Dienstag 23. Mai 2017

Quelle stratégie de défense pour l'Europe?

A la suite de la publication en juin 2016 de la Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne, et de l'adoption consécutive le 17 octobre 2016 des Conclusions du Conseil européen sur la mise en œuvre de cette stratégie dans le domaine de la sécurité et de la défense, une question se pose aujourd'hui : sommes-nous plus avancés en ce qui concerne la stratégie de défense de l'Union pour l'Europe?

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Quelques mots d’introduction par le Général de brigade Heinz Krieb, Directeur du service Conception et Capacités, Etat-major de l'Union européenne

 

La plus importante des trois priorités identifiées dans le cadre de la Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne est de « protéger l'Union et ses citoyens » - sans que référence soit faite  aux types de menaces et de risques spécifiques auxquels l'Union et ses citoyens pourraient être confrontés.

 

Ceci ouvre la voie aux discussions sur la  contribution possible des instruments militaires et civils de l'Union européenne à la protection des « valeurs et intérêts » sur lesquels elle est fondée. Dans ce contexte, étant donné la situation dans notre voisinage immédiat ou plus large, il apparaît clairement que l'Europe doit parer aux menaces là où elles émergent sans attendre qu'elles se manifestent à l'intérieur de nos frontières.

 

L'article qui suit vise à apporter quelques éclaircissements et considérations sur la manière dont le problème pourrait être résolu. Il constitue donc une contribution supplémentaire au débat actuel pour déterminer qui doit faire quoi pour sécuriser le mode de vie des Européens.

 

Lire entre les lignes - le niveau d'ambition politique

La Stratégie globale ne comporte aucune « lettre de mission » simple, qui définirait le « niveau d'ambition » politique en matière de sécurité et de défense. Cette ambition se trouve en fait intégrée tout au long du document et elle est sujette à interprétation dans les différents secteurs de la politique étrangère. Mais on peut en dégager une affirmation claire : la nécessité d'avoir « un niveau approprié d'ambition et d'autonomie stratégique » [si l'on veut que l'Europe] « puisse promouvoir la paix et la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières ».

 

D'autres thèmes récurrents de la Stratégie dans le domaine de la sécurité et de la défense incluent : la prévention des causes fondamentales des conflits violents ; la réponse décisive à l'escalade des crises sécuritaires ; l'investissement dans le développement des capacités à l'appui de la sécurité et du développement ; la lutte contre le terrorisme et les menaces à caractères hybride ; la cyber-sécurité et la sécurité énergétique ; enfin, la gestion des frontières extérieures tout en éliminant les menaces transnationales.

 

Manifestement, la Stratégie met l'accent sur la nécessité de parer aux menaces sécuritaires internes et d'employer les instruments d'action extérieure pour s'attaquer à la source aux facteurs clés des conflits. Aucune section spécifique du document n'est consacrée exclusivement aux questions de défense ; en réalité, l'attention des élites politiques de l'Union européenne se porte davantage sur les questions de sécurité que de défense. Dans ce cadre, le rôle des militaires est de soutenir et de rendre possible l'emploi des instruments placés sous contrôle civil.

 

Quel est le rôle de l'instrument militaire?

Dans la politique de l'Union européenne, le terme d'instrument est couramment utilisé pour se référer à quatre « instruments de puissance » : la diplomatie, l'information, l'instrument économique et l'instrument militaire.

 

L'instrument militaire européen n'est appelé à jouer un rôle que dans le cadre général de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Le Livre Blanc récemment publié par la Commission européenne sous le titre « L'avenir de l'Europe » accepte cette prémisse. Il reconnaît que c’est l'OTAN qui assurera la sécurité de la plupart des pays de l'Union européenne « au sens militaire » du terme. Il met cependant en garde contre une attitude de l'Union, qui se reposerait sur des mesures de persuasion - ce que le Livre Blanc appelle la "puissance douce" - pour répondre à ses besoins de sécurité et de défense. Où se situent alors l'emploi de l'instrument militaire et la défense de l'Union ?

 

L'article 42 du Traité sur l'Union européenne restreint aux « missions en dehors de l'Union » le recours aux moyens militaires dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune. La défense territoriale de l'Europe repose donc sur les capacités individuelles et collectives de défense militaire des Etats membres, y compris les obligations communes de défense dans le cadre de l'OTAN. En tenant compte de cette réalité, on peut poser l'hypothèse que l'objectif de la stratégie de défense de l'Union européenne est d'améliorer la capacité militaire et la coopération en matière de défense entre les Etats membres. En parallèle, la stratégie européenne cherche à développer une industrie forte et intégrée dans le domaine de la défense afin de renforcer son autonomie stratégique.

 

Les discussions se poursuivent entre les institutions européennes et les Etats membres. Elles portent sur les mesures proposées en vue d'une approche plus intégrée de la défense, à savoir les propositions de « coopération structurée permanente » (PESCO) et « d'examen annuel coordonné en matière de défense » (CARD). Celles-ci seront d'une importance vitale pour évaluer le véritable degré de volonté politique en matière de priorités de sécurité et de défense.

 

Les préoccupations à l'égard des menaces sécuritaires actuelles (notamment l'existence d'une Russie imprévisible, les activités de l'EI et les flux migratoires impossibles à planifier), alliées aux incertitudes d'une Europe de l'après-Brexit, contribueront sans l’ombre d’un doute à l’évolution et au renforcement du discours sur les mesures européennes de défense. Un sentiment politique anti-européen  croissant dans certains Etats membres et la possibilité d'un nouvel axe pour la politique étrangère américaine plaident aussi dans ce sens.

 

La défense de l'Europe

Le casse-tête de la défense est donc d'essayer d'atteindre le niveau d'ambition politique de l'Union européenne (protéger l'Europe et ses citoyens) tout en respectant les limitations opérationnelles du Traité sur l'Union européenne et les obligations des Etats membres dans le cadre de l'OTAN.

 

Les Etats membres de l'Union européenne n'ont qu'une seule armée. Une fois que ces forces militaires sont engagées ailleurs, elles ne sont plus disponibles pour les déploiements opérationnels de l'Union. La Déclaration commune UE-OTAN de 2016 confirme la nécessité d'une coopération plus étroite entre ces deux grands partenaires stratégiques si l'on veut que l'Europe réussisse à parer aux menaces accrues en matière de sécurité et de défense.

 

Des projets sont proposés dans certains secteurs en vue d'une coopération commune ; mais la Déclaration ne va pas jusqu'à délimiter clairement les responsabilités. Ce qui est interprété par l’une des parties en termes de double emploi est invariablement compris par l’autre comme un effort complémentaire.

 

Ce qu'il faut maintenant accepter, c'est que la lutte contre les menaces physiques extérieures contre l'Europe est le domaine réservé à l'OTAN alors que l'Union européenne concentre ses efforts sur les instruments de puissance que sont la diplomatie, l’information et l'instrument économique. L'instrument militaire, lui, sert à renforcer les capacités de la Politique de sécurité et de défense commune, en soutenant la sécurité et le développement. La défense de l'Europe commence par la sécurité au-delà de nos frontières. 

 

Caimin Keogh

Etat-major de l'Union européenne

 

Le Lt Col Caimin Keogh est actuellement employé en qualité d'expert national irlandais, détaché auprès de l'Etat-major militaire de l'Union européenne à Bruxelles, pour élaborer une politique et des concepts sur le plan stratégique.

 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que son auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de l'Organisation irlandaise de la défense ou de l'Etat-major militaire de l'Union européenne.

 

Version originale de l’article : anglais

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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