Freitag 17. August 2018
#212 - Fevrier 2018

Quel sera l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture?

Depuis le 29 novembre 2017, c’est chose faite: avec la communication «Alimentation et agriculture», un premier projet de la Commission européenne sur l’avenir de l’agriculture en Europe est sur la table. Une discussion approfondie peut désormais s’ouvrir.

PIE01 - 20021204 - PIENINY, POLAND: Undated recent picture of the hay harvest in the Pieniny Mountains in southern Poland.EPA PHOTO / STANISLAW CIOK

Cette communication de la Commission est le résultat d’une vaste consultation lancée au premier semestre 2017 (cf. Europeinfos, avril 2017) et à laquelle la COMECE a participé. Après deux réunions, l’été dernier, avec les parties prenantes, la Commission européenne a tenté de compiler les nombreuses idées, propositions et critiques concernant l’actuelle politique agricole commune (PAC) dans ce projet de rapport sur la future PAC, qui devrait entrer en vigeur à partir de 2021. Il en ressort un premier projet qui se veut très général et esquisse quelques piliers de la future PAC, mais qui reste «étonnamment vide» – selon des sources internes à la DG AGRI de la Commission européenne. Cela s’explique avant tout par le fait que l’on ne dispose pas encore du cadre budgétaire pluriannuel pour les années 2021 et suivantes. Or la politique agricole commune dépend concrètement de ce cadre budgétaire puisqu’elle continue de représenter près de 30 % du budget total de l’UE.

 

Ce qui saute aux yeux dans le texte actuel, c’est une certaine forme de «renationalisation» de la politique agricole qui, sous couvert de «subsidiarité» est rendue plus attrayante. Concrètement, la Commission européenne devrait dorénavant présenter uniquement des objectifs concernant différents aspects de la PAC (par exemple en matière d’environnement, d’action en faveur du climat, de bien-être animal, de sécurité alimentaire et d’approvisionnement). Ces objectifs devraient ensuite être mis en œuvre par les États membres dans le cadre de «plans stratégiques de la PAC» élaborés à l’échelle nationale. On touche ici un point de principe important: les conditions générales (climatologiques, géographiques et sociales) de l’activité agricole sont tellement différentes entre des pays comme la Finlande, la Grèce, le Danemark ou l’Espagne que des «approches sur mesure» leur correspondent mieux qu’une approche uniforme («one size fits all») venue d’en haut.

 

Cependant, les États membres n’auront pas seulement pour tâche d’adapter à leur propre situation les conditions générales et les objectifs préétablis (et de les soumettre à la Commission), mais ils devront aussi en contrôler la mise en œuvre (et donc l’utilisation de l’aide financière octroyée). Une simplification des lourdeurs administratives dans le domaine agricole (un des points de critique principaux de l’actuelle PAC concerne sa «charge administrative») est certes souhaitable, mais ce type de contrôle est, en même temps, difficile à réaliser, car il peut donner lieu à de nombreux abus, comme en témoignent régulièrement des rapports de la Cour des comptes européenne. Comment élaborer des mécanismes de contrôle qui maintiendraient un équilibre entre «surbureaucratisation» et «abus manifestes», ces derniers tendant à éveiller la méfiance des citoyens et, au bout du compte, un rejet de l’Union européenne?

 

Les grands défis auxquels l’agriculture européenne doit faire face et que la future PAC tente de relever obligent à jouer résolument sur plusieurs plans. D’une part, on aimerait faire de l’agriculture européenne un secteur économique à l’épreuve des crises, offrant aux agriculteurs une sécurité des revenus et les protégeant en grande partie contre les fluctuations des marchés; parallèlement à cela, on souhaiterait à nouveau attirer les jeunes vers le métier d‘agriculteur et lutter contre l’exode rural. D’autre part, l’agriculture doit être innovante et faire appel à de nouvelles technologies et méthodes de sélection végétale qui permettent une «agriculture de précision économe en ressources et très efficace », le tout nécessitant des investissements importants d’infrastructure en milieu rural. Enfin, la politique agricole doit renforcer le milieu rural dans son ensemble pour en faire un «espace habitable», sans oublier cependant le but essentiel de l’activité agricole: la production de «denrées alimentaires de qualité, sûres et bon marché» qui, par ailleurs, doivent être écoulées à l’étranger (hors de l’UE), avec l’espoir d’y trouver des marchés en expansion. La politique agricole est-elle réellement capable de répondre à tous ces objectifs?

 

Il conviendra de discuter en détail des fondements et des objectifs de cette communication dans les mois à venir et d’élaborer des propositions concrètes d’ici l’été. Toutes les idées contenues dans la communication de la Commission sont fondamentalement intéressantes; toutefois, compte tenu de la compléxité du sujet, se pose la question tout aussi essentielle de savoir si l’ensemble des domaines thématiques mentionnés dans la communication doit réellement être couvert par la PAC ou s’il ne serait pas plus simple de dissocier de la PAC les parties qui ne relèvent pas directement de l‘agriculture (de grandes parties de ce que l’on nomme le «second pilier de la PAC») pour les affecter au développement régional. Un espace rural accueillant n’est pas seulement habité par des agriculteurs, mais «par des personnes qui vivent à la campagne», et dont le bien-être, aux yeux des responsables politiques, devrait avoir autant de valeur que celui des citadins.

 

Michael Kuhn

COMECE

 

Version originale de l’article : allemand

 

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