Donnerstag 14. Dezember 2017
#201 - février 2017

Tu ne mentiras point!

En raison de la diffusion d’informations falsifiées, vérité et mensonge sont devenues des questions brûlantes du débat politique et sociétal.

L’Association pour la langue allemande (Gesellschaft für deutsche Sprache) a choisi le néologisme «post-factuel» comme mot de l’année 2016. Il s’agit là d’une traduction du terme anglais «post truth» (post-vérité), qui s’est vu décerner le titre de «mot international de l’année 2016» par la maison d’édition Oxford Dictionaries. Ce choix reflète le constat symptomatique selon lequel, dans les discussions socio-politiques, l’émotionnel et l’arbitraire des allégations se substituent de plus en plus aux faits objectifs. Mari Sol Pérez Guevara montre dans la présente édition d’Europe Infos l’importance des réseaux sociaux dans la diffusion d’informations falsifiées. Qu’est-ce donc encore que la vérité?

 

Au sens de la philosophie classique, est considérée comme vérité la concordance d’une assertion avec le réel. Le contraire de la vérité est le mensonge en tant que déclaration intentionnellement fausse. Tant dans le cadre du référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne que dans la campagne présidentielle américaine, des mensonges ont été répandus. Des affiches sur les bus londoniens ont porté l’annonce que la Grande-Bretagne versait chaque semaine 350 millions de livres à l’UE. Le promoteur du Brexit, Nigel Farage, a reconnu, au lendemain du référendum, que cette affirmation était fausse. Donald Trump a, quant à lui, soutenu, pendant sa campagne électorale, que Barack Obama avait fondé l’organisation terroriste «État islamique».

 

Vérité et politique n’ont jamais fait bon ménage. Il existe des politiciens qui certes répugnent à mentir, sans toutefois se sentir obligés de toujours dire toute la vérité. Le respect des accords conclus est étroitement lié à cette problématique. Le chef du groupe PPE, Manfred Weber, a ainsi rendu public, une semaine avant l’élection du nouveau président du Parlement européen, un accord tenu secret pendant des années, en vertu duquel, à la moitié de la législature, les sociaux-démocrates confirmaient leur soutien à un successeur conservateur. Manfred Weber a mis en garde contre le manquement à la parole donnée. Mais l’existence de cet accord et son caractère confidentiel sont au moins tout aussi problématiques, ne faisant ainsi qu’entériner et encourager la défiance croissante des populations à l’égard des politiques.

 

En temps de guerre, dit-on, la première victime est la vérité. Emmanuel Kant, dans son essai intitulé «Vers la paix éternelle», a souligné que, même au milieu de la guerre, il faut qu’il reste encore «quelque confiance dans la façon de penser de l’ennemi», autrement il n’y aurait plus de traité de paix possible. Transposé au politique, cela signifie qu’il convient aussi de conserver quelque confiance dans la sincérité de l’adversaire politique. Sans quoi, le capital le plus important et le plus précieux en politique serait perdu: la confiance précisément.

 

Mais il ne s’agit pas seulement de la confiance réciproque des politiciens, mais de la confiance des citoyens dans la politique en général. Les évêques de France ont résumé la chose de façon convaincante dans un texte intitulé «Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique», qui a fortement retenu l’attention au-delà de l’Église: «La crise de la politique est d’abord une crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général.» On touche là à une idée fondatrice de l’Union européenne, que Jean Monnet a définie comme suit en 1950: «Nous sommes là pour accomplir une œuvre commune, non pas pour négocier des avantages, mais pour chercher notre avantage dans l’avantage commun.» L’honnêteté et la sincérité en sont une condition préalable. Pour le dire plus simplement, il suffit de vous reporter au huitième Commandement: Tu ne mentiras point!

Martin Maier SJ

JESC

 

Version originale de l’article : allemand

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