Dienstag 26. September 2017

Questions autour du Brexit

Le Brexit est et restera un événement important de l'histoire européenne. Il pose encore à ce jour un grand nombre de problèmes et de questions non résolus. Mgr Patrick H. Daly, ancien Secrétaire Général de la COMECE, fait le point sur la situation.

 

Theresa May ne joue pas cartes sur table

La Première ministre britannique Theresa May a déclaré dès le début de son mandat, en juillet de l'année dernière, que l'élément le plus important à l'ordre du jour politique de son gouvernement était la sortie de l'Union européenne. «Le Brexit, c'est le Brexit», a-t-elle affirmé. Elle a fait reposer sa réputation politique sur la réussite de la sortie de l'UE.

 

Pour Mme May, il est clair que la rupture des liens institutionnels entre le Royaume-Uni et l'Union après 43 ans d'appartenance, rupture dont elle s'estime chargée par le référendum du 23 juin 2016, sera un succès si l'incision chirurgicale est nette et radicale.

 

S'exprimant à Bahreïn quelques mois plus tard, Mme May a été un peu plus explicite, en indiquant que ce qu'elle visait était "un Brexit rouge, blanc et bleu". Voulait-elle dire par là que le Brexit devrait satisfaire tous les partis britanniques? En tous cas, nous voilà un an après le plébiscite et quatre mois après le déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne. Mais les débats au Parlement et dans les médias pour déterminer si le Brexit doit être «dur» ou «doux», et si l'appartenance au Marché unique et/ou à l'Union douanière doi(ven)t se poursuivre, ne semblent pas en voie d’aboutir.

 

La réflexion officielle sur le Brexit est aussi opaque que le jour de l'annonce des résultats du référendum. Même lors de la campagne qui a conduit à l'élection générale qu'elle a organisée le 8 juin dernier, Mme May n'a absolument pas joué cartes sur table, à tel point que personne n'a compris ce qu'impliquait finalement le Brexit pour elle. Et pourtant, c’était bien elle qui menait les discussions. Mais la Première Ministre sait-elle seulement ce qu'elle pense?

 

Le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni

Dans le Discours du trône prononcé par la reine Elisabeth II lors de l'ouverture officielle du Parlement, après l'élection générale du 8 juin, celle-ci a déclaré que son gouvernement était déterminé à rechercher et obtenir «le meilleur accord possible» pour le Royaume-Uni. Les négociations de sortie de l'Union en sont encore à leurs débuts. L'équipe britannique dirigée par le ministre David Davis ainsi que les mandarins de Whitehall commencent lentement à comprendre que c'est Michel Barnier et les fonctionnaires de Bruxelles qui établiront les conditions de sortie.

 

Ce sont eux qui détermineront tout accord à venir en matière de commerce et de sécurité entre le Royaume-Uni et l'UE-27. Le vocabulaire employé dans les grands discours sur le Brexit au Royaume-Uni paraît étrangement déplacé: on cherche généralement à obtenir «le meilleur accord possible» quand on devient membre d'une association ou d'un club, et non quand on en sort volontairement. Le Royaume-Uni comprend-il que c'est l'Union européenne qui va dicter ses condition?

 

Certes, il y a eu les fanfaronnades sur des accords commerciaux bilatéraux avec les Etats-Unis et le Japon qu'aurait évoqués Theresa May dans les coulisses du G20 à Hambourg les 6-7 juillet. Certes, le Royaume-Uni se lance seul comme «acteur international» (dixit Mme May, dans son discours stratégique tant attendu sur le Brexit à Lancaster House en janvier 2017)… Mais personne n'a réfléchi à ce que sera la vie après le Brexit, ni à ce que signifiera la sortie de l'Union européenne pour l'économie britannique ou pour la société britannique de demain. Ce sont là des questions auxquelles les experts politiques les plus doués pour la prospective n'ont aucune réponse.

 

Qu'il s'agisse du Brexit «conciliant» voulu par la Confédération des industries britanniques et la Ville de Londres, ou du Brexit «dur» que recherche la droite conservatrice et que présentent les colonnes du Spectator, du Telegraph et du Daily Mail - avec un respect pour la vérité qui ferait rougir même Kellyanne Conway - , ce qui commence à apparaître, c'est que toutes les parties se concentrent sur ce qui sera le mieux pour le Royaume-Uni, sans idée précise de ce que cela va impliquer.

