Friday 26. April 2019
#210 -Décembre 2017

Prier et réfléchir: le rôle des chrétiens dans la construction d'une Europe centrée sur l'homme

La Vice-Présidente du Parlement européen Mairead McGuinness réfléchit à ce qu'apporte la foi à la vision de l'Europe, lors d'une conférence donnée à la Chapelle pour l'Europe.

Lorsque le premier Président des Etats-Unis, George Washington, a quitté ses fonctions, il a déclaré dans son discours d'adieu : "La religion et la moralité sont les piliers indispensables de toutes les dispositions et habitudes qui mènent à la prospérité politique".

 

J'aime à dire que même s'il n'y avait pas la moindre obligation légale en la matière, l'Union européenne serait obligée de nouer ce dialogue du point de vue de la bonne gouvernance. En effet, il n'est pas possible de déterminer de bonnes politiques publiques, qui ont un impact sur la vie quotidienne des citoyens, sans entrer en dialogue avec ces mêmes citoyens sur les questions qui ont de l'importance pour eux. En réalité, même dans les sociétés fortement sécularisées de certains pays européens, la religion demeure un facteur important dans la vie de millions d'Européens.

 

La foi et la raison doivent travailler de concert

 

J'étais récemment au Vatican pour participer à une grande conférence organisée par la COMECE et le Saint-Siège à l'occasion du 60ème anniversaire de la signature des Traités de Rome, sur le thème : "Rethinking Europe". Des représentants d'autres confessions chrétiennes participaient aussi aux délibérations, un beau geste d'œcuménisme dans cette année qui marque le 500ème anniversaire de la Réforme.

 

On sait que les Eglises rassemblent les gens pour les faire prier ; c'est donc bien de montrer au monde qu'elles rassemblent aussi les gens pour les faire réfléchir ! Assurément, nous avons tous besoin de prières en cas de crises ou de difficultés ; mais au cours de l'histoire, l'Eglise a également rassemblé les esprits les plus brillants pour mettre leurs talents au service du bien commun. La foi et la raison doivent travailler de concert, ce que doivent faire aussi les autorités religieuses et les autorités civiles.

 

La conférence du Vatican a réuni des responsables d'Eglise, des politiciens et des membres de la société civile pour réfléchir et discuter pendant deux jours sur la contribution de l'Eglise catholique au projet européen, dans le but de veiller à ce que nous construisons ensemble une Europe au service de tous ses citoyens ; un sujet similaire à celui de ce soir.

 

Nous avons étudié des questions telles que la manière de construire des ponts à l'intérieur des Etats membres et d'un Etat à l'autre, le type d'économie qu'il faudrait avoir pour l'Europe dans un monde en évolution, ou l'état de la démocratie en Europe.

 

Le pape François nous a honorés de sa présence. Dans son allocution, il a parlé clairement du rôle des chrétiens, en soulignant que ce rôle était de rappeler à l'Europe "qu’elle n’est pas un ensemble de nombres ou d’institutions, mais qu’elle est faite de personnes". Le pape a critiqué les politiques publiques qui ont oublié que les personnes doivent toujours en être le centre, en déclarant : "Il n'y a pas de citoyens, il n'y a que des suffrages. Il n'y a pas de migrants, il n'y a que des quotas. Il n'y a pas de travailleurs, il n'y a que des indicateurs économiques. Il n'y a pas de pauvres, il n'y a que des seuils de pauvreté. Le caractère concret de la personne humaine est ainsi réduit à un principe abstrait".

 

Les Eglises chrétiennes, par leur travail avec les pauvres, les SDF, les migrants et ceux qui souffrent de la faim, cherchent à dépasser les approches purement technocratiques à l'égard des problèmes sociaux. Elles voient des visages humains, leur sourient et s'efforcent de les faire sourire au milieu de leurs souffrances.

 

Comme l'a écrit le précédent pape, Benoît XVI, dans son ouvrage sur l'Europe : "La politique n'est pas seulement un lieu de recherche de solutions techniques, car le but d'un Etat, et donc le but ultime de toute politique, est de nature morale ; il s'agit, en d'autres termes, de l'établissement de la paix et de la justice".

 

Notons que dans son discours de clôture de la conférence "Rethinking Europe", le pape François a structuré ses idées à l'aide de sous-titres tels que "Personne et communauté", "Un lieu de dialogue", "Un espace de solidarité", "Une promesse de paix" ou "Etre l'âme de l'Europe".  

 

Une politique à visage humain

 

Nous pouvons peut-être tirer les leçons de cette approche humaine à l'égard de l'Europe, qui reflète la pensée des papes qui se sont succédés et aussi, en effet, la vision chrétienne globale vis-à-vis de l'Europe. Si les Eglises ont toujours soutenu le projet européen, c'est parce qu'elles sont convaincues qu'un tel projet peut améliorer la vie des hommes et des femmes. Comme l'a souligné le pape François, "personne et communauté sont donc les fondements de l’Europe qu'en tant que chrétiens, nous voulons et pouvons contribuer à construire. Les pierres de cet édifice s’appellent : dialogue, inclusion, solidarité, développement et paix".

 

Je souscris absolument à cette conviction. De même que des chrétiens (ici, les pères fondateurs de l'Europe) ont joué un rôle essentiel dans la création du projet européen il y a une soixantaine d'années, je suis convaincue que l'engagement des chrétiens dans ce projet reste nécessaire aujourd'hui. Les chrétiens sont des témoins d'espérance. L'Union européenne a été confrontée à de multiples crises et ses citoyens ont besoin de pouvoir envisager l'avenir avec une telle espérance.

 

Feu le pape Jean XXIII, dans son discours d'ouverture du Concile Vatican II, disait d'ailleurs son "complet désaccord" avec ceux qu'il appelait "ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin". Selon lui, il fallait que les chrétiens "se tournent vers les temps présents, qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l'apostolat".

 

Mairead McGuinness

Vice-Présidente du Parlement européen

 

Version originale de l’article : anglais

 

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