Wednesday 3. June 2020
#189 - Janvier 2016

Un cadre européen pour les soins palliatifs

Le besoin croissant de soins palliatifs exige de mieux comprendre ses complexités éthiques.

Dans un récent Rapport sur le vieillissement publié en 2015 par la Commission européenne, on trouve une projection indiquant que d'ici 2060, dans l'UE-28, les personnes âgées de plus de 80 ans passeront de 5% à 12% de la population, tandis que celles âgées de 15 à 64 ans diminueront de 66% à 57%, ce qui représente une proportion considérablement plus réduite de la population. Dans ce scénario, la demande croissante de soins palliatifs doit s'accompagner du développement d'une offre de qualité en services de ce type, s'appuyant sur des ressources humaines formées et spécialisées de meilleure qualité. Il est également primordial que le grand public soit conscient de la disponibilité de ces services.

 

Qu'est-ce que les soins palliatifs ?

Les soins palliatifs sont définis par l'Organisation Mondiale de la Santé comme étant "une approche qui améliore la qualité de vie des patients et des familles confrontés à une maladie engageant le pronostic vital, en empêchant ou en soulageant la douleur grâce à l'identification précoce ainsi qu'à l'évaluation et au traitement impeccables de la douleur et autres problèmes, qu'ils soient physiques, psychosociaux ou spirituels". Il est d'un grand intérêt de noter la référence à ce dernier élément.

 

L'Eglise est particulièrement attentive à l'importance de cette question. Lors de son discours aux participants de l'assemblée plénière de l'Académie Pontificale pour la Vie, en mars 2015, sur le thème "Assistance à la personne âgée et traitements palliatifs", le pape François a déclaré : "Les traitements palliatifs sont l’expression de l’attitude proprement humaine qui consiste à prendre soin les uns des autres, tout particulièrement de ceux qui souffrent. Ceux-ci témoignent du fait que la personne humaine demeure toujours précieuse, même si elle est marquée par la vieillesse et la maladie".

 

Le thème des soins palliatifs monte également en puissance de façon plus large au niveau de l'Union européenne, puisque la Commission européenne est occupée à travailler à l'élaboration d'un cadre européen qui tiendra compte des exigences provenant de ses groupes de travail sur le cancer, les démences et les maladies rares ainsi que des conclusions des différents projets de recherche, notamment un projet de collaboration sur la définition des meilleures pratiques en matière de soins palliatifs en Europe, projet soutenu dans le cadre du Programme de santé de l'Union européenne (cf. EuropaLL).

 

En septembre 2014, une réunion informelle du Conseil européen des ministres de la santé sous la Présidence italienne a abordé la question du traitement de la douleur et des soins palliatifs (cf. documents connexes). Antérieurement, une étude parlementaire avait été publiée sur les soins palliatifs dans l'Union européenne; en outre, un certain nombre de "questions avec demande de réponse écrite de la Commission" ont été récemment soumises au niveau du Parlement européen.

 

Recherche de la signification de la souffrance humaine

Les soins palliatifs soulèvent d'importantes questions d'ordre éthique. La définition même de ce concept est problématique et il en va de même de ses composantes. Il faut établir une distinction entre les soins palliatifs et les autres questions portant sur la fin de vie telles que l'euthanasie. Le fait que certains documents officiels européens dans la sphère des soins palliatifs fassent effectivement référence à "l'euthanasie" pourrait être une source de préoccupation.

 

D'autres questions pertinentes qui sont liées aux soins palliatifs incluent l'évaluation des situations cliniques et le temps nécessaire à la mise en place de ces soins, la proportionnalité et les limites des traitements, la sédation palliative, les inégalités en matière d'accès à des soins de qualité et le rôle de la famille, pour ne citer que quelques aspects. Et pourtant, la question la plus importante et la plus fondamentale est peut-être de nature anthropologique, en lien avec le sens même de la souffrance humaine.

 

La réflexion chrétienne sur ces questions dans le cadre du Magistère de l'Eglise est vaste et extrêmement riche. C'est ainsi qu'au paragraphe 222 du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise, on peut lire que "si les personnes âgées se trouvent dans une situation de souffrance et de dépendance, elles ont non seulement besoin de soins médicaux et d'une assistance appropriée, mais surtout d'être traitées avec amour".

 

L'Eglise peut aussi apporter au débat européen sa longue et impressionnante expérience dans le domaine des soins aux malades et aux souffrants, par exemple via le travail de l'Ordre des hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu et de nombreuses congrégations de religieuses infirmières telles que les Soeurs irlandaises de la Charité ou les Soeurs du Bon Secours.

 

Le Groupe de travail de la COMECE sur l'éthique dans la recherche et les soins de santé s'est réuni en octobre dernier et a analysé en profondeur la question des soins palliatifs. Un Avis sur ce sujet est maintenant en cours d'élaboration.

 

On peut espérer que le processus actuellement institué par la Commission européenne, avec le lancement d'une consultation publique prévu au début de 2016, aboutira à l'élaboration d'un cadre européen pour les soins palliatifs qui soit scientifiquement fondé, qui ait un impact social et qui soit solide sur le plan éthique.

 

José Ramos-Ascensão

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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