Freitag 20. Juli 2018
#202 - mars 2017

Réfugiés et relations islamo-chrétiennes : un appel à construire des ponts et non des murs

A la suite du décret présidentiel du Président Trump sur l'immigration et pour marquer la Semaine mondiale de l'ONU pour l'harmonie interconfessionnelle, Thomas H. Smolich SJ, Directeur international du Service jésuite des réfugiés (JRS) et l'imam Yahya Sergio Yahe Pallavicini, président de la Communauté religieuse musulmane d'Italie (COREIS), ont publié une déclaration conjointe.

Le 27 janvier dernier, le Président Trump a signé un décret présidentiel intitulé "Protéger la nation de l'entrée de terroristes étrangers sur le territoire des Etats-Unis". Ce décret interdit aux réfugiés syriens d'entrer aux Etats-Unis pour une durée indéterminée, suspend toutes les admissions de réfugiés pendant 120 jours et empêche les citoyens de sept pays à majorité musulmane, qu'ils soient ou non réfugiés, d'entrer aux Etats-Unis pendant 90 jours : Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Le décret présidentiel du Président Trump sur l'immigration a déclenché une crise politique et juridique qui n’a fait que se creuser au cours de la première semaine de sa présidence.

 

En réaction à ce décret présidentiel, une déclaration conjointe, en date du 6 février 2017, critique ouvertement la politique de la nouvelle administration américaine au sujet des réfugiés et déclare que le décret présidentiel est un "affront à nos valeurs chrétiennes et musulmanes communes et une répudiation de l'humanité que nous partageons". JRS comme le COREIS estiment que ce décret présidentiel met non seulement en péril les relations islamo-chrétiennes mais viole aussi les obligations fondamentales des deux religions "d'aimer l'étranger" (Dt. 10, 19) et de se "connaître les uns les autres" (Qur., 49:13), obligations qui reposent sur le principe des origines communes de l'humanité.

 

La crise des réfugiés considérée comme une "occasion de grâce"

Les auteurs de la déclaration insistent sur le fait que les gouvernements nationaux ont le devoir de protéger leurs citoyens en contrôlant leurs frontières. Toutefois, certaines exigences éthiques transcendent les limites des frontières nationales en ce qui concerne la "protection de membres de la famille humaine qui sont en grand danger". Les auteurs mettent ainsi en évidence un défi éthique : "Dans un monde chaque jour blessé par la violence et l'injustice, la terreur et la tyrannie, nos traditions musulmanes et chrétiennes nous invitent à faire preuve de courage et de générosité et à ne pas céder à la peur ni à l'égoïsme". 

 

Dans la même veine, les auteurs de la déclaration attirent l'attention sur la contribution du pape François qui nous engage à voir "la migration comme étant une occasion de grâce pour nous tous, hôtes et migrants". Ils citent notamment son Message pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés en 2016 : "En ce moment de l’histoire de l’humanité, fortement caractérisé par les migrations, [...] celui qui migre est contraint de modifier certains aspects qui définissent sa personne et, même s’il ne le veut pas, force celui qui l’accueille à changer. Comment vivre ces mutations afin qu’elles ne deviennent pas un obstacle au développement authentique, mais qu'elles soient une opportunité pour une authentique croissance humaine, sociale et spirituelle ?"

 

Une solidarité fondée sur l'humanité partagée par delà les religions

Les auteurs de la déclaration conjointe affirment l'attachement de leurs organisations respectives au principe d'une solidarité avec tous les réfugiés, indépendamment de leur foi. Ils soutiennent que toute "tentative de rejeter des réfugiés sur la base de leur religion est contraire aux valeurs chrétiennes et musulmanes de dignité humaine, de prise en charge des plus faibles de la société et de liberté religieuse". 

 

Commentant le cas spécifique de la Syrie, les auteurs font part de leur profonde préoccupation à l'égard de la suspension du programme des Etats-Unis pour les réfugiés syriens, et ce pour une durée indéterminée, "alors que près de cinq millions de Syriens ont dû fuir la violence dans leur pays". En outre, les auteurs trouvent alarmante la proposition du Président Trump de donner la priorité aux réfugiés qui se disent victimes de persécutions religieuses dans des pays où leur religion est minoritaire. Le JRS et le COREIS estiment qu'une telle politique est excessivement discriminatoire envers les musulmans et que l'interdiction de facto aux réfugiés musulmans d'entrer aux Etats-Unis pourrait alimenter le ressentiment sectaire.

 

Renforcer l'architecture de la protection des réfugiés

Autre conséquence inquiétante du décret du Président Trump : celui-ci pourrait produire un effet domino sur d'autres nations qui adopteraient une politique du même style que celle des Etats-Unis. Ce décret "menace donc de déstabiliser la protection des réfugiés dans le monde, en réduisant le nombre de lieux de réinstallation et en fermant l'accès aux demandes d'asile". Les auteurs de la déclaration exhortent par conséquent tous les gouvernements "à s'opposer à l'exclusion opérée par les Etats-Unis et à s'assurer que l'architecture de la protection des réfugiés soit renforcée dans leur propre pays". En outre, ils lancent un appel à mettre fin aux "politiques isolationnistes" et demandent aux gouvernements de s'occuper plutôt "des causes structurelles des déplacements forcés et de se partager équitablement la responsabilité de fournir une protection aux réfugiés".

 

En conclusion de la déclaration, les auteurs font observer que "les chrétiens et les musulmans ont des traditions religieuses qui sont enracinées dans l'expérience de l'exil et dans l'hospitalité de Dieu et de ses fidèles". "Des attitudes hostiles vis-à-vis des personnes déplacées n'ont aucune place dans nos traditions religieuses et manifestent un grave échec moral. Notre foi chrétienne et notre foi musulmane invitent toutes les personnes de bonne volonté à promouvoir en tous lieux une culture plus généreuse de l'hospitalité envers les migrants et les personnes déplacées. Reconnaissons la dignité de chaque personne et le droit de chacun à vivre en toute sécurité dans ce qui est notre maison commune". 

 

Thomas H. Smolich SJ, Directeur international du Jesuit Refugee Service (JRS) et l'imam Yahya Sergio Yahe Pallavicini, Président de la Communauté religieuse musulmane d'Italie (COREIS)

 

Traitement rédactionnel de l’article: Henry Longbottom sj

 

Version originale de l’article : anglais

Téléchargez ici la déclaration conjointe.

 

FR- Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

Teilen |
europeinfos

Monatliche Newsletter, 11 Ausgaben im Jahr
erscheint in Deutsch, Englisch und Französisch
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brüssel
Tel: +32/2/235 05 10, Fax: +32/2/230 33 34
e-mail: europeinfos@comece.eu

Herausgeber: Fr Olivier Poquillon OP
Chefredakteure: Johanna Touzel und Martin Maier SJ

Hinweis: Die in europeinfos veröffentlichten Artikel geben die Meinung der Autoren wieder und stellen nicht unbedingt die Meinung der COMECE und des Jesuit European Office dar.
Darstellung:
http://europe-infos.eu/