Montag 1. Mai 2017

Quelles finalités pour la politique européenne de sécurité et de défense ?

Face aux incertitudes stratégiques actuelles, l’UE n’a d’autre choix que de renforcer sa politique de défense et de sécurité tout en continuant de privilégier ses instruments civils de paix.

L’Union européenne doit faire face à une conjoncture difficile : départ du Royaume-Uni, tensions avec la Russie, menace terroriste, forte augmentation de la pression migratoire en provenance notamment des zones de conflit.

 

Face à cette situation, les Européens se tournent d’abord vers leurs autorités nationales, risquant de menacer à terme la cohésion politique de l’Union. Celle-ci se doit donc de démontrer concrètement aux Européens qu’elle est le niveau de décision le plus efficace pour leur protection.

 

C’est à cette fin que le renforcement de la sécurité intérieure et extérieure figure parmi les principaux objectifs de la feuille de route adoptée par les dirigeants des 27 Etats membres à Bratislava le 16 septembre 2016 en réaction à la décision de retrait du Royaume-Uni.

 

Les bases de la politique de sécurité et de défense de l’Union européenne

En matière de sécurité extérieure, l’Union européenne dispose d’ores et déjà d’un acquis juridique et institutionnel solide. Elle a élaboré depuis 1998-1999 une Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) qui lui permet de mener des missions civiles et militaires en vue du maintien de la paix, de la prévention des conflits et du renforcement de la sécurité́ internationale.

 

Dans ce cadre, des forces européennes sont aujourd'hui présentes en Méditerranée (prévention du trafic de migrants), en République centrafricaine, au Mali et en Somalie (formation militaire), sur les côtes somaliennes (lutte contre la piraterie) et en Bosnie-Herzégovine (maintien de la paix). L’Union conduit également une dizaine de missions civiles de soutien aux forces de police ainsi que des missions d’observation.

 

Les missions de la PSDC sont placées sous l’autorité du Conseil de l’UE et de la Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique et de sécurité assistés d’une structure politico-militaire permanente (comité politique et de sécurité, comité militaire).

Par ailleurs une Agence européenne de défense a pour mission d’améliorer la coopération européenne en matière d'armement.

 

Les réalisations restent cependant modestes. C’est pour l’essentiel à l’OTAN que la plupart des Etats membres ont choisi de confier la gestion collective de leur sécurité extérieure.

 

Vers une politique européenne de sécurité et de défense plus efficace et ambitieuse ?

Au cours du second semestre 2016, les 27 ont décidé de renforcer la PSDC en s’appuyant sur la Stratégie globale de l’Union élaborée par la Haute Représentante et approuvée par le Conseil européen en juin. Pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe, ils ont adopté en novembre 2016 un important programme d’actions communes en matière de défense. Sa mise en œuvre concerne principalement les domaines suivants : renforcement des capacités civiles et militaires de gestion de crise, notamment par l’établissement d’un état-major européen, création d’un fonds d’équipement militaire qui pourrait à terme (après 2020) être doté de 5 milliards d’euros pour les investissements et 500 millions d’euros pour la recherche, relèvement de l’effort de défense des pays membres pour le porter progressivement à 2 % du PIB. Par ailleurs l’Union entend mieux contribuer à la stabilité des pays partenaires.

 

L’élection à la présidence des États-Unis de Donald Trump a donné à ce programme une urgence nouvelle. La nouvelle administration lie en effet la garantie américaine de sécurité à une augmentation significative des efforts de défense européens. Cette demande de prise en charge par l’Europe d’une plus grande part du coût de sa propre sécurité apparaît légitime, dès lors qu’au partage du fardeau répond aussi un partage des responsabilités.

 

Les écueils à éviter

Deux écueils devront cependant être évités : la nécessaire sauvegarde du lien transatlantique ne saurait justifier des actions contraires aux valeurs et intérêts européens comme l’invasion de l’Irak de 2003 qui a eu pour conséquence d’accroître l’instabilité au Moyen-Orient.

 

L’Union devra en outre se garder d’une militarisation excessive de sa politique de sécurité. Ses instruments civils, notamment dans le domaine économique, sa stratégie de prévention, sa participation aux mécanismes de sécurité collective de l’ONU ou de l’OSCE contribuent à sa sécurité tout autant que la seule dissuasion militaire. L’objectif de désarmement, y compris nucléaire, devra être intégré à la stratégie de sécurité de l’Europe. Enfin, la nécessité d’une forte augmentation des dépenses militaires jusqu’à 2 % du PIB est loin d’être évidente, compte tenu des risques de course aux armements qu’elle peut faire naître.

Michel Drain

chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI)

membre de Justice et Paix France

 

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