Thursday 27. February 2020
#200 - janvier 2017

Oser rêver une nouvelle Europe : un enjeu pour l’Eglise ?

En recevant le 6 mai 2016 le Prix Charlemagne, le pape François a invité à oser rêver une nouvelle Europe. Cela implique pour lui de passer d’une économie liquide à une économie sociale, un projet qui pourrait enthousiasmer les jeunes et auquel il souhaite que l’Eglise apporte sa contribution. Une utopie ou un projet réaliste ?

Que l’Eglise catholique s’intéresse à l’Europe ne va pas de soi pour tout le monde. Pourtant elle a toujours soutenu la construction européenne et toutes les cloches de Rome ont sonné le 25 mars 1957 pour célébrer la naissance de la CEE ! L’Eglise a vu dans la construction européenne un projet de paix, mieux, un projet de pardon et de réconciliation capable de faire rejaillir un élan de vie sur des terres profondément meurtries par les guerres. Les papes Pie XII et Paul VI ont encouragé ce projet. Jean Paul II a eu ensuite à cœur de réunifier le continent européen afin que l’Europe, selon son expression, retrouve sa véritable identité.

 

Dans cette construction européenne la place des Eglises n’a toutefois jamais été pensée ni prévue. En 1980, les Conférences épiscopales des Etats membres de la CEE mettent en place la COMECE, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne, pour suivre les affaires européennes à Bruxelles. Ni lobby, ni ONG, la COMECE va petit à petit trouver sa place dans ce circuit européen et va, avec d’autres Eglises chrétiennes, œuvrer pour faire reconnaître la spécificité de leur apport. Les Eglises ne défendent pas d’intérêts catégoriels, mais le bien commun et le respect de tout homme et de tout l’homme. L’Union européenne finira par reconnaître la spécificité de leur contribution dans l’article 17 du Traité de Lisbonne qui institutionnalise un dialogue ouvert, transparent et régulier.

 

Le dialogue entre les Eglises et l’Europe

Ce long chemin a été très formateur pour l’Eglise. Ne bénéficiant pas dans le circuit européen de la légitimité historique qui peut être la sienne dans les pays membres, elle a dû gagner le respect de ses interlocuteurs. Pour cela, elle a appris à « traduire » ses préoccupations dans le langage de la « tribu européenne » et aussi à dialoguer, c’est-à-dire à adopter une attitude autocritique, à accueillir les éléments positifs dans les propositions des autres pour travailler ensemble au service du bien commun.

 

Du côté des institutions européennes, c’est Jacques Delors qui a donné l’impulsion décisive au dialogue avec les religions. Dès 1992, il dit : « Si, au cours des dix prochaines années, nous ne parvenons pas à donner une âme à l’Europe, à lui donner une spiritualité et un sens, c’en sera fait de l’unification européenne ». La clairvoyance de son constat s’impose 25 ans plus tard ! Aujourd’hui, de très nombreux européens et notamment des jeunes ne voient plus le sens de l’Europe, ni ses acquis ni son possible avenir. D’où l’urgence de se pencher sur cette actualisation de l’Europe, de rêver une nouvelle Europe avec les jeunes.

 

Humaniser l’économie

Dans son discours précité, le pape François invite les Européens à une « transfusion de la mémoire », pour puiser dans le passé l’inspiration pour affronter les défis de la complexité du monde multipolaire actuel. Dans les années 1950, le défi était d’éviter toute nouvelle guerre et pour cela il a fallu mettre les Etats autour de la table de négociation et inventer une forme inédite de partage de souveraineté pour le bien de tous.

 

Aujourd’hui le problème est avant tout celui de la disparité sociale, aggravée par une économie mondialisée qui épuise la planète et réduit la personne au consommateur. Mais l’économie échappe désormais en grande partie aux Etats. Il ne suffit donc plus de réunir les Etats autour de la table de négociation, il faut y inviter aussi des acteurs économiques ou encore des scientifiques pour inventer ensemble une forme inédite de modèle économique, plus respectueuse de l’homme et de la Création. Et il y aura des concessions à faire pour le bien commun.

 

Dans Laudato Si’, le pape François n’hésite pas à nous appeler à une révolution culturelle courageuse et une conversion radicale de style de vie. Il encourage ce dialogue multipolaire. Si l’Union européenne arrive à sortir des chemins battus et à prendre une initiative vraiment innovante pour favoriser l’émergence d’une économie à visage humain, elle est sûre d’y intéresser les jeunes et de les faire participer. Un projet utopique ? Peut-être, mais pas plus que celui de la paix durable ! Un projet qui honorera l’Europe et rendra service au monde entier.

 

Monique Baujard

Ancienne directrice du service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Office.

 

Monique Baujard est l’auteur de « La COMECE, le dialogue entre les Églises et l’Europe », Document épiscopat n°8, 2016, publié par le Secrétariat général de la conférence des évêques de France.

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