Thursday 27. February 2020
#209 - novembre 2017

Redécouvrir le bien commun européen

L'article qui suit adapte un travail réalisé par "Passion for Europe", un groupe de catholiques de sept nationalités, coordonné par le JESC, qui fonde son espoir de renaissance de l'Union européenne dans la vision des Pères fondateurs de l'Europe. Le Groupe estime que les chrétiens sont plus particulièrement appelés à contribuer à cette renaissance.

L'inspiration des pères fondateurs de l'Europe et la doctrine sociale de l'Eglise

La dignité humaine, la solidarité, la subsidiarité, la participation, le bien commun, la destination universelle des biens, l'option préférentielle pour les pauvres et la durabilité sont des principes fondamentaux de la doctrine sociale de l'Eglise. Nombre d'entre eux ont inspiré le démarrage du projet européen.

 

La solidarité est au cœur du processus d'intégration européenne. L'Europe est une « famille de peuples » comme l'a dit le pape François dans le discours qu'il a prononcé lors de la remise du Prix Charlemagne. En dehors des transferts internes de ressources dans le cadre des politiques de cohésion, il faut comprendre la solidarité en termes d'action commune. Robert Schuman explique que les nations, loin d'être auto-suffisantes, doivent se soutenir mutuellement. Selon lui, la solidarité est fondée sur la conviction que l'intérêt réel de chacun est de reconnaître et d'accepter en pratique l'interdépendance de tous.

 

Globalement, la vision des Pères fondateurs fait clairement écho à la doctrine sociale de l'Eglise, selon laquelle « la solidarité confère un relief particulier à la socialité intrinsèque de la personne humaine » (Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise, 192). L'intuition de Jean Monnet n'était d'ailleurs pas de créer une coalition d'Etats mais d'unir des hommes.

 

L'inspiration de Schuman à l'égard de l'Europe renvoie à un autre principe de l'enseignement de l'Eglise, lorsque Schuman affirme que le bien commun est supérieur à celui des intérêts nationaux. Là encore, ceci résonne avec la doctrine sociale de l'Eglise, qui souligne que le bien commun est « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (Gaudium et Spes, 26).

 

Un nouvel humanisme européen

 

Comme l'a déclaré le pape François le 24 mars 2017 à l'occasion du 60ème anniversaire des Traités de Rome, « L'Europe retrouve l'espérance lorsque l'homme est le centre et le cœur de ses institutions ». Le pape a également mis en garde contre la tentation de « réduire les idéaux fondateurs de l'Union aux nécessités productives, économiques et financières ».

 

Dans son enseignement, l'Eglise catholique reconnaît que dans le contexte de la mondialisation, « la réalisation du bien commun devient un objectif désormais hors de portée des Etats considérés individuellement » (Compendium, 442). Reconnaître cette réalité signifie qu'en ce qui concerne l'Europe, il faut constituer « une autorité publique universelle, reconnue par tous, ... et respectueuse du principe de subsidiarité » (Compendium, 441). Schuman a formulé ce principe en disant que si toute organisation supranationale dépasse le cadre de la nation, c'est pour donner à celle-ci un champ d'action supérieur et plus large et non pour la diminuer et l'absorber. Le principe de subsidiarité a été mis en place dans l'ordre institutionnel de l'Europe comme principe de gouvernance.

 

Subsidiarité, souci des plus pauvres & destination universelle des biens

 

La question fondamentale qui se pose est donc de voir comment les politiques européennes peuvent concrétiser le principe de subsidiarité, non seulement entre différents niveaux de gouvernement (gouvernance de l'Union européenne) mais aussi dans le domaine économique et social, au profit de la personne humaine (aide de l'Union européenne). Ce qui est en jeu, c'est l'épanouissement de l'humanité et le respect de la dignité humaine. Dans toute organisation, la personne n'accomplit sa vocation que si elle est capable de créer et que si une place est laissée à quiconque en aurait, sinon, été exclu. Pour Denis de Rougemont, la conquête suprême de l'Europe est la dignité de l'homme.

 

Ceci fait clairement apparaître un lien avec un autre principe fondamental de la doctrine sociale de l'Eglise : l'option préférentielle pour les pauvres, à savoir le fait que le critère de l'humanité d'une société réside dans la manière dont sont traités les plus faibles et les plus vulnérables. Ce principe se réfère aussi au concept de « personnalité créative du citoyen » (Sollicitudo Rei Socialis, 15). Celui-ci devrait être un axe important de la renaissance de l'Europe. A cet égard, la participation est une conséquence logique de la subsidiarité.

 

Enfin, pour l'Union européenne, le principe de la destination universelle des biens devrait prendre en considération la durabilité. Comme le fait remarquer le pape François, « le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral » (Encyclique Laudato Si’, 13). D'autre part, l'Europe pourrait agir pour que « les nouvelles connaissances techniques et scientifiques [soient] mises au service des besoins primordiaux de l'homme, afin que le patrimoine commun de l'humanité puisse progressivement s'accroître » (Compendium, 179). Dans cette perspective, le pape nous invite, dans le discours qu'il a prononcé lors de la remise du Prix Charlemagne, à « élargir [notre] regard » en vue de « promouvoir une intégration qui trouve dans la solidarité la manière de faire les choses, la manière de construire l’histoire ».

 

Le Groupe "Passion for Europe"

 

Version originale de l’article : anglais

 

 

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