Samstag 20. Januar 2018
#211 - Janvier 2018

Migrants et réfugiés : les propositions du pape François

"Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés" : c’est le thème du Message du pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, célébrée ce 14 janvier.

Un ensemble de bonnes pratiques pour traiter le phénomène de la migration en des termes clairs et pragmatiques, en postulant que l’on peut trouver des solutions en faisant preuve de bonne volonté : voilà l’objet du Message du pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, célébrée ce 14 janvier dans les églises du monde entier. Nous avons discuté de ce message, riche en propositions et en recommandations spécifiques, avec le Père Fabio Baggio C.S, sous-secrétaire de la section "Migrants et Réfugiés" du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral.

 

Le pape avait déjà expliqué la signification de ces quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Quels sont les éléments nouveaux que contient son Message ?

 

Le Message donne des recommandations pratiques sur la mise en œuvre de ces verbes dans les circonstances actuelles. Il se réfère à une série de 20 actions et propositions qui découlent des bonnes pratiques proposées par l'Eglise catholique dans plusieurs domaines. Ces pratiques comportent notamment l'extension des possibilités d'entrée sûres et légales pour tous les migrants en délivrant des visas humanitaires, la réinstallation dans des pays tiers, les programmes de parrainage, les corridors humanitaires ou les visas d'étudiants pour les jeunes qui vivent dans des camps de réfugiés. Le regroupement familial est suggéré à titre d'exemple comme voie d'immigration légale et sûre et aussi comme moyen de mieux s'intégrer. C'est quelque chose que l'Eglise a toujours soutenu.

 

Le Message du Pape contient en particulier un appel vibrant à l'Eglise pour qu'elle diffuse ces bonnes pratiques dans le monde entier, avec l’appui des conférences épiscopales et des organisations catholiques. L’appel sensibilise notamment aux deux Pactes mondiaux dont la signature par la communauté internationale est prévue au deuxième semestre 2018 : l'un sur les migrations, l'autre sur les réfugiés. Les 20 actions prônées par le message du Pape sont basées sur la doctrine sociale de l'Eglise et proposent de bonnes pratiques qui mettent en évidence des solutions aux problèmes actuels.

 

Qu'implique le verbe "protéger" par rapport aux migrants ?

 

Le Pape mentionne l'importance de protéger les migrants dès le départ de leur pays d'origine jusqu'à leur arrivée dans le pays de destination mais aussi pendant les transits et lorsqu'ils prennent la décision de retourner chez eux. Ils devraient recevoir toutes les informations leur permettant de décider de quitter ou non leur pays d'origine, à quel moment et par quels moyens. Une fois qu'ils sont arrivés dans le pays de destination, ils devraient pouvoir accéder à des droits fondamentaux tels que l'éducation et la santé. Ils devraient aussi recevoir les informations nécessaires à l'obtention d'un statut juridique leur permettant de rester ou à la régularisation de ce statut.

 

Qu'en est-il du verbe "promouvoir" ?

 

Il englobe la reconnaissance des compétences et des capacités des migrants. Cette reconnaissance doit se concrétiser grâce, par exemple, à la validation des certificats d'études et de compétences. Les migrants pourront ainsi offrir ce qu'ils ont de mieux et compléter leur formation au niveau secondaire ou universitaire. Leurs qualifications professionnelles doivent être reconnues pour qu'ils puissent contribuer au développement des pays où ils sont accueillis.

 

Il est également nécessaire de mettre en place une procédure de naturalisation aisément accessible aux migrants et aux réfugiés qui vivent depuis longtemps dans leur pays d'accueil. Il faudrait en effet trouver des solutions simples pour les migrants irréguliers qui vivent dans un pays d'accueil depuis 20 ou 30 ans, par le biais de programmes de régularisation adaptés. Certains pays l'envisagent déjà.

 

Le jus sanguinis (droit du sang) et le jus soli (droit du sol) peuvent coexister pour l'acquisition de la nationalité, comme c'est le cas dans plusieurs pays. A mon avis, plutôt que de se focaliser sur le "droit" à une nationalité, il vaudrait mieux mettre l'accent sur le "choix" d'une nationalité, puisque l'appartenance à une nation donnée est essentiellement un choix personnel et responsable, qui dépasse toute attribution juridique. Et c'est particulièrement vrai pour les migrants. Le choix d'une nationalité implique un certain nombre de devoirs et de responsabilités qui se traduisent par la participation à la croissance et au développement du pays où le migrant a décidé de vivre. Etre citoyen d'un pays ne se résume pas à détenir un passeport, c'est un engagement sérieux qui est lié à un territoire.

 

Mais il y a des personnes qui ont peur de perdre leur identité ou qui ont le sentiment d'être envahies…

 

Du point de vue historique, la peur des invasions étrangères a souvent été exploitée par les régimes nationalistes. Par contre, la rencontre paisible des peuples a fortement contribué à la naissance de grandes civilisations. Il est normal d'avoir peur quand nous ne savons pas qui frappe à notre porte. La peur dépend principalement de nos préjugés et de nos perceptions. Mais c'est un sentiment qui mérite qu'on y soit attentif car il sert à déterminer le choix d'ouvrir ou de fermer la porte. Pour surmonter la peur, il est nécessaire d'investir dans des activités de sensibilisation, en fournissant des données factuelles et des informations sur les migrants et les réfugiés et en promouvant une culture de la rencontre.

 

Il n'est pas facile d’entrer dans une démarche de la rencontre de l'autre, de l'étranger, de celui qui est différent. Les enfants sont plus prompts à cet égard, alors que les adultes rechignent souvent à le faire car ils craignent de perdre quelque chose dans cette rencontre. Or, c'est exactement l'inverse qui se passe : toute rencontre est l'occasion d'un enrichissement personnel et d'une réaffirmation de notre propre identité.

 

 

Fr Fabio Baggio C.S

Sous-secrétaire de la section "Migrants et Réfugiés" du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral

 

Cet article est basé sur une interview réalisée par Patrizia Caiffa, AgenSIR

 

 

Version originale de l’article : anglais

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