoup un concept abstrait, une entité supranationale dont on ne comprend pas réellement le rôle et dont on imagine souvent qu’elle ne sert qu’à imposer des règles normatives contraignantes. Or, il y a plus dans la construction européenne que la règlementation « qui vient de Bruxelles », la concurrence fiscale et les inégalités sociales. A cet égard, le message que nous a adressé le Pape François, dans son cinquième discours sur l’Europe, ne pouvait être accueilli qu’avec enthousiasme.

 

Dès le départ, le projet des pères et mères fondateurs était clair : créer une communauté fondée sur la solidarité, pas seulement un ensemble économique prospère. Dès 1950, Robert Schuman, alors ministre français des affaires étrangères, et inspiré par Jean Monnet, énonçait, dans sa célèbre Déclaration du 9 mai, que l’Europe ne se ferait que « par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait » réalisant ainsi « simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique et introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes. »

 

N’en déplaisent aux eurosceptiques et autres détracteurs, le projet européen a ainsi toujours eu pour but d’établir un espace de vivre-ensemble pour les peuples du continent.

 

L’indispensable réforme structurelle de l’Union européenne

Mais entre vagues migratoires, sortie de crise économique et gestion du Brexit, il est temps pour l’Union européenne de prendre ses responsabilités et de se recentrer sur les valeurs qui l’ont vue naître. L’intergouvernementalisme, c’est-à-dire la méthode qui consiste à laisser aux Etats membres l’initiative des décisions, cristallisant ainsi les égoïsmes nationaux, au détriment de la méthode communautaire, n’est plus une option, à l’heure où l’Union européenne peine à prendre la place qui devrait être la sienne dans un monde de plus en plus globalisé.

 

Les défis lancés sont nombreux et la réponse pourtant unique : l’Union européenne doit se doter d’une nouvelle structure pour assurer une véritable solidarité. Selon moi, et l’organisation que je représente, seule une Europe plus démocratique, plus proche des préoccupations des citoyens, plus forte sur la scène internationale sera à même de se montrer à la hauteur des enjeux actuels. Seule la mise en place d’une structure fédérale, basée sur le principe de subsidiarité, selon lequel l’action publique doit être réalisée à l’échelon – local, national ou supranational – qui s’avère être le plus pertinent, et la dévolution de compétences appropriées, permettra à l’Union européenne de retrouver un véritable sens politique.

 

Pour être audible et compréhensible par tous, l’Europe doit parler aux gens dans leur vie de tous les jours, et ne plus donner l’impression qu’elle n’est profitable qu’à ceux qui ont réussi. Elle doit notamment permettre la mise en place de politiques sociales et fiscales justes, afin de réduire les concurrences déloyales qui se développent entre les Etats – et les peuples. Mais tant que les décisions seront confisquées par les gouvernements nationaux, qui n’envisagent pas les choses par le prisme de l’intérêt commun européen, on peinera à atteindre cet objectif, et donc à rapprocher les Européens.

 

Ophélie Omnes

Vice-présidente de l'Union des Fédéralistes Européens - France

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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