Friday 10. July 2020
#201 - février 2017

Pour une Europe plus sociale

La Commission européenne a lancé en mars 2016 un processus de consultation pour renforcer la dimension sociale au sein de l’Union européenne. Le Bureau européen pour l’éducation catholique des jeunes et des adultes y a pris part.

Les modèles sociaux européens sont confrontés à des défis majeurs. D’une part, les répercussions de la crise économique et financière sur l’emploi et la cohésion sociale se font clairement sentir. D’autre part, l’Europe fait face à des défis importants dans le domaine du numérique et, à la lumière du changement démographique, de l’intégration des réfugiés et de l’égalité hommes/femmes sur le marché du travail.

 

Les représentants du Bureau européen pour l’éducation catholique des jeunes et des adultes se félicitent de la tentative de ce projet de longue haleine de trouver un juste équilibre entre l’Union économique et monétaire, d’une part et la politique sociale et de l’emploi, d’autre part. Ils relèvent dans leur réponse à la consultation lancée par l’Union européenne que la réduction des inégalités entre les États membres européens passe par l’instauration d’autres normes minimales en matière de politique sociale de l’emploi et de l‘éducation. Compte tenu du grand nombre de thématiques présentées dans cette consultation, les représentants catholiques se sont concentrés sur trois thèmes: «Compétences, éducation et apprentissage tout au long de la vie »; «Contrats de travail flexibles et stables»; «Égalité entre les femmes et les hommes et équilibre entre vie professionnelle et vie privée».

 

Investir dans l’apprentissage tout au long de la vie

Conformément à l’article 14 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, toute personne a droit à l’éducation, ainsi qu’à l’accès à la formation professionnelle et continue. Les représentants catholiques recommandent donc aux Etats membres concernés d’appliquer les propositions de la Commission européenne concernant leurs programmes nationaux de réforme, notamment en remédiant à la faiblesse des budgets consacrés à l’éducation.  Cela vaut aussi bien pour l’éducation non formelle, c’est-à-dire la formation extra-scolaire dans le cadre de laquelle des personnes acquièrent une formation personnelle et sociale en dehors de programmes d‘enseignement, que pour l’éducation formelle, c’est-à-dire l’enseignement académique.

 

Les dépenses actuelles des États membres en matière d’éducation ne permettent pas un accès suffisant au système éducatif des personnes défavorisées et des réfugiés arrivés depuis peu sur le sol européen. De même, la participation numérique, c’est-à-dire l’accès aux moyens de toute sorte qui existent désormais à l’ère du numérique, devrait être proposée à tous les citoyens de l‘Union. 70 millions d’Européens risquent de décrocher, et pas seulement en matière de compétences numériques, c’est pourquoi il est urgent de mettre en œuvre des offres de formation multiples.

 

Pour encourager l’inclusion sociale en Europe, il convient de mettre en pratique une approche éducative globale qui passe par l’apprentissage tout au long de la vie et ne se limite pas à une conception de l’éducation exclusivement axée sur le marché du travail. Les représentants catholiques demandent donc de continuer à développer la nouvelle Stratégie en matière de compétences pour l’Europe lancée en 2016. Il s’agit là d’un catalogue de dix mesures élaboré par la Commission européenne en vue d’améliorer les compétences en Europe.

 

Ce faisant, il convient notamment de mettre au premier plan, à l’échelle de l’Europe, la formation professionnelle. Les adultes peu qualifiés doivent obtenir un niveau minimal de compétences en lecture, en écriture et en calcul. Il serait, par ailleurs, souhaitable de mettre en place des instruments visant à identifier les profils de compétences des ressortissants de pays tiers. Les représentants catholiques demandent également le développement et la poursuite de la stratégie de l’UE en faveur de la jeunesse, lancée en 2009, qui offre un cadre européen de coopération dans le domaine des politiques de la jeunesse.

 

Augmentation de la précarité des conditions de travail

Selon l’article 153 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, l’Union soutient et complète la compétence nationale exclusive des États membres dans les domaines suivants: conditions de travail, sécurité sociale des travailleurs, protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail. Du point de vue des représentants catholiques, il est préoccupant de constater à quel point les conditions de travail précaires augmentent partout en Europe. Les travailleurs enchaînent trop souvent les emplois temporaires.

 

Cette précarité ne contribue pas à favoriser un projet familial, un engagement dans le bénévolat ou un projet de vie stable. Sans une certaine stabilité de l’emploi, il devient difficile de faire des plans à long terme. Pour mettre en œuvre le droit au travail, les représentants du Bureau européen appellent à une politique du marché du travail plus active de la part de l’Union européenne. Il importe de disposer d’une définition commune, au niveau européen, de ce qu’est un travail précaire, afin de pouvoir introduire des normes minimales dans les États membres.

 

Égalité entre les femmes et les hommes

En dépit de la mise en œuvre de la directive sur l’égalité de traitement (2000/78/CEG) en matière d’emploi dans tous les États membres et de l’existence de la stratégie en matière d’égalité entre les femmes et les hommes (2010-2015) qui, en raison d’un blocage du Conseil européen, n’a pas été poursuivie par les États membres, de grandes disparités persistent en matière de salaire entre homme et femme et de conciliation du travail et de la vie familiale. À diplôme égal, les femmes perçoivent des rémunérations horaires plus basses et travaillent davantage à temps partiel.

 

Cela est dû notamment au manque d’offres de garde des enfants et d’autres personnes à charge et à des conditions de travail ne favorisant pas la vie de famille. Dès lors, les représentants du Bureau catholique européen demandent que les États membres de l’Union trouvent au moins un accord sur la directive (2012/0299/COD) relative à un meilleur équilibre hommes-femmes parmi les administrateurs non exécutifs des sociétés cotées en bourse, afin qu’elle puisse entrer en vigueur. La Commission européenne devrait en outre promouvoir le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cadre de campagnes publiques, afin qu’émerge, dans l’espace public, une conscience plus forte sur ces questions.

 

Judith Wind-Schreiber

Europabüro für Katholische Jugendarbeit und Erwachsenenbildung

 

European Office for Catholic Youth Work and Adult education

 

Les représentants du Bureau européen: Fédération européenne pour l’éducation catholique des adultes (FEECA), Arbeitsgemeinschaft katholisch-sozialer Bildungswerke in der Bundesrepublik Deutschland (AKSB e.V.), Arbeitsstelle für Jugendseelsorge der deutschen Bischofskonferenzen (afj), Bund der Deutschen Katholischen Jugend (BDKJ), Jugendhaus Düsseldorf e.V., Katholische Erwachsenenbildung Deutschland - Bundesarbeitsgemeinschaft e.V. (KEB Deutschland e.V.)

 

Version originale de l’article : allemand

 

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