 

Les débats sur le Brexit dans les médias et aux chambres du Parlement ont été exclusivement axés jusqu'à présent sur «les résultats pour la Grande-Bretagne» et sur «le meilleur accord possible». Personne ne s'est demandé quel serait l'impact du Brexit sur les autres pays de l'Union européenne, en particulier les plus petits, ou sur l'ensemble de l'Union, jusqu'à ce que John Bruton, ancien Taoiseach d'Irlande (1994-97) et ancien ambassadeur de l'Union européenne auprès des Etats-Unis (2004-09), se lance dans la bataille.

 

Le "bien-être" de l'UE-27

Dans une lettre au Guardian du samedi 1er juillet, M. Bruton fait remarquer que le Royaume-Uni n'a proposé aucune solution aux problèmes que pose son retrait aux 27 autres pays. Or, le pays qui va probablement souffrir le plus du Brexit est l'Irlande, seul Etat membre de l'Union européenne à avoir une frontière terrestre avec le Royaume-Uni. M. Bruton n'y va pas par quatre chemins: il considère que le Brexit est un «acte inamical» envers un voisin qui est devenu membre de la CEE le même jour que lui, en 1973, et dont il a été partenaire au sein de la famille des nations européennes pendant 43 ans. Les dégâts occasionnés à l'Union européenne en général, ou à l'un de ses Etats membres en particulier, ne peuvent qu'aigrir les futures relations entre le Royaume-Uni et l'UE-27 dans les années à venir.

 

Nombreux sont ceux qui considèrent le Brexit des Britanniques comme un but marqué contre leur propre camp et dont les dégâts collatéraux sont incalculables. Si l'on ne veut pas que le Brexit hypothèque les futures relations entre l'outsider que devient le Royaume-Uni et les 27 autres Etats membres, il est vital que le pays commence à exprimer ses préoccupations à l'égard du bien-être de l'Union.

 

Il reste beaucoup de questions sans réponse à propos du Brexit, mais la plus importante est précisément celle que soulève John Bruton. Les tensions qu'impose déjà le Brexit à l'Union européenne; l'impact déstabilisateur qu'auront les négociations sur l'Union, alors que celle-ci définit sa propre marche à suivre au lendemain de son 60ème anniversaire; l'insécurité infligée à long terme aux citoyens de l'Union européenne résidant au Royaume-Uni, ainsi qu'aux citoyens britanniques résidant dans les autres Etats membres de l'Union… Tout cela n’est absolument pas pris en compte, tandis qu'un Royaume-Uni profondément divisé cherche à obtenir «le meilleur accord possible».

 

Et John Bruton de conclure: «Même si le Royaume-Uni n'est pas membre de l'Union, il est important pour lui que l'Union européenne soit forte... Il faut que le Royaume-Uni montre qu'il réfléchit aux moyens d'atteindre cet objectif s'il veut que le Brexit aboutisse à un résultat raisonnable». En fait, ce que M. Bruton ne peut pas dire, c'est qu'une réflexion sur le bien commun - un concept au cœur de la doctrine sociale de l'Eglise catholique - placerait le Brexit dans une perspective totalement différente.

 

Mgr Patrick H. Daly

Ancien Secrétaire Général de la COMECE

 

Version originale de l’article: anglais

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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Agenda

> 17 juillet
Présentation par la Commission Européenne de son examen annuel des développements en matière de questions sociales et d'emploi en Europe. L’édition 2017 se concentrera sur la question de l’égalité intergénérationnelle.
 
> 24 juillet
Réunion du Conseil pour les affaires économiques et financière (ECOFIN) qui rassemblera les ministres des affaires économiques et des finances des Etats membres de l’UE. Les politiques économiques de l’UE, la taxation et la réglementation des services financiers seront les principales questions à l’ordre du jour.
 
> 17-18 juillet
Réunion du Conseil pour l’agriculture et la pêche à Bruxelles. Les ministres européens en charge de la pêche et de l’agriculture y discuteront des questions relatives à leurs domaines de compétence et notamment de la sécurité alimentaire, de la santé et du bien-être animal mais aussi de la santé végétale.
 
> 31 juillet – 11 août
Fermeture annuelle du siège de la COMECE à Bruxelles.
 
> 28 – 31 août
Réunion des commissions du Parlement Européen afin de préparer le travail législatif en vue de la session plénière du Parlement.

